Le Parlement renonce à réclamer la tête de Selmayr

Martin Selmayr, nouveau secrétaire général de la Commission. EPA-EFE/OLIVIER HOSLET [Olivier Hoslet/EPA/EFE]

Le Parlement a massivement soutenu une résolution qualifiant la nomination de Martin Selmayr de « coup de force qui s’est joué des limites de la législation ». Sans pour autant demander son départ.

En février, Martin Selmayr, alors chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, a été soudainement promu secrétaire général de la Commission. Une promotion inattendue et peu transparente qui a déclenché un tollé.

Après une série d’explications à postériori de la Commission, l’affaire Selmayr a été jugée en séance plénière du Parlement européen, à Strasbourg, le 18 avril. Les eurodéputés votaient donc sur une résolution préparée par la commission en charge du contrôle budgétaire.

Un bras de fer dangereux sur l’affaire Selmayr se profile au Parlement

Les eurodéputés chargés du budget ont pris tout le monde de cours en préparant un vote sur l’affaire Selmayr le 18 avril à Strasbourg.

« Réévaluation »

Si les élus demandent à la Commission de « réévaluer » la procédure de nomination de Martin Selmayr, les amendements plus radicaux proposant de « rouvrir » la procédure, la démission pure et simple ou un écartement temporaire ont été rejetés.

Le Parti populaire européen (PPE) a interprété cette formule comme un conseil pour l’avenir : la procédure doit être « réévaluée » pour les prochains candidats.

De leur côté, le groupe des Verts/ALE, le GUE/NGL, ainsi qu’un grand nombre de députés libéraux et socialistes préfèreraient voir la nomination annulée et le processus repris à zéro, même si son issue devait se révéler la même.

Quelques minutes seulement après le vote, le groupe S&D a publié un communiqué dénonçant « une honte pour l’ensemble des institutions européennes ». Inés Ayala Sender, coordinatrice de la commission budget souhaite une révision des règles d’ici septembre 2018, afin d’assurer que ce scénario « ne se reproduise jamais ».

Günther Oettinger, le commissaire au budget et aux ressources humaines, qui a représenté l’exécutif auprès du Parement depuis le début du scandale, assure que la nomination de Martin Selmayr n’a contrevenu à aucune règle, ni dans le texte, ni dans l’esprit.

« En outre, la résolution souligne très justement que la décision de la Commission de nommer son nouveau secrétaire général ne peut être annulée, selon le règlement du personnel », a poursuivi le commissaire.

Le texte voté par les eurodéputés fait en effet référence à l’impossibilité, en général, d’annuler la décision, « mais appelle tout de même la Commission à réévaluer la procédure de nomination du nouveau secrétaire général de la Commission, afin de donner une chance à d’autres candidats possibles ».

Günther Oettinger a pour sa part souligné que l’exécutif était prêt à discuter de la manière dont les procédures peuvent être améliorées « à l’avenir ».

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L’Europe unie

L’eurodéputé Vert Sven Giegold a mené la charge contre Martin Selmayr. Pour lui, « la Commission ne peut s’en prendre qu’à elle-même pour ce scandale ». « Il était évident que la nomination de son candidat préféré sans aucune transparence allait créer une polémique. Non seulement [la Commission] a entaché sa propre réputation, mais elle a aussi jeté un doute sur l’intégrité de toutes les institutions européennes », estime-t-il.

Le groupe libéral eurosceptique CRE, auquel appartiennent notamment les Conservateurs britanniques et le parti polonais PiS, se sont aussi exprimé pour la réouverture de la procédure de nomination de Martin Selmayr. « Il est impératif que la Commission commence à prendre cette question au sérieux et réponde vraiment à nos inquiétudes. Cela implique de recommencer le processus et de donner leur chance à d’autres candidats », insiste Peter Van Dalen.

Nigel Farage, l’ancien dirigeant du parti europhobe UKIP a pour sa part félicité la Commission d’avoir réussi à unir l’Europe « dans la colère face au népotisme corrompu » que représente cette nomination.

« Le manque total de transparence qui a permis la promotion, en exactement neuf minutes, du bras droit de Jean-Claude Juncker au poste de fonctionnaire le plus puissant de Bruxelles a uni les eurosceptiques en colère et les eurocentristes honteux que le sujet fasse des vagues au-delà de la bulle bruxelloise », a-t-il poursuivi, dénonçant également le manque de pouvoir du Parlement face au scandale.

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