Les médias serbes sous pression politique

Novine Vranjske [Novine Vranjske]

Victimes de menaces, de visites surprises par des inspecteurs, les médias serbes opposés au gouvernement sont pris à la gorge par les autorités. Les associations de la presse s’insurgent. Un article d’Euractiv Serbie.

Après des semaines d’enquête, l’un des hebdomadaires locaux les plus populaires et importants de Serbie, Novine Vranjske, de la ville de Vranje, a été fermé, car la direction ne payait pas ses impôts. Le rédacteur en chef, Vukašin Obradović, estime quant à lui que la procédure urgente dont le journal est la cible a en réalité des motifs politiques.

Le 19 septembre, Vukašin Obradović s’est enfermé dans les bureaux de l’hebdomadaire dans le centre de Vranke et a entamé une grève de la faim pour mettre la lumière sur « l’absurdité de la lutte pour la liberté de la presse que je mène depuis 30 ans environ ». Le rédacteur-en-chef a été hospitalisé le soir même. Son état de santé étant déjà mauvais, les docteurs lui ont conseillé d’arrêter la grève, ce qu’il a fait le lendemain.

Les associations de journalistes offrent tout leur soutien à Vukašin Obradović. Selon elles, dans le cas de Novine Vranjske, et dans le cas d’autres médias n’ayant pas été fermés par le gouvernement, les autorités jouent un double jeu, se servant de prétextes pour se débarrasser de publications qui les gênent.

Ainsi, des dettes fiscales de plusieurs millions ont été reportées ou leur collecte retardée pour les médias proches du gouvernement, alors que des critères plus stricts sont appliqués lorsqu’il s’agit de médias qui ne répondent pas aux demandes du bloc au pouvoir et qui sont, en règle général, pauvres.

La liberté de la presse se dégrade dans l’UE

Attaques, conflits et lois répressives sur la sécurité exercent de plus en plus de pression sur les journalistes, même en Europe, estime Reporters sans frontières. Un article d’EURACTIV Allemagne.

L’association serbe des journalistes indépendants (IJAS) et l’association des journalistes indépendants de Vojvodina (IJAV) estiment que la fermeture de l’hebdomadaire Novine Vranjske est la conséquence directe de pressions politiques de longue date sur la liberté de la presse et est une nouvelle terrifiante pour les professionnels des médias.

Les associations ajoutent que les médias non contrôlés par les autorités sont exposés à une pression constante, à des menaces, du chantage, des visites improvisées par divers inspecteurs, des décisions de tribunaux contraires au concept de liberté de la presse défini par la Cour européenne des droits de l’Homme. Ils ont aussi un accès limité aux fonds réservés aux projets des médias.

Le gouvernement serbe a publié un communiqué de presse listant tous les projets pour lesquels Novine Vranjske a reçu des fonds publics, ce qui a d’autant plus mis le feu aux poudres parmi les associations.

Selon ces dernières, le gouvernement veut ainsi faire passer le message que ceux qui reçoivent de l’argent public ne devraient pas critiquer le gouvernement.

Belgrade conteste les critiques de Bruxelles sur la liberté de la presse en Serbie

Le rapport sur les progrès réalisés par la Serbie dans le cadre de l’adhésion à l’UE a provoqué des réactions divergentes à Belgrade. Le premier ministre Aleksandar Vu?i? est satisfait du rapport, mais rejette les critiques sur la liberté de la presse. Un article d’EURACTIV Serbie. 

D’un autre côté, « les médias prorégimes dépensent des sommes astronomiques de l’argent des contribuables, le gouvernement ferme les yeux sur leurs créances fiscales et leur offre d’autres avantages », indique un communiqué de l’IJAS et de l’IJAV.

Les deux associations préviennent que « durant des années, personne n’a réagi aux attaques et menaces perpétrées contre les journalistes et médias n’étant pas du goût du gouvernement. Pourtant, la police et le bureau du procureur font preuve d’une efficacité sans faille quand les menaces et les attaques concernent les représentants du gouvernement et les médias proches de ce dernier – ce qui témoigne d’une autre forme très inquiétante de discrimination ».

Les médias locaux sont particulièrement ciblés, puisqu’ils sont soumis « au bon-vouloir des personnalités politiques locales puissantes, ils ont un marché très limité et sont largement dépendants du gouvernement ».

Le 20 septembre, dans la ville de Novi Sad, Sem Fabrizi, responsable de la délégation européenne en Serbie, a déclaré que la fermeture de Novine Vranjske était une atteinte à la liberté de la presse. Il a rappelé que l’UE défendait la liberté des médias et l’État de droit. « Cela fait partie de l’agenda européen et nous devons travailler et collaborer avec la Serbie dans ces domaines », a-t-il fait remarquer.

Les journalistes et associations soutiennent par ailleurs que « les autorités serbes sont entrées dans une nouvelle phase brutale d’éradication de la liberté de la presse et d’intimidation des journalistes », avec l’objectif d’ôter tout pouvoir aux médias et de museler les critiques du gouvernement.

« Les autorités utilisent toutes les institutions d’État et les médias progouvernement pour réprimer les médias et journalistes ‘inadéquates’ », explique le communiqué des associations, qui appellent les citoyens et la société civile à s’impliquer davantage dans la défense de la liberté de la presse et d’expression.

Elles exhortent aussi les organisations internationales à cesser d’ignorer les graves problèmes auxquels font face les journalistes serbes et à prendre part à la protection des valeurs démocratiques qu’elles défendent.

Serbie : l'Europe laisse la presse sous pression

En Serbie, depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre, Aleksandar Vucic, la presse se retrouve à nouveau bâillonnée. La passivité de Bruxelles à ce sujet donne de la légitimité aux méthodes douteuses du gouvernement serbe, pays candidat à l’UE depuis 2012.

Selon l’indice annuel sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières, en 2016, la Serbie se trouve à la 66ème place. Le rapport affirme par ailleurs que la liberté de la presse dans le pays décline depuis 2014 et que les médias opèrent sous pression éditoriale et financière et que les médias d’opposition sont menacés.

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