La guerre en Syrie pousse les ministres de l’UE à faire l’impasse sur l’unanimité

Jean-Claude Juncker, Heiko Maas [European Commission]

Le président de la Commission et le ministre allemand des Affaires étrangères ont convenu de contourner l’unanimité requise des ministres de l’UE sur les questions de politiques étrangères, y compris la guerre en Syrie.

« Dans certains domaines, comme les affaires étrangères, l’adoption de décisions à la majorité qualifiée est « faisable » selon les traités », a déclaré le 13 avril Heiko Maas, ministre allemand des Affaires étrangères.

Le soutien de l’ensemble des 28 États membres est nécessaire pour approuver des questions « sensibles », y compris en matière de politique étrangère et de sécurité commune. Seules quelques exemptions, comme la nomination de représentants spéciaux, permettent la majorité qualifiée sur les questions de politique étrangère et de sécurité au sein du Conseil.

Cependant, la clause dite « passerelle », incluse dans le Traité de Lisbonne, permet d’étendre la majorité qualifiée à l’ensemble du processus décisionnel, à condition qu’elle soit soutenue par une majorité absolue des députés européens (376) et l’unanimité des dirigeants de l’UE, réunis au Conseil européen. Les parlements nationaux doivent également en être informés.

Juncker attaque la règle de l’unanimité sur les questions fiscales

« Nous devrions tirer profit du traité de Lisbonne lorsqu’il s’agit de prendre des décisions à la majorité qualifiée au Conseil », y compris en matière d’affaires étrangères et de questions fiscales, a convenu Jean-Claude Juncker lors du même point-presse.

L’aggravation de la situation en Syrie et les tensions perpétuelles avec la Russie ont mis à l’épreuve la marge de manœuvre de l’Europe pour réagir aux défis extérieurs.

À la lumière des crises en cours au-delà des frontières européennes, Heiko Maas a déclaré qu’« il sera de plus en plus important » d’adopter des décisions à la majorité qualifiée.

Attaque chimique

Après l’attaque chimique de Douma, la France et le Royaume-Uni  ainsi que les Etats-Unis se sont résolus à lancer une attaque contre le gouvernement syrien dirigé par Bachar al-Assad.

L’Allemagne a condamné l’attaque et fait valoir que les auteurs devaient être tenus responsables. Berlin n’est toutefois pas disposé à se joindre aux frappes.

« L’utilisation répétée d’armes chimiques ne peut rester sans réponse », a déclaré Heiko Maas, tout en ajoutant qu’il était « essentiel » d’assurer la coordination des nations occidentales. Mais « l’objectif doit toujours être de trouver une solution politique, ce doit être ça la réponse au conflit syrien », a-t-il dit aux journalistes.

Participation de la Russie

Le ministre allemand soutient que Moscou doit faire partie du processus de résolution de la crise syrienne. « Nous avons besoin de la Russie, c’est pourquoi nous ne devrions jamais fermer la fenêtre du dialogue avec la Russie », a déclaré Heiko Maas.

L’empoisonnement récent au Royaume-Uni d’un ancien espion russe, Sergei Skripal, a pourtant encore aggravé les relations avec Moscou, que Londres accuse d’être à l’origine de l’attaque.

Les ministres des affaires étrangères, réunis à Bruxelles, ne se sont pas mis d’accord sur la manière de réagir à l’attaque sur le sol européen et n’ont pas réussi à obtenir l’unanimité requise. Ils ont donc fait passer la « patate chaude » aux dirigeants de l’UE, qui ont décidé d’expulser les diplomates russes dans les ambassades des États membres de l’UE.

 

 

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