« Trop de priorités tuent les priorités » ? Les nombreuses ambitions françaises pour la PFUE

Le président français Emmanuel Macron quitte les lieux à la fin d'un sommet européen de deux jours au bâtiment du Conseil européen à Bruxelles, en Belgique, le 25 juin 2021. [JOHN THYS/EPA]

Alors que la France doit prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE en janvier 2022, la liste des sujets auxquels le gouvernement veut s’attaquer pour l’occasion ne cesse de croître.

« Le nombre de chantiers en cours et à venir auxquels nous voulons contribuer est le reflet de nos ambitions pour l’Europe », se défend l’eurodéputée Valérie Hayer (Renew), après le séminaire de rentrée du groupe parlementaire à Paris la semaine dernière, au cours duquel elle et ses collègues législateurs ont été reçus par Emmanuel Macron.

« C’est surtout la preuve de notre plus grande volonté que les Présidences précédentes, » explique-t-elle à EURACTIV. « Le Président a mis au cœur de son discours l’autonomie stratégique, la nécessité pour l’Union de posséder ses propres capacités à agir et à faire agir », Mme Hayer énumère, précisant qu’il s’agit aussi bien de la défense, la santé ou l’industrie. Et d’ajouter : « Le Président a évoqué la régulation des géants du numérique, ou encore bien sûr le pacte vert. »

À cela on peut ajouter : la volonté de faire avancer la directive relative au salaire minimum en Europe, rappelée par le Premier ministre Jean Castex face aux ambassadeurs de la France le 31 août dernier, la promesse d’Emmanuel Macron de « porte[r] une initiative forte de sortie accélérée des pesticides » lors du Congrès mondial de la nature début septembre, la promotion du plurilinguisme défendue à l’occasion de la semaine de la Francophonie, la « priorité » soutenue par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie sur le durcissement du contrôle des importations agricoles des 27, l’engagement du ministre de la Santé Olivier Véran d’inscrire le sujet des maladies rares l’ordre du jour, etc.

Qu’il s’agisse de véritables engagements ou d’utilisation excessive du mot « priorité », il existe un risque que le bilan de la présidence française de l’UE (PFUE) apparaisse plus pâle que ce que le gouvernement aura laissé penser, en amont de cette échéance.

« Trop de priorités tuent les priorités », constate Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors. Néanmoins, explique-t-il à EURACTIV, « le premier rôle » d’une présidence tournante du Conseil de l’UE est justement de « prioriser » et de définir l’agenda.

« Ce qui conditionne véritablement les vraies priorités, ce sont les circonstances », M. Maillard souligne, rappelant la précédente présidence française de l’UE de 2008 qui avait été accaparée par la crise financière.

« Il ne faut pas oublier non plus qu’il ne s’agit pas de boucler notre grand travail de réforme profonde de l’Europe en 6 mois. Une partie de ces priorités devront mener à des clôtures de dossiers, à des accords politiques finaux qui ont parfois trop tardé à aboutir », abonde Mme Hayer.

« Après la PFUE, il restera encore 2 années de mandat aux législateurs européens, ne l’oublions pas. Notre travail pour réformer l’Europe ne s’arrêtera pas après le 30 juin 2022 », ajoute-t-elle, soulignant que le président de la République a profité de la réunion de la semaine dernière pour rappeler aux législateurs du groupe Renew leur « place centrale » au sein du Parlement européen.

Un poids politique à nuancer 

M. Maillard explique également que le poids politique d’une présidence tournante est en réalité plutôt « limité » puisqu’il s’agit de présider une seule des institutions que l’appareil européen comprend.

« Mais c’est évident que lorsqu’il s’agit d’un grand pays, un pays fondateur, c’est l’occasion de donner une impulsion que d’autres pays ne pourraient pas », nuance-t-il aussitôt.

L’intérêt de la présidence tournante se trouve donc peut-être ailleurs. « Si on a gardé ce système après le traité de Lisbonne, ce n’est pas seulement pour faire fonctionner à tour de rôle le Conseil des ministres, mais c’est aussi pour que chaque pays se réapproprie le projet européen », explique l’ancien journaliste spécialiste des affaires européennes.

Le contexte sera néanmoins particulier, avec les élections présidentielles qui interviendront au milieu du premier semestre 2022. « En pratique, ça va être une présidence trimestrielle et non pas semestrielle », M. Maillard souligne, en référence à la période de réserve qui va incomber aux ministres dans le cadre de l’échéance électorale nationale et qui va limiter la communication.

« Le fait que ça tombe durant la Présidentielle est certes un fruit du hasard (rappelons-nous, sans le Brexit on aurait commencé en juillet 2022), mais un fruit savoureux », se réjouit Mme Hayer. « Cela nous permettra de renforcer la dimension européenne du débat de la Présidentielle », ajoute l’eurodéputée, expliquant qu’elle « n’imagine pas une seconde que le débat esquive les responsabilités continentales actuelles de la France au moment où il s’agira de tester les candidats sur leur vision pour l’Europe ».

« Il faut profiter de la PFUE pour expliquer l’Europe sur le terrain » pour pallier le « déficit de compréhension » de l’UE, appelle-t-elle de ses vœux, défendant l’idée que « seul un projet pro-européen est à même de maintenir la France sur la voie de l’excellence et à protéger les Français ».

Une dernière incertitude pourrait venir ternir le mandat français, observe le directeur de l’Institut Jaques Delors. Les élections fédérales allemandes pourraient en effet déstabiliser la France, en mal d’un partenaire solide au sein du Conseil en janvier, dans l’éventualité où une coalition prendrait du temps à se former après le vote fin septembre de l’autre côté du Rhin.

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