Un député du Rassemblement national sanctionné après une remarque jugée raciste

La présidente du groupe Rassemblement national à l'Assemblée nationale Marine Le Pen, devant le Palais Bourbon le 20 octobre dernier. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT TESSON]

Le député du Rassemblement national (RN) Grégoire de Fournas a été sanctionné vendredi (4 novembre) d’une exclusion temporaire de l’Assemblée nationale, après avoir proféré une remarque jugée raciste envers un député noir.

La décision de « censure avec exclusion temporaire » de l’Assemblée a été prise envers le député du Rassemblement national Grégoire de Fournas par le Bureau de l’Assemblée nationale.

Pour rappel, pendant la séance de questions au gouvernement jeudi (3 novembre), le député La France insoumise (LFI) Carlos Martens Bilongo était en train d’interroger le gouvernement sur le sort de migrants bloqués sur le navire Ocean Viking dans la mer Méditerranée.

Au cours de son intervention, un député du Rassemblement national, Grégoire de Fournas, s’est exclamé « qu’il retourne en Afrique ! », provoquant l’indignation du reste de l’hémicycle, de la droite à la gauche, en passant par la majorité.

Propos jugés racistes

Le parti de Marine Le Pen est, depuis, sous le feu des critiques.

Dans un premier temps, la plupart des députés ainsi que la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet ont assuré qu’ils avaient entendu « Retourne en Afrique ! ».

Événement extrêmement rare en France, la séance de questions au gouvernement a été suspendue puis arrêtée, les conditions d’un travail parlementaire serein n’étant plus réunies. Cet élément a également pris en compte dans la prise de décision du Bureau, ont indiqué certains de ses membres.

Des propos immédiatement condamnés par l’ensemble des groupes parlementaires et qualifiés de « racistes » en ce qu’ils visaient un député noir – sauf par le groupe d’extrême droite du Rassemblement national, qui défend M. de Fournas.

Ce dernier se défend de s’être adressé à M. Martens Bilongo lui-même. Il assure avoir voulu se référer au bateau de migrants dont il était question dans l’intervention de M. Martens Bilongo, et s’est dit « navré » de l’incompréhension par un courriel envoyé directement à son collègue.

Mais, aussi bien pour la gauche (NUPES) que pour la majorité, la phrase « qu’il retourne en Afrique » est raciste indépendamment de s’il était dirigé envers le bateau de migrants ou envers le député. Par ailleurs, des anciens tweets – ensuite en partie effacés par M. de Fournas – montrent un certain intérêt de M. de Fournas pour le continent africain.

Carlos Martens Bilongo a, quant à lui, qualifié d’ « honteux le fait d’être renvoyé à sa couleur de peau ». Et de s’interroger : « cela aurait-il été plus acceptable qu’un député hurle, à propos des réfugiés du bateau de SOS Méditerrannée, ‘qu’ils retournent en Afrique’ ? »

Pour le parti présidentiel Renaissance, le député Sylvain Maillard a déclaré que « Marine Le Pen doit présenter des excuses et exiger la démission du député [Grégoire] de Fournas ».

Même son de cloche chez le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, mais le député du Rassemblement national a indiqué qu’il n’entendait pas démissionner.

La sanction

Le Bureau de l’Assemblée nationale regroupe les vice-présidents (dont deux du Rassemblement national), les secrétaires et les questeurs de la chambre basse du Parlement français.

Les présidents des groupes politiques – dont Marine Le Pen pour le RN – y ont participé également, mais n’ont pu prendre part au vote qui a abouti à la décision. Les membres RN du Bureau de l’Assemblée ayant décidé de ne pas prendre part au vote, la sanction a été prononcée à l’unanimité.

Au cours de cette réunion du Bureau, Grégoire de Fournas a été interrogé et écouté par les différents membres, qui ont ensuite voté l’exclusion à la majorité simple.

La sanction a ensuite été annoncée par Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, aux députés qui ont, à leur tour, validé la censure avec exclusion temporaire.

Tous les députés se sont prononcés en faveur de la censure avec exclusion temporaire, à l’exception des députés du groupe du Rassemblement national. La présidente de l’Assemblée a rappelé l’extrême gravité de cette sanction, prononcée ce vendredi pour la deuxième fois depuis que la Ve République existe (1958).

Grégoire de Fournas, n’était pas présent dans l’hémicycle au moment du prononcé de la sanction.

Le député est ainsi privé, pendant deux mois, de la moitié de son indemnité parlementaire et est interdit de participer aux travaux de l’Assemblée pendant quinze jours.

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