Un élu polonais démis de la vice-présidence du Parlement européen

Crédits: European pressphoto agency

Les parlementaires européens ont destitué Ryszard Czarnecki, après ses insultes contre une autre eurodéputée polonaise.

À 477 votes pour et 196 contre, les députés européens ont entériné la destitution de Ryszard Czarnecki, vice-président du Parlement européen (PE) et membre du groupe eurosceptique des Conservateurs et réformistes européens. Le vote fait suite à des insultes qu’il a adressées à une eurodéputée polonaise PPE et faisant référence à la période nazie.

Une dispute nationale sur fond européen

Si la dispute prend place dans l’hémicycle européen, ses lignes de fracture sont avant tout nationales. Elle part d’un post de Ryszard Czarnecki sur son blog, dans lequel il avait qualifié Róża Thun, une eurodéputée PPE, de « szmalcownik ». Le terme date de la Seconde Guerre mondiale et désigne les Polonais qui faisaient chanter des Juifs cachés. L’insulte de Ryszard Czarnecki faisait suite à une interview de Róża Thun à la chaine Arte, dans laquelle elle critiquait la politique du gouvernement polonais actuel dirigé par le parti conservateur Droit et justice, dont Ryszard Czarnecki est lui-même issu. Róża Thun de son côté appartient au parti  Plateforme civique, actuellement dans l’opposition.

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Le post du vice-président, puis son refus de s’excuser dans une interview, avaient échauffé les esprits parmi les eurodéputés. Quatre d’entre eux avaient exprimé leur indignation dans une lettre adressée en janvier au président Antonio Tajani, lettre par la suite signée par les leaders de quatre groupes politiques majeurs (le PPE, PSE, les Libéraux et les Verts).

Ces derniers dénonçaient des propos inacceptables de la part d’une figure institutionnelle haut placée du Parlement. « Le PE a été créé pour rejeter le nazisme, la guerre. On ne peut tolérer d’avoir une terminologie nazie, surtout de la part des plus hauts responsables », a souligné mardi dernier l’eurodéputé socialiste allemand Udo Bullmann, dont le groupe a salué le vote contre Czarnecki.

Pour autant selon Czarnecki et son parti, le coup à tout d’une manœuvre politique, visant à la fois sa personne et son pays. « Ces mêmes milieux politiques qui ont initié huit débats sur le thème de notre pays ont maintenant pris la décision de lancer le neuvième à Bruxelles. Les mêmes cercles, qui ont voté une résolution anti-polonaise, m’ont maintenant démis de ma fonction de vice-président. C’est une action cohérente contre notre pays », a ainsi déclaré l’eurodéputé dans une interview à la radio publique polonaise juste après le vote.

La destitution de Czarnecki vient en effet raviver les tensions déjà fortes entre Bruxelles et les autorités polonaises. En décembre 2017, la Commission a lancé contre ces dernières la procédure de l’article 7 visant à la sauvegarde de l’État de droit, après la validation de réformes contestées du système judiciaire polonais. Ryszard Czarnecki a ajouté qu’il travaillerait désormais « pour la République polonaise comme parlementaire européen ».

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Quel remplaçant pour Czarnecki ?

Face à ces arguments, Manfred Weber président du PPE a déclaré mardi qu’« il ne s’agit pas d’une mesure contre la Pologne ou contre le PiS, mais contre un individu qui a eu un comportement inacceptable ». Pour montrer sa bonne volonté, le PPE s’est déclaré favorable à ce qu’un membre du PiS remplace Ryszard Czarnecki à la vice-présidence. D’après Ryszard Czarnecki cependant, des candidatures seraient envisagées du côté des Verts et des Libéraux. L’élection du nouveau vice-président devrait se tenir à la prochaine session plénière, le 28 février.

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