Varsovie tente de saborder la candidature de Donald Tusk

deuxième mandat.

La Pologne a créé une situation inédite dans l’Union européenne en présentant un candidat au poste de président du Conseil européen contre le Polonais Donald Tusk, son titulaire sortant qui brigue un deuxième mandat.

Le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS) au pouvoir en Pologne refuse de soutenir l’ancien Premier ministre libéral et actuel président du Conseil européen.

« Le gouvernement polonais propose la candidature de [l’eurodéputé polonais] Jacek Saryusz-Wolski au poste de président du Conseil européen », a annoncé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Donald Tusk était jusqu’à présent le seul candidat déclaré à la présidence du Conseil. Son éventuelle reconduction aux fonctions qu’il occupe depuis deux ans devrait être examinée au prochain sommet européen à Bruxelles, le 9 mars.

Varsovie ne soutient pas Tusk pour un second mandat

Poland confirmed yesterday (28 February) it would oppose the reappointment of former Prime Minister Donald Tusk next week as president of the European Council, highlighting the increased isolation of the nationalist Polish government in Europe.

Selon des sources diplomatiques françaises, elle pourrait aussi être évoquée dès lundi à Versailles au sommet des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne, d’Italie et d’Espagne consacré à l’avenir de l’UE.

Reconduction probable

La candidature de Donald Tusk à un second mandat est souhaitable aux yeux d’une nette majorité d’États membres de l’UE. Celle de son rival, avancée à cinq jours seulement de la réunion du 9 mars, paraît vouée à l’échec.

« Il ne faudrait pas que Donald Tusk soit victime de la volonté de son propre pays de l’écarter. Ce ne serait pas correct », a toutefois commenté une des sources françaises.

« Tusk a une position très forte », a confirmé à l’AFP un diplomate européen, qui ajoute qu’en tant que président en exercice du Conseil européen, celui-di n’avait pas besoin d’être nommé par un pays. Il lui suffit de confirmer sa volonté de briguer un deuxième mandat, ce qu’il a fait au récent sommet de Malte.

Soutien de la France

Une opinion partagée par François Hollande. « J’ai moi-même porté la candidature de Donald Tusk il y a deux ans et demi à la présidence du Conseil », a indiqué le président français. Il estime ainsi n’avoir pas « de raison de la remettre en cause, même si au regard des équilibres politiques, ce serait le tour d’un socialiste ».

« J’essaie d’avoir une vision plus européenne que partisane ou nationale […] Il revient au Conseil Européen d’en débattre politiquement », affirme-t-il encore, soulignant « la possibilité de choisir un candidat refusé par son propre pays ». « En ce qui me concerne, je ne participerai pas à [l’]éviction » de Donald Tusk. »

La presse a prêté ces dernières semaines à François Hollande l’ambition de briguer la présidence du Conseil européen après son départ de l’Elysée à la mi-mai, ce qu’il a refusé de commenté.

Jacek Saryusz-Wolski, 68 ans, siège depuis 2004 au Parlement européen, où il était membre du groupe du Parti populaire européen (PPE). Jusqu’’au 4 mars, il était aussi membre du principal parti d’opposition polonais, la Plateforme civique (centriste, PO), dont est issu Donald Tusk.

En réaction immédiate à l’annonce faite par le gouvernement, la PO a décidé d’exclure l’eurodéputé de ses rangs, ce qui entraîne, comme l’a confirmé le chef du PPE, Joseph Daul, son exclusion du Parti populaire européen.

La campagne vindicative du PiS

Juste avant l’annonce officielle, la direction politique du Pis, au pouvoir en Pologne, a demandé à son gouvernement de « fermement » refuser son soutien à Donald Tusk.

Le parti l’accuse d’avoir « violé le principe de neutralité face à un État membre de l’UE, la Pologne en l’occurrence ». Selon PiS, le président du Conseil a soutenu des projets et des décisions allant à l’encontre des intérêts polonais et apporté son appui à l’opposition.

Le chef du PiS, Jarosław Kaczyński, a longtemps été l’ennemi juré de Donald Tusk sur le plan politique national, mais depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs en Pologne en octobre 2015, il a formulé des critiques de plus en plus acerbes contre son compatriote dont le mandat expire en mai.

Sur le plan politique mais aussi personnel, Jarosław Kaczyński accuse Donald Tusk de « responsabilité morale » pour la catastrophe aérienne de 2010 dans laquelle son frère jumeau, le président Lech Kaczyński, est mort en même temps que de nombreux autres hauts responsables polonais.

« « Je ne puis imaginer qu’on soutienne un candidat qui lutte contre son propre gouvernement. Je ne puis imaginer non plus que les autres pays de l’Union européenne soutiennent un candidat qui n’a pas l’appui de son propre gouvernement », a déclaré samedi le chef de la diplomatie polonaise, Witold Waszczykowski.

Il a indiqué que le nouveau candidat polonais s’était rendu dès samedi à Bruxelles et que lui-même allait y entamer dès dimanche une action de « lobbying » en faveur de Jacek Saryusz-Wolski.

La Pologne toute seule n’a pas le pouvoir de bloquer la réélection de Donald Tusk à la tête du Conseil européen, celle-ci ne requérant que l’appui de la majorité qualifiée des États membres.

Varsovie ne soutient pas Tusk pour un second mandat

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