Église polonaise : avec le peuple ou le pouvoir ?

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L’alliance du trône et de l’autel s’est toujours soldée par des échecs. N’étant ni durable ni efficace, elle ne conduit qu’à une dépendance gênante et à un asservissement mutuel. In fine à un désaveu et à une laïcisation poussée de la société. Une tribune publiée sur Ouest-France.

Jolanta Kurska est présidente de la Fondation Geremek à Varsovie.

Durant le communisme, l’Église en Pologne fut pleinement engagée dans la défense des libertés civiques et des droits de l’homme. Mais elle n’a pas su trouver sa place, confrontée à l’épreuve du pluralisme depuis la chute du communisme, en 1989.

Divisée après la mort de Jean Paul II, sa frange nationaliste et fondamentaliste triomphe, depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 d’une coalition nationaliste et populiste qu’elle avait ouvertement soutenue lors de la campagne électorale.

Pendant deux ans de gouvernement du parti Droit et Justice de Jaroslaw Kaczynski, la hiérarchie de l’Église polonaise s’est murée dans un silence total. Elle n’a rien dit face au démantèlement de l’État de droit et aux violations des règles démocratiques.

Les catholiques libéraux s’attendaient à ce qu’elle réagisse et soutienne les milliers de Polonais protestant dans la rue contre l’inquiétant virage autoritaire du pouvoir. Ils espéraient aussi qu’elle prenne clairement position contre l’exploitation politique de la catastrophe de l’avion présidentiel à Smolensk. Ses commémorations mensuelles, à Varsovie et devant le Palais présidentiel, sont devenues de honteux happenings politiques : le leader du parti Jaroslaw Kaczynski se permettant d’insulter ceux qui ne soutiennent pas son camp. Et ceci, en présence et avec l’appui des prêtres !

Les évêques libéraux seront-ils entendus ?

Quant aux représentants de la coalition au pouvoir, ils multiplient les allers-retours entre Varsovie et Torun, ville du puissant empire médiatique du père Rydzyk, nationaliste et radical, un pilier de la propagande pro-gouvernementale.

Si des voix isolées au sein de l’Église s’élevaient pour l’accueil des réfugiés, il a fallu attendre le 24 juillet dernier pour enfin entendre la voix officielle de l’Église. Est-ce le signe d’un changement d’attitude ?

Mgr Stanislaw Gadecki, président de la Conférence épiscopale, a publié une lettre ouverte affirmant que « la vraie démocratie n’est possible que dans l’État de droit ». Cela, au moment où une soi-disant réforme du système judiciaire accroît, de fait, le contrôle du pouvoir exécutif sur la justice. Et alors que la colère de la société polonaise grandit contre cette réforme.

Dans cette lettre, l’archevêque a remercié le président polonais, Andrzej Duda, d’avoir mis son veto à deux lois controversées sur la justice. Certains pensent que l’Église est à l’origine de cette décision du Président.

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