À partir du 20 mai 2024, des camps en Albanie commenceront à traiter les demandes d’asile des personnes secourues par les autorités italiennes. Un document d’appel d’offres récemment publié révèle plus de détails sur l’accord et le fonctionnement sur place.
En novembre 2023, le Premier ministre albanais, Edi Rama, et la Première ministre italienne, Giorgia Meloni, ont signé un accord prévoyant que les migrants secourus dans les eaux territoriales italiennes ou par les autorités italiennes soient envoyés en Albanie pour que leurs demandes d’asile y soient traitées. L’accord a divisé l’opinion publique des deux côtés de l’Adriatique dès le début, mais les deux gouvernements ne bronchent pas sur sa mise en œuvre.
Les notifications d’appel d’offres, publiées par la préfecture de Rome, invitent les soumissionnaires à candidater avant le 28 mars, et la date limite de début des opérations est fixée au 20 mai.
Conformément aux modalités de l’appel d’offres, d’une valeur de 34 millions d’euros, le site albanais se composera de trois structures capables d’accueillir un total d’environ 3 000 personnes.
Une structure sera construite dans le port de Shëngjin, où les procédures de débarquement et d’identification seront effectuées.
Les deux autres sites seront situés à Gjadër, dans le nord-ouest de l’Albanie. L’un sera consacré à la vérification des conditions préalables à la reconnaissance de la protection internationale, tandis que l’autre servira de centre de détention pour le rapatriement.
Selon le gouvernement italien, le site traitera les personnes secourues par les autorités italiennes impliquées dans le sauvetage maritime, telles que les gardes-côtes, la police financière ou la marine militaire, et exclura explicitement les personnes secourues par les ONG. Il n’inclura pas non plus les personnes en situation de handicap, les femmes, les enfants et les autres personnes vulnérables.
L’appel d’offres inclut la construction d’un certain nombre de structures médicales ainsi que la présence de personnel médical spécialisé dans les centres.
Le ministère italien de l’Intérieur effectuera des contrôles ponctuels sur le site afin de s’assurer du respect de l’appel d’offres.
Pendant leur séjour en Albanie, estimé à environ trois mois par personne, les individus ne pourront pas quitter le centre, qui sera gardé par les autorités italiennes et albanaises. Si elles le font, la police albanaise les renverra. Une fois leur demande traitée, quelle qu’en soit l’issue, ils seront expulsés du territoire albanais.
Sur place, les personnes peuvent bénéficier d’une assistance juridique de la part de représentants d’organisations internationales, dont l’UE, conformément à la législation italienne, albanaise et européenne.
L’accord a suscité la controverse en Italie et en Albanie, mais la Cour constitutionnelle de Tirana a estimé qu’il ne violait de justesse pas les lois du pays au début de l’année. Entre-temps, bien que des experts en droit international aient affirmé qu’il n’était pas conforme à la législation européenne, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a estimé qu’il n’enfreignait pas la loi puisqu’il se situait « en dehors de celle-ci ».
Les travaux n’ont pas encore commencé sur les sites de Shëngjin et de Gjadër, ce qui soulève des questions quant à leur capacité à être opérationnels d’ici mai.
Shëngjin abritait également des centaines de réfugiés afghans que l’Albanie a accueillis après le retrait des États-Unis d’Afghanistan, suivi de la prise de pouvoir des talibans. Les États-Unis avaient promis d’assumer la responsabilité de ces réfugiés et demandé à l’Albanie de les retenir sur le territoire pendant le traitement de leurs visas, mais un certain nombre d’entre eux sont toujours dans les camps albanais, sans avoir aucune nouvelle ni idée de quand ils pourront partir.
En ce qui concerne l’accord sur les migrants, plusieurs autres pays de l’UE ont laissé entendre qu’ils pourraient envisager des accords similaires pour régler leurs problèmes de migration, ce qui leur permettrait probablement de gagner des voix auprès des segments conservateurs de la société, à l’approche des élections européennes.
[Édité par Anna Martino]




