Depuis la frontière Gaza-Égypte, l’eurodéputé Christophe Grudler décrit « une situation dramatique »

De l'aide médicale est livrée à l'hôpital Nasser à Khan Yunis, dans la bande de Gaza, après qu'un troisième convoi de camions d'aide est entré dans le passage de Rafah depuis l'Égypte, le 23 octobre 2023. [EPA-EFE/HAITHAM IMAD]

Quatre eurodéputés du groupe Renew reviennent de deux jours (16 et 17 décembre) entre l’Égypte et le poste-frontière avec Gaza. Sur place, le Français Christophe Grudler, qui a présidé la délégation, raconte à Euractiv France l’acheminement de l’aide humanitaire. 

Depuis les attentats du 7 octobre du groupe terroriste Hamas contre Israël, la guerre fait rage dans la bande de Gaza. Le dernier bilan de l’UNRWA, organe de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, en date du 18 décembre 2023, fait part de plus de 19 400 morts, selon des données du ministère de la Santé du Hamas. 

Outre les décès liés à la riposte israélienne, les ONG sur place alertent sur la détérioration des conditions sanitaires. Les services d’assainissement des eaux et de production d’électricité manquent. «À ce stade, je suis presque certain que cela pourrait, à long terme, être aussi dangereux que les bombardements», a déclaré Ricardo Martinez, coordinateur logistique de Médecin sans frontières, présent sur place début décembre. 

Face à cette situation, l’aide humanitaire, à laquelle participent l’UE et les États membres en tant que second contributeur mondial après l’Égypte, cherche à s’organiser pour soulager les populations civiles. 

Afin de suivre le chemin de l’aide européenne, quatre eurodéputés du groupe Renew ont passé deux jours (16 et 17 décembre) dans la région. 

La mission parlementaire doit «évaluer la situation sur le terrain en ce qui concerne les raisons et les défis qui expliquent pourquoi l’aide humanitaire ne parvient pas suffisamment à la population de Gaza», explique le communiqué de presse de la mission. 

Elle était présidée par l’eurodéputé français Christophe Grudler, accompagné de ses collègues de groupe Abir Al Sahlani (Suède), Soraya Rodriguez Ramos (Espagne) et Barry Andrews (Irlande). 

Les quatre députés européens ont silloné du Caire au poste-frontière Gaza-Égypte de la porte Salah Ad Din de Rafah, ouverte depuis le 19 octobre. Sept heures de route à travers le Sinaï, désertique et lourdement contrôlée par l’armée égyptienne, à cran depuis la présence dans la région de l’État islamique. 

De gauche à droite : Andrew Barry, eurodéputé (Renew) irlandais, Abir Al Sahlani, eurodéputé (Renew) suédoise, Christophe Grudler, eurodéputé (Renew) français, Maria Soraya Rodriguez Ramos, eurodéputé (Renew) espagnole, un représentant de la Direction générale de la protection civile européenne et des opérations d’aide humanitaire de la Commission européenne, ainsi que cinq membres du Croissant-rouge égyptien, devant la porte de Salah Ad Din, le 16 décembre 2023 à Rafah, Égypte. [Christophe Grudler]

Les camions se massent

Aux portes de Rafah, la file de camions chargés d’aides humanitaires s’étend à perte de vue, raconte M. Grudler. 

«250 camions attendent de pouvoir passer à Gaza», rejoindre d’abord le camp de Rafah côté gazaoui où se massent dorénavant plus d’un million de civils, contre 150 000 à l’accoutumée, explique l’élu européen.

La plupart des camions humanitaires sont arrêtés à Al Arish, à 50 kilomètres de Rafah, sur la côte égyptienne. Au 16 décembre 2023, ils étaient exactement 254, selon des documents de l’ONU consultés par Euractiv France. 

171 camions chargés de denrées alimentaires, 43 de produits ménagers et d’abris, 13 d’articles médicaux, 12 d’eau, 4 de produits médicamenteux et 11 de divers produits. 

Avant d’autoriser la traversée de la frontière, les camions doivent être contrôlés. Certains d’entre eux sont ainsi acheminés jusqu’à Nitzana en Israël, à environ 80 km de Rafah, pour être scannés. 

«Dans la logique d’éradiquer le Hamas, Israël ne prend aucun risque et refuse tout ce qui est considéré comme pouvant être une arme». Panneaux solaires, tentes, tout y passe.

Selon les documents de l’ONU consultés par Euractiv France, au 16 décembre 2023, 100 bonbonnes d’oxygène, 1 générateur d’oxygène, 1 200 purificateurs d’eau, 418 kits médicaux, 1 000 panneaux solaires et 24 générateurs d’électricité ont été interdits. 

Assurer le passage vers Gaza

Une fois acheminées à Gaza, comment s’assurer que les denrées humanitaires ne sont pas détournées par le Hamas ? «Difficilement», avoue M. Grudler. 

«Bien qu’à Gaza, les camions sont suivis par les ONG et leurs bénévoles sur place pour empêcher le Hamas de détourner les aides, ce genre de situation peut arriver», consent-t-il. 

La question était au cœur des préoccupations entre Israël et les États-Unis au moment d’ouvrir le point de passage de Rafah. 

Dimanche (17 décembre), une vidéo diffusée par les médias israéliens montrait un camion humanitaire chevauché par des hommes armés.

M. Grudler est toutefois certain d’une chose : «Les camions qui arrivent à Gaza conservent le drapeau du pays ou de l’organisation dont ils proviennent : UE, France, Allemagne, etc.». Et ce, malgré les risques de détournement par certains contributeurs à l’aide humanitaire tentés de cueillir les lauriers cultivés par d’autres.

De gauche à droite : Abir Al Sahlani, eurodéputé (Renew) suédoise, Maria Soraya Rodriguez Ramos, eurodéputé (Renew) espagnole, Christophe Grudler, eurodéputé (Renew) français, accompagnés de trois hommes du Croissant-rouge égyptien, devant un camion transportant de l’aide humanitaire européen, provenant d’Irlande, le 16 décembre, à Al Arish, Égypte. [Christophe Grudler]

Pour un cessez-le-feu

Désormais, la seule solution viable à long terme est un cessez-le-feu face à cette «situation dramatique pour les populations civiles», plaide l’eurodéputé. 

De retour à Bruxelles, il a rendu compte de son séjour à ses collègues espérant que ces derniers convainquent leurs autorités nationales de plaider pour l’arrêt des combats.

Parmi les États membres de l’UE, l’Autriche et la Tchéquie ont voté contre la dernière résolution de l’ONU rédigée en ce sens le 12 décembre, tandis que l’Allemagne s’est abstenue.

Depuis, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU bataillent pour une nouvelle résolution, une nouvelle pause dans les combats.  

«Cela permettrait à Israël de sauver des otages, tout en évitant d’être accusé d’être le bourreau de femmes et d’enfants, alors qu’ils luttent contre des bourreaux de femmes et d’enfants», pense M. Grudler.

Sur d’autres terrains, les négociations ont avancé. Les autorités israéliennes ont ainsi autorisé dimanche dernier l’ouverture «temporaire» du poste-frontière de Kerem Shalom au sud-ouest de la bande de Gaza. Plus proche Nitzana, cela fluidifiera et accélérera l’acheminement de l’aide humanitaire. Le même jour, près de 200 camions ont ainsi pu entrer à Gaza

En outre, des négociations seraient en cours pour créer, dans la bande de Gaza, une «zone de sauvegarde». 

«Ce serait un endroit où les gens pourraient aller pour se protéger des bombardements. Problème : ce sont des zones sans eau ni électricité…», déplore M. Grudler. 

Situation "apocalyptique" à Gaza, selon Josep Borrell

La situation à Gaza est « apocalyptique » pour les populations civiles, a averti lundi (11 décembre) le patron de la diplomatie européenne Josep Borrell, pour qui le niveau de destruction dans le territoire palestinien est supérieur à celui de l’Allemagne lors de la Seconde guerre mondiale.

[Aurélie Pugnet a contribué à la rédaction de cet article]

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