Des centaines de migrants tentent de franchir la frontière polonaise

Des soldats polonais postés le long de la frontière avec la Biélorussie, près de Kopczany, le 23 août dernier. [ARTUR RESZKO/epa]

Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des centaines de migrants se dirigeant vers la frontière polonaise depuis la Biélorussie, ce lundi (8 novembre). Cette situation a incité la Commission européenne à décrier « l’utilisation abusive des personnes » par Minsk et à qualifier la situation migratoire à la frontière biélorusse de « question d’urgence ».

Dans une vidéo partagée par le service de blog indépendant biélorusse NEXTA, des migrants portant des sacs à dos et des vêtements d’hiver ont été vus marchant sur le bord d’une autoroute, en direction du poste frontière de Kuźnica — Bruzgi, ont rapporté les médias polonais.

Les gardes-frontières polonais ont déclaré avoir enregistré 222 tentatives de franchissement illégal de la frontière entre la Pologne et la Biélorussie au cours de la seule journée précédente.

La Commission européenne a estimé le nombre de migrants à « plusieurs centaines », confirmant que Bruxelles était en contact avec les autorités polonaises sur cette question.

Le chef du service des gardes-frontières de Lituanie, Rustamas Liubajevas, a déclaré que « le chiffre le plus important communiqué par Europol, Frontex et les collègues polonais est de 5000 personnes. »

Le comité frontalier de l’État biélorusse a publié une déclaration confirmant qu’un groupe important de réfugiés se déplaçait le long de l’autoroute vers la frontière polonaise, et affirmant que Varsovie adoptait une « attitude inhumaine », sans donner plus de détails.

Varsovie s’inquiète

Le vice-ministre des Affaires étrangères polonais Piotr Wawrzyk a déclaré à la radio publique polonaise que « la Biélorussie veut provoquer un incident majeur, de préférence avec des coups de feu et des victimes : selon les médias, ils préparent une provocation majeure près de Kuznica Bialostocka, où il y aura une tentative de passage massif de la frontière ».

Le vice-ministre polonais de l’Intérieur Maciej Wasik a indiqué sur Twitter que « les autorités polonaises sont prêtes à tous les scénarios ».

« Nous restons en état de préparation totale », a-t-il ajouté.

La Pologne a érigé une clôture en fil de fer barbelé le long de la section de sa frontière avec la Biélorussie. L’état d’urgence est en vigueur le long de la frontière pour empêcher l’arrivée de migrants, et la Pologne prévoit de construire un mur de 5,5 mètres de haut sur un tronçon frontalier de 180 km.

Varsovie avait déclaré vendredi (5 novembre) qu’un soldat biélorusse avait tenté de tirer des fusées éclairantes sur les troupes frontalières polonaises et que d’autres avaient essayé d’arracher les clôtures le long de la frontière.

« De nouvelles provocations à la frontière. Hier, un soldat biélorusse a essayé de tirer des fusées éclairantes en direction des soldats polonais. Heureusement, le pistolet n’a pas tiré », a écrit le ministère polonais de la Défense sur Twitter.

Au moment de la publication, le ministère de l’Intérieur a déclaré que la situation était sous contrôle après que les services polonais ont empêché les migrants de forcer le passage vers le côté polonais au sud du poste frontière de Kuźnica.

Aucune aide de l’UE demandée

« Bien sûr, il s’agit de la poursuite de la tentative désespérée du régime de M. Loukachenko d’utiliser les gens comme des pions pour déstabiliser l’Union », a déclaré le porte-parole de la Commission européenne pour les affaires intérieures, Adalbert Jahnz.

Pressé par les journalistes de préciser si la Pologne avait demandé l’assistance du service ou des agences frontalières de l’UE, M. Jahnz a déclaré que « pour le moment, il n’y a pas de présence d’agences européennes à la frontière polonaise et il n’y a pas eu de demande en ce sens ».

Le porte-parole de l’exécutif européen pour les affaires étrangères, Peter Stano, a déclaré que des discussions étaient « en cours sur la modification du régime de sanctions existant contre la Biélorussie afin de prendre en compte également les menaces nouvelles et émergentes telles que nous les avons vues récemment, y compris l’instrumentalisation de la migration ».

« Il s’agit d’une question d’urgence pour l’Union européenne », a déclaré M. Stano, ajoutant que la question serait examinée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de leur réunion à Bruxelles lundi 15 novembre.

La Lituanie se prépare

S’adressant aux journalistes lundi (8 novembre), le ministre lituanien de l’intérieur, Agnė Bilotaitė, a déclaré que la situation à la frontière entre la Lituanie et le Belarus était actuellement « stable et sous contrôle ». Mais suite aux événements survenus à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, la Lituanie était prête à réagir à « tous les scénarios possibles ».

Le général Rustamas Liubajevas a déclaré que les préparatifs ont commencé dès samedi (6 novembre), car des informations indiquaient que des groupes de migrants importants se rassemblaient à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie.

Les forces lituaniennes sont déployées aux points de la frontière où les tentatives d’entrée dans le pays sont les plus probables.

« Il s’agit d’une attaque non seulement contre la Lituanie ou la Pologne, mais aussi contre l’UE dans son ensemble, et nous devons la contrer par solidarité », a déclaré le ministre de l’Intérieur Bilotaitė, dont le ministère a suggéré d’imposer l’état d’urgence dans le pays, sous réserve de l’accord du gouvernement.

Lors de la réunion des dirigeants de l’UE le mois dernier, le président lituanien Gitanas Nausėda avait déclaré que « le nombre de migrants potentiels susceptibles de franchir la frontière de l’Union européenne est, malheureusement, en augmentation », avertissant que le bloc ne sera pas en mesure de gérer 5 000 migrants à la frontière.

Vilnius fait pression pour que l’UE finance la construction d’une clôture frontalière et souhaite également une refonte de la politique d’asile de l’Union.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a toutefois déclaré aux journalistes, à l’issue du sommet des dirigeants européens du mois dernier, que « la Commission et le Parlement européen s’accordent depuis longtemps sur le fait qu’il n’y aura pas de financement de fils barbelés et de murs ».

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