À deux mois des élections européennes, un nouveau scandale vient secouer Bruxelles avec la découverte d’un réseau d’influence prorusse au Parlement européen. Cette affaire, qui rappelle celle du Qatargate, accroît la pression sur l’institution pour qu’elle opère des réformes de ses règles d’éthique.
La semaine dernière, les services de renseignement tchèques ont mis au jour un réseau lié au site d’information Voice of Europe qui serait impliqué dans une opération d’influence pro-russe en Europe. Ce site, enregistré à Prague et désormais fermé par les autorités tchèques, appartenait à l’oligarque ukrainien pro-russe Viktor Medvedtchouk.
S’exprimant lors d’un débat sur l’ingérence étrangère au parlement belge jeudi dernier (28 mars), le Premier ministre belge Alexander De Croo a déclaré que la Russie avait bien approché et payé des responsables politiques européens — dont des membres du Parlement européen — pour diffuser de la propagande. À ce jour, l’identité des responsables politiques soupçonnés n’a pas été révélée.
Les médias tchèques et allemands ont rapporté que Petr Bystron, numéro deux du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) pour les élections européennes et membre du Bundestag allemand, serait impliqué dans le scandale.
Après le scandale de corruption du Qatargate en 2022, le Parlement a lancé des réformes de ses règles internes pour améliorer la transparence. Il finalise actuellement les négociations sur un tout nouvel organe d’éthique.
Le Parlement a déjà fixé des exigences légales et éthiques pour ses membres, propose des formations et prévoit la délivrance d’une habilitation de sécurité pour les personnes qui traitent des informations classifiées.
Dans le sillage de l’affaire révélée la semaine dernière, les groupes politiques du Parlement ont rapidement appelé à un débat en plénière et à l’adoption d’une résolution sur le sujet.
Le groupe libéral Renew Europe veut aller plus loin que les réformes proposées jusqu’à présent et demande des procédures plus strictes en matière d’habilitation de sécurité et un contrôle renforcé des membres du personnel, en particulier pour les personnes qui assistent à des réunions sensibles.
Parmi les propositions d’amendements à un rapport sur les décharges du budget de l’UE — un rapport souvent utilisé pour soulever des questions politiques — on retrouve notamment un contrôle plus strict de l’organisation d’évènements au Parlement, des invitations de personnes extérieure à l’institution et de l’accès aux plateformes de communication de l’hémicycle.
« L’idée est de souligner que nous avons besoin que le Parlement européen et toutes les institutions de l’UE disposent des ressources adéquates pour protéger l’information contre les campagnes de manipulation avant les élections, et de signaler nos inquiétudes concernant l’ingérence étrangère et la campagne de désinformation », a confié un porte-parole de Renew à Euractiv.
Le groupe politique libéral s’attend à un fort soutien de la part des autres groupes politiques qui lui permettra d’obtenir une majorité pour faire adopter le texte.
Risque d’ingérence lors des élections de juin ?
Ce scandale intervient en amont des élections européennes et fait craindre une ingérence russe dans celles-ci.
La présidente du Parlement, Roberta Metsola, s’est voulue rassurante. Lors d’un évènement organisé mercredi (3 avril), elle a rappelé que l’institution était en état d’alerte et a déclaré : « Nous n’avons pas peur, nous savons comment travailler ensemble pour les arrêter ».
« Il reste un peu plus de 60 jours avant les élections européennes. Nous savons ce qui est en jeu, tout comme les acteurs qui iront, je ne sais jusqu’où, pour tenter de perturber notre processus démocratique », a-t-elle affirmé.
Cependant, il semble peu probable que de nouvelles réformes soient proposées et adoptées avant les élections de juin, car le calendrier serait trop serré.
Les eurodéputés sont quant à eux très inquiets et prêts à agir.
« Il s’agit d’un nouveau niveau de menace », a confié Brando Benifei, député européen du Partito Democratico et chef de la délégation italienne au sein du groupe des Socialistes et Démocrates européens (S&D), à Euractiv.
Il a souligné que ce scandale révélait la manière dont des acteurs étrangers pouvaient systématiquement affecter la démocratie européenne.
« Nous devons maintenant être très prudents pour bien comprendre ce qui s’est passé et prendre les décisions nécessaires », a-t-il expliqué.
La réforme post-Qatargate est-elle suffisante ?
Selon Nick Aiossa, directeur adjoint de Transparency International EU, ce scandale « pourrait être plus grave que celui du Qatargate » et devrait « entraîner de véritables réformes pour éradiquer cette culture de l’impunité ».
En 2022, le Qatargate a entraîné une série de réformes internes visant à renforcer les règles de transparence du Parlement, ainsi que la création d’un organe européen chargé des questions d’éthique.
Cependant, ces mesures ont été largement critiquées par les parties prenantes et les eurodéputés eux-mêmes, qui les ont jugées inefficaces.
Pour Shari Hinds, chargée de mission pour l’intégrité politique de l’UE chez Transparency International EU, les mesures qui devraient permettre d’éviter un futur scandale sont insuffisantes car « il y a toujours un manque de contrôle et d’application » de celles-ci.
L’organe européen chargé des questions d’éthique de l’UE n’aura pas le pouvoir d’enquêter ou de sanctionner, souligné Mme Hinds.
« Lorsque vous avez un système dans lequel vous savez qu’il y a une surveillance et un contrôle indépendants des activités et des sanctions dissuasives en cas de violation, alors vous développez une culture d’intégrité, où ce genre de pratique ne se produit pas », a-t-elle conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




