La diplomatie de l’UE souffre d’un manque d’effectifs et de communication, selon la Cour des comptes européenne

Les auditeurs ont évalué l’efficacité du SEAE au niveau de la coordination entre septembre 2021 et mars 2023 au sein de son siège à Bruxelles, avec les délégations de l’UE dans le monde, ainsi qu’avec la Commission européenne et le Conseil. [Shutterstock/EQRoy]

Dans l’exercice de leurs missions, les diplomates de l’UE sont confrontés à des problèmes de personnel, ne reçoivent pas suffisamment de directives de leur administration centrale et éprouvent des difficultés à échanger des renseignements et des informations en raison de la lenteur et de l’opacité des systèmes informatiques mis à leur disposition, selon un nouveau rapport des auditeurs de la Cour des comptes européenne.

Bien que le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) collabore « de manière efficace » avec les différentes institutions, il faut qu’il fournisse un meilleur soutien aux délégations de l’Union à l’étranger, selon le rapport de la Cour des comptes européenne publié mardi (30 janvier).

Les auditeurs ont évalué l’efficacité du SEAE au niveau de la coordination entre septembre 2021 et mars 2023 au sein de son siège à Bruxelles, avec les délégations de l’UE dans le monde, ainsi qu’avec la Commission européenne et le Conseil.

Dans une enquête menée auprès des ambassadeurs de l’UE, plusieurs d’entre eux ont souligné un problème de manque de personnel, en particulier dans leurs sections politiques, et certains ont également fait état de déséquilibres.

Quelque 60 % des personnes interrogées ont estimé que les ressources humaines du SEAE étaient insuffisantes par rapport aux tâches assignées aux délégations.

Dans le cas du personnel de la Commission européenne délégué à des missions à l’étranger, cette proportion est plus faible (30 %).

Un auditeur qui a travaillé sur le dossier a confié à Euractiv que la Cour recommandait que le service diplomatique de l’UE revoie l’affectation de ses ressources.

« Ce que nous recommandons, c’est d’ajuster le [déploiement de] personnel aux priorités politiques lorsque c’est nécessaire », a-t-il ajouté.

En 2022, le financement alloué par l’UE pour son service diplomatique — qui comprend son siège, ses délégations à l’étranger et environ 8100 employés — était de plus d’un milliard d’euros.

Certains responsables l’UE ont fait part de leurs inquiétudes quant aux contraintes budgétaires qui pèsent sur le service diplomatique, craignant qu’elles n’entrainent une réduction des ressources pour la période budgétaire en cours.

Un manque de feedback

Parallèlement, les auditeurs ont constaté que les délégations ne recevaient pas suffisamment de feedback ou de conseils de la part de leur administration centrale en ce qui concerne la planification et les rapports politiques.

Il s’agit notamment d’un manque de retour d’information ou d’une impression de déconnexion de la part du siège de Bruxelles en ce qui concerne la planification annuelle, et du fait que certains ambassadeurs de l’UE ne reçoivent pas de lettres de mission pour leur mandat.

« Beaucoup de délégations ont eu l’impression d’être dans une voie à sens unique dans la mesure où elles fournissaient des informations mais ne recevaient pas de retour », a expliqué l’auditeur de l’UE à Euractiv.

Seulement 35 % des personnes interrogées dans les délégations de l’UE ont déclaré que les sièges de Bruxelles leur fournissaient « généralement » un retour utile sur les rapports politiques fournis. 52 % estime que c’était « parfois » le cas et 13 % que ce n’était « jamais » le cas.

« Il est [facile] de dire que vos ambassadeurs ne fournissent pas assez d’informations si […] il n’y a pas de retour d’information, cela conduit à la démotivation », a ajouté l’auditeur de la Cour des comptes.

Les observateurs soulignent depuis longtemps le problème inhérent à la structure du service diplomatique de l’UE.

Il y a deux ans, le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, a publiquement réprimandé les envoyés de l’UE en déclarant que, compte tenu des nombreuses crises auxquelles le bloc était alors confronté, ses délégations devaient être en alerte 24 heures sur 24, et qu’elles étaient souvent « trop lentes » pour rendre compte de leurs activités à Bruxelles.

Ses commentaires étaient intervenus à un moment où les critiques se multipliaient sur le manque de communication entre Bruxelles et les diverses missions diplomatiques de l’UE.

Plusieurs diplomates des délégations de l’UE avaient déjà indiqué à Euractiv qu’ils étaient également mécontents de la manière dont Bruxelles traitait leurs rapports, souvent sans tenir compte de l’expertise du pays.

Josep Borell condamne la lenteur de ses envoyés à rendre compte de leurs activités

Compte tenu des nombreuses crises auxquelles l’UE est confrontée, ses délégations doivent être en alerte 24 heures sur 24, mais sont souvent « trop lentes » à en rendre compte à Bruxelles, a déclaré le chef de la diplomatie de l’Union, Josep Borrell, lundi (10 octobre).

Des systèmes informatiques lents et encombrants

Les auditeurs de la Cour des comptes européenne ont également averti que les diplomates de l’Union avaient du mal à accéder ou à partager des informations sensibles ou classifiées en raison de la lenteur et de l’opacité des systèmes informatiques.

Le SEAE « manque d’outils pour une collaboration et une gestion efficaces des connaissances », et « les lacunes informatiques entravent également le partage » des informations, peut-on lire dans le rapport.

Un peu moins de la moitié des représentants interrogés dans les 145 délégations de l’UE ont déclaré qu’ils ne disposaient pas d’outils informatiques pour partager en toute sécurité des documents sensibles avec d’autres institutions de l’Union.

« Nous avons constaté que la gestion de l’information présentait des faiblesses. […] Cependant, pour être tout à fait clairs, nous ne disons pas que les systèmes fuient ou sont sujets à des fuites, qu’ils ne sont pas sécurisés, mais bien que ce sont les mesures de sécurité en place qui les rendent difficiles à utiliser et qu’il y a donc un risque qu’ils soient contournés et non utilisés », a noté l’auditeur de l’UE.

Le SEAE a approuvé toutes les recommandations formulées par les auditeurs de la Cour, qui réexamineront la situation dans trois ans afin d’évaluer les progrès accomplis.

Le PPE veut remplacer le Haut représentant de l’UE par un commissaire dédié à la Défense

La prochaine Commission européenne doit envisager une réorganisation du portefeuille de la politique étrangère et de la défense, actuellement entre les mains du Haut représentant de l’UE, selon un projet de manifeste du Parti populaire européen (PPE), consulté par Euractiv.

[Édité Anne-Sophie Gayet]

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