L’année électorale 2024 sera une « cible privilégiée » pour la diffusion de fausses informations, selon Josep Borrell

Avec un nombre record d’environ 83 élections dans le monde cette année, le rapport annuel de l’UE sur la désinformation s’est concentré sur deux élections législatives de 2023, en Espagne et en Pologne, pour illustrer les tactiques utilisées par la Russie et d’autres pays. [Shutterstock/Martial Red]

Les élections qui auront lieu cette année à travers le monde seront une « cible privilégiée » pour les pays cherchant à diffuser de la désinformation et à saper la démocratie, comme la Russie, a averti mardi (23 janvier) le Haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell.

« L’une des plus grandes menaces de notre temps n’est pas liée à une bombe qui peut vous tuer, mais à un poison qui peut coloniser votre esprit et à la manière d’y faire face », a déclaré M. Borrell dans un discours inaugural, lors de la présentation de la publication du deuxième rapport annuel de l’UE sur la désinformation.

« 2024 est une année critique pour lutter » contre la manipulation et l’interférence de sources d’information étrangères, a déclaré le chef de la diplomatie de l’UE, avertissant que « les élections deviendront la cible privilégiée d’acteurs étrangers malveillants ».

« La sécurité n’est plus une question d’armes et d’armées, c’est une question d’information, de la manière dont les gens accèdent à des idées et à des faits qui détermineront plus tard la manière dont les citoyens choisiront leur gouvernement », a déclaré M. Borrell.

« Il faut garder à l’esprit que les contenus malveillants non vérifiés se propagent comme un cancer et mettent en péril la santé de la démocratie, mais nous disposons des outils nécessaires pour lutter efficacement contre cette maladie. Nous avons la capacité, maintenant il nous faut plus que cela ».

Le Forum économique mondial, qui s’est tenu à Davos au début du mois de janvier, a classé la désinformation et la propagande — appelées « activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger » (Foreign information manipulation and interference ou FIMI en anglais) dans le rapport — « en deuxième position des risques les plus importants auxquels le monde va être confronté cette année ».

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Liens avec la Russie

Le rapport de l’UE a examiné plus de 750 cas d’attaques de désinformation entre décembre 2022 et novembre de l’année dernière, qui impliquaient notamment la diffusion stratégique de fausses nouvelles et le harcèlement de sources légitimes afin de réduire la confiance envers les institutions publiques et de semer la haine à l’encontre de nations et de groupes de personnes.

Pour ces 750 attaques étudiées, 4 000 canaux (sites web et plateformes de réseaux sociaux) ont été utilisés, et les attaques visant des élections ont été préparées des mois à l’avance.

Les chercheurs du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont constaté que l’Ukraine était le pays le plus souvent visé, mais au total 149 autres entités ont également été prises pour cible, notamment des organisations médiatiques telles qu’Euronews, Reuters, Deutsche Welle et le New York Times, ainsi que des organisations LGBTQIA+.

Des médias et des groupes de la société civile ont été la cible d’« intimidations, de harcèlement ou de menaces », selon le rapport. « L’objectif n’est pas seulement de façonner les récits du monde, mais aussi de supprimer et de réduire au silence les voix dissidentes », ajoute le rapport.

Lors de la présentation du rapport, M. Borrell a cité un incident survenu en France après l’attaque du 7 octobre du Hamas contre Israël. Ce jour-là, plus de 200 étoiles de David ont été retrouvées peintes sur une série de bâtiments à Paris.

Selon M. Borrell, les tensions qui ont suivi cet incident ont été amplifiées par le fait que plus de 1 000 robots russes ont publié 2 500 messages sur les réseaux sociaux dans le but d’envenimer la situation.

« Les auteurs russes ont repéré une faille dans la société européenne et l’ont exploitée », a déclaré M. Borrell.

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L’exemple de l’Espagne

Avec un nombre record d’environ 83 élections dans le monde cette année, le rapport s’est concentré sur deux élections législatives de 2023, en Espagne et en Pologne, pour illustrer les tactiques utilisées par la Russie et d’autres pays.

Une série de canaux de la messagerie instantanée Telegram, soutenus par le Kremlin, ont été utilisés pour diffuser des fausses nouvelles à travers l’Espagne, lors d’une « action en essaim » visant à saper la crédibilité des élections par le biais d’informations erronées. Ces fausses informations provenaient de comptes qui avaient été légitimés par une campagne de promotion sur Telegram quelques mois plus tôt.

Les fausses informations suggéraient également que les électeurs espagnols n’étaient peut-être pas en sécurité, en diffusant des avertissements concernant une attaque possible de l’ancien groupe terroriste ETA prévue le jour de l’élection, publiés sur une version clonée du site web de la Communauté de Madrid.

Les chercheurs ont pu lier ces publications à des utilisateurs privés russes de Telegram résidant en Espagne.

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[Édité par Clara Bauer-Babef & Anne-Sophie Gayet]

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