Le vice-premier ministre italien et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani a abordé l’accord controversé entre l’Italie et l’Albanie sur la gestion des migrants irréguliers à la Chambre des députés mardi (21 novembre), affirmant qu’il n’est pas comparable à l’accord entre Royaume-Uni–Rwanda, récemment annulé par la Cour suprême de Londres.
M. Tajani a précisé que le protocole d’accord avec Tirana est une « pièce importante » dans la stratégie du gouvernement de Giorgia Meloni (Frère d’Italie, Conservateurs et Réformistes européens) pour lutter contre les flux migratoires irréguliers et le trafic d’êtres humains qui « continue de faire des victimes ».
« La prévention des départs irréguliers, le renforcement des frontières extérieures, la lutte contre les passeurs, l’amélioration du système de rapatriement, l’élargissement des voies légales de migration, l’accueil de ceux qui ont droit à une protection internationale : tels sont les principaux ingrédients de la nouvelle approche que nous essayons de mettre en place en Europe », a déclaré le ministre.
En Albanie, les migrants seront pris en charge « de manière parfaitement conforme » aux règlementations italiennes et européennes, et les deux centres du pays fonctionneront en suivant les normes italiennes, européennes et internationales en la matière. Les procédures suivront également la loi italienne et seront menées exclusivement par les autorités administratives et judiciaires italiennes.
Les partis d’opposition de gauche avaient largement critiqué l’accord, la secrétaire du Parti démocrate (Partito Democratico, Socialistes & Démocrates européens) Elly Schlein exprimant une grande perplexité à son égard et le responsable des politiques migratoires du parti, Pierfrancesco Majorino, dénonçant un « dangereux gâchis ».
Cet accord « semble être une violation ouverte du droit international et du droit européen », a déclaré Mme Schlein, ajoutant qu’il était invalide parce que le gouvernement l’avait conclu sans avoir consulté le parlement.
C’est pourquoi le gouvernement a annoncé mardi qu’il envisageait de soumettre au parlement un projet de loi de ratification donnant plus de clarté sur la mise en œuvre du protocole d’accord.
« Le débat d’aujourd’hui et le vote qui le conclura montrent que, lorsque c’est nécessaire, notre gouvernement ne recule jamais, surtout sur des questions d’une telle importance, devant le dialogue avec le parlement ni devant l’évaluation minutieuse effectuée par ce dernier », a souligné M. Tajani.
Le Parti démocratique s’est montré satisfait du choix du gouvernement, qualifié de « virage abrupt » par le député Giuseppe Provenzano.
Un accord pas comparable à celui conclu entre le Royaume-Uni et le Rwanda
M. Tajani a ajouté que l’accord Italie-Albanie n’est pas comparable à celui conclu entre le Royaume-Uni et le Rwanda, car il ne prévoit pas l’externalisation de la gestion des demandes d’asile vers un pays tiers ni de dérogation aux droits internationaux.
« L’Albanie rejoindra bientôt l’Union européenne et fait déjà partie du Conseil de l’Europe », a également souligné le ministre.
Enfin, seuls les migrants qui peuvent être placés dans les centres d’accueil pourront être transférés en Albanie. En effet, selon la règlementation italienne et européenne, il existe deux catégories de migrants.
La première est celle des demandeurs d’asile soumis à la procédure accélérée aux frontières, qui concerne les personnes non vulnérables originaires de pays sûrs ou les migrants ayant déjà demandé l’asile et essuyé un refus.
La seconde catégorie est celle des personnes en attente de rapatriement après qu’il a été établi qu’elles ne remplissent pas les conditions de séjour en Italie.
Les personnes vulnérables, telles que les mineurs et les femmes enceintes, ne peuvent donc en aucun cas être envoyées dans le centre albanais.
L’Albanie mettra gratuitement deux zones à la disposition de l’Italie. Un point d’arrivée dans le port de Shëngjin, sur la côte nord du pays, et une base militaire à Gjadër, à environ 30 kilomètres du port. Ce dernier disposera d’une installation spécialisée dans les activités de sauvetage, les premiers soins et la prise d’empreintes digitales.
Les demandes de protection internationale seront examinées dans la seconde installation, située à l’intérieur des terres, et les procédures de rapatriement y seront mises en œuvre pour les personnes qui ne remplissent pas les conditions requises.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




