Selon des spécialistes interrogés par EURACTIV, l’Europe pourrait avoir plus de difficultés à maintenir de bonnes relations avec la Russie si le candidat républicain John McCain remporte l’élection présidentielle américaine. Même si M. McCain possède une expérience plus riche en matière d’affaires européennes, la majorité considère que M. Obama est plus enclin à soutenir les politiques de l’UE et qu’il conviendrait mieux pour améliorer l’ambiance générale des relations transatlantiques sur les questions de sécurité.
Barack Obama pourrait être un « véritable facteur de transformation » pour l’OTAN, « au contraire de M. McCain », a indiqué Daniel Korski, membre du Conseil européen des relations étrangère et ancien conseiller du gouvernement amércain.
En tant que « nouveau venu dans l’arène », M. Obama pourrait mieux convenir pour changer le registre des relations transatlantique et pour mieux communiquer avec les Européens, a indiqué M. Korski à EURACTIV. Par contre, M. McCain représente pour la majorité une continuation de l’administration actuelle, sous laquelle les relations transatlantiques ont atteint leur niveau le plus bas de l’histoire.
McCain plus expérimenté sur l’Europe
Selon M. John Glenn du the German Marshall Fund of the United States (GMF), une « soif de changement » extraordinaire semble être le moteur des grands espoirs que les Européens placent en M. Obama. Il indique toutefois que cela voudrait dire que les Européens négligent le fait que M. McCain a beaucoup plus d’expérience sur la question des relations avec l’Europe.
Le sénateur républicain âgé de 74 ans et vétéran de la guerre du Vietnam peut s’appuyer sur près de 40 ans d’expérience en matière de politique étrangère au sein du Congrès, alors que M. Obama n’est même pas encore arrivé au terme de son premier mandat au Sénat.
36 % des Européens sont en faveur de McCain, contre 47 % d’Américains. Des deux côtés de l’Atlantique, les partisans du sénateur républicain citent le manque d’expérience de M. Obama comme étant la principale raison pour laquelle ils ne voteront pas pour lui. C’est ce qu’a indiqué un récente enquête réalisée par HarrisInteractive.
Certains ont également critiqué le fait que M. Obama n’a pas vraiment d’intérêt dans les affaires européennes, soulignant qu’il n’a pas organisé une seule audition au cours de son mandat de 4 ans à la tête du sous-comité du Sénat sur les affaires européennes.
Les Etats-Unis veulent plus de coopération
Les deux candidats s’attacheront au « retour des Etats-Unis au multilatéralisme » s’ils sont élus président. L’amélioration des relations avec l’OTAN, qui ont traversé leur période la plus noire suite à l’intervention en Irak, ferait donc partie de leur politique, a indiqué le spécialiste.
Les deux candidats devraient également demander aux Européens une meilleure répartition des charges, en particulier par rapport à l’envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, a indiqué M. Korski, notant qu’il sera plus difficile pour les Européens de refuser ces demandes si elles sont émises par M. Obama.
Par contre, les Européens pourraient être moins disposés à satisfaire les demandes si elles proviennent de M. McCain. En effet, selon M. Glenn, le sénateur républicain est toujours identifié aux mesures du président sortant George W. Bush, principalement en raison de son soutien à l’intervention américaine en Irak.
Questions clé : l’Afghanistan, la Russie et la sécurité énergétique
Quel que soit le résultat des élections, la guerre en Afghanistan restera la préoccupation première de l’OTAN à l’avenir, indiquent les observateurs. De peur que l’Afghanistan ne devienne un Etat en déliquescence, l’administration de M. Bush a déjà retiré des troupes de l’Irak pour renforcer celles en Afghanistan.
« Les deux candidats devraient être d’accord avec le fait que l’Afghanistan sera le vrai test de l’OTAN à l’avenir, et je pense que les deux candidats pourraient s’adresser aux Européens pour leur dire qu’ils ont besoin de plus d’aide de la part de l’Europe », a indiqué M. Glenn à Euractiv.
Il a ajouté : « A mon avis, le sénateur McCain pourrait se concentrer sur l’aspect militaire de la contribution que pourrait apporter les Européens. Mais je pense que les deux candidats reconnaissent qu’aujourd’hui, il ne faut pas se focaliser uniquement sur l’aspect militaire ou économique, mais combiner les deux éléments. Selon moi, le réel défi sera de définir la manière dont l’Europe pourra faire part de ses compétences sur la question ».
Cependant, les gouvernements européens ont jusqu’ici résisté aux appels des Etats-Unis, qui demandent l’envoi de troupes supplémentaires en imposant leur lieu de déploiement. L’Allemagne a notamment rapatrié ses troupes spéciales stationnées en Afghanistan pour aider les Américains à traquer les terroristes d’Al Qaida.
Un rapprochement entre l’UE et la Russie peu probable sous la présidence McCain
La politique future en vue d’asseoir la confiance russe pourrait devenir un autre question transatlantique controversée, du moins si c’est McCain qui sortait vainqueur le 4 novembre.
M. McCain a en effet déclaré qu’en regardant l’ancien président russe et Premier ministre actuel Vladimir Poutine dans le fond des yeux, il n’avait pas vu son âme, mais trois lettres : KGB. Le sénateur McCain a en outre appelé à isoler la Russie et à la renvoyer de forums internationaux tels que le G8. Il a même durci le ton après la guerre entre la Russie et la Géorgie en affirmant : « Nous sommes tous géorgiens ».
En revanche, M. Obama s’est efforcé d’éviter d’adopter un ton exagérément agressif, privilégiant l’intégration de l’ancien ennemi de la guerre froide plutôt que son isolation.
47 % des Américains soutiennent l’approche de McCain, à savoir limiter la coopération internationale avec la Russie. Quant aux Européens, quoique tout aussi inquiets par rapport à leurs voisins plutôt agressifs à l’Est, ils sont moins disposés à durcir le ton avec la Russie (38 % privilégient une coopération moindre).
Les gouvernements de l’UE sont divisés sur la question. Les pays scandinaves et d’Europe de l’Est se montrent bien plus critiques à l’égard de la Russie que les poids lourds de l’UE comme la France et l’Allemagne, qui entretiennent des relations de longue date avec Moscou.
La France et l’Allemagne ont d’ailleurs souhaité reprendre rapidement les pourparlers de l’UE avec la Russie à propos d’un nouvel accord de partenariat. Les négociations avaient été interrompues suite au conflit géorgien. Les ministres européens des Affaires étrangères devraient prendre une décision sur la question lors de leur prochaine réunion le 10 novembre, quatre jours avant le sommet UE-Russie.
Les deux candidats défendent un élargissement de l’OTAN
Selon les spécialistes, les approches politiques différentes adoptées par MM. McCain et Obama à propos de la Russie joueront également un rôle important dans l’éventuel élargissement de l’OTAN.
Les candidats soutiennent tous deux vivement l’élargissement de l’Alliance en vue d’intégrer davantage d’anciens membres du Pacte de Varsovie, en particulier la Géorgie et l’Ukraine. Toutefois, si McCain remporte l’élection, il tiendrait sans doute peu compte des inquiétudes exprimées par la Russie à ce propos.
Lors du sommet de l’OTAN d’avril dernier à Bucarest, les Etats-Unis avaient exercé une forte pression pour accorder à l’Ukraine et à la Géorgie des perspectives d’adhésion. Ils s’étaient toutefois attiré l’opposition de plusieurs membres de l’UE, notamment l’Allemagne, la France et l’Italie, qui craignaient une détérioration des relations avec la Russie (EURACTIV 02/04/08).
La Russie avait mis en garde contre l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, qui engendrerait selon elle une crise profonde entre Kiev et Moscou, avec des incidences négatives sur la sécurité européenne.
Obama plus enclin à soutenir la politique de défense européenne
Le président français Nicolas Sarkozy s’est engagé à profiter de la présidence de l’UE pour encourager la politique européenne de sécurité et de défense (PESD) en renforçant les capacités civiles et militaires de l’UE, en stimulant le marché européen des équipements militaires et en révisant la stratégie européenne de sécurité de 2003 (EURACTIV 06/06/08).
M. Korski estime que M. Obama serait sans doute plus disposé à soutenir le renforcement de la PESD car il dispose d’une meilleure compréhension de l’UE en tant que protagoniste unitaire, alors que M. McCain devrait plutôt se concentrer sur les relations bilatérales.
Les Etats-Unis affichent une attitude traditionnellement ambivalente à propos du renforcement de la politique européenne de défense et de sécurité. Tout en exigeant plus d’implication de la part de l’UE dans le partage des frais liés au déploiement des troupes, toutes les administrations antérieures ont en outre insisté sur la primauté de l’OTAN.
La France estime qu’une PESD plus indépendante de l’OTAN est cruciale si l’Europe souhaite jouer un rôle plus actif. Cette opinion est largement soutenue par les Européens.
Mais jusqu’ici, d’autres acteurs clé de l’Europe ont hésité à suivre cet avis pour diverses raisons. Alors que l’Allemagne a été l’une des plus ferventes avocates d’une PESD renforcée, elle a rechigné à augmenter son budget de défense, qui manque lui aussi de soutien parmi les citoyens allemands.
Au contraire, le Royaume-Uni a l’intention d’investir davantage pour renforcer les capacités de l’Europe, mais il ne le fera qu’à condition de ne pas enfreindre à la primauté de l’OTAN. « Etrangement, le Royaume-Uni dispose de ses ministres des Affaires étrangères et de la Défense les plus pro-européens depuis une décennie, mais en même temps d’un Premier ministre ouvertement anti-européen », a expliqué M. Korski.

