L’Irlande et l’Espagne ont demandé à ce que la Commission européenne procède à «réexamen urgent » pour savoir si Israël respecte ses obligations en matière de droits humains dans le cadre de son accord commercial avec l’UE, selon une lettre commune consultée par Euractiv.
« Nous sommes profondément préoccupés par la détérioration de la situation à Israël et à Gaza […] La progression de l’opération militaire israélienne dans la zone de Rafah constitue une menace grave et imminente à laquelle la communauté internationale doit faire face de toute urgence », ont déclaré les deux États membres de l’UE dans une lettre commune adressée à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et au chef de la diplomatie de l’UE Josep Borrell.
L’Union européenne a eu du mal à adopter une position unie sur le conflit à Gaza, car les États membres qui soutiennent fermement Israël, comme l’Allemagne, ont rejeté les appels à un cessez-le-feu immédiat lancés par des États comme l’Espagne et l’Irlande. De même, la Hongrie et la République tchèque continuent de refuser toute sanction à l’encontre des colons israéliens en Cisjordanie.
Des « mesures appropriées »
Les deux États membres demandent à l’exécutif de l’UE de proposer des « mesures appropriées » qui pourraient être prises s’il s’avérait qu’Israël ne respecte pas ses obligations dans le cadre de l’accord d’association UE-Israël, selon le document, daté du 14 février et signé par le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez et le Taoiseach irlandais Leo Varadkar.
« Au vu du risque d’une catastrophe humanitaire encore plus grave […], nous demandons à la Commission d’examiner d’urgence si Israël respecte ses obligations, notamment dans le cadre de l’accord d’association UE-Israël, qui fait du respect des droits humains et des principes démocratiques un élément essentiel des relations bilatérales », ont écrit les deux dirigeants.
Israël a signé un accord d’association avec l’UE en 1995, mais a interrompu les négociations annuelles en 2013 pour protester contre la décision de l’UE d’établir une distinction entre les colonies israéliennes en Cisjordanie et le reste du territoire israélien dans tous les accords.
Pendant plusieurs années, certains États membres de l’UE ont également empêché que les réunions aient lieu, appelant à davantage de progrès pour parvenir à la paix avec les Palestiniens avant de renforcer les liens entre l’UE et Israël.
La reprise des réunions dans le cadre du Conseil d’association UE-Israël devait avoir lieu en 2022 après une décennie de stagnation, mais l’initiative n’a pas abouti en raison de désaccords.
Israël reçoit actuellement environ 1,8 million d’euros par an dans le cadre de la Politique européenne de voisinage et fait partie des pays associés à Horizon Europe, le programme phare de l’UE en matière de recherche.
La lettre ajoute que si la Commission « considère qu’[Israël] ne respecte pas ses obligations, elle propose au Conseil [européen] des mesures appropriées à examiner ».
« Nous avons été très clairs sur le fait qu’Israël a le droit de se défendre contre de telles attaques, mais que ce droit ne peut être exercé que dans le respect du droit international, y compris le droit international humanitaire et le droit international des droits humains », ont écrit les deux dirigeants en référence à l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre dernier.
« La réponse doit être conforme aux principes de distinction, de proportionnalité et de précaution. »
« Nous rappelons également l’horreur du 7 octobre et appelons à la libération de tous les otages et à un cessez-le-feu immédiat qui puisse faciliter l’accès à l’aide humanitaire de toute urgence », ajoute la lettre.
Les deux dirigeants ont exprimé leur inquiétude quant aux allégations d’Israël selon laquelle des membres du personnel de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) auraient participé aux attaques perpétrées contre Israël le 7 octobre.
« Nous soutenons pleinement la décision du commissaire général de l’UNRWA [Philippe] Lazzarini de mettre immédiatement fin aux contrats des personnes concernées, ainsi que le lancement d’une enquête indépendante approfondie menée par les Nations unies .»
Les deux dirigeants ont ajouté : « Parallèlement, nous avons été clairs sur le fait que l’UNRWA doit être autorisé à opérer afin de poursuivre son travail indispensable pour sauver des vies et faire face à la situation humanitaire catastrophique à Gaza, et que le soutien de l’UE à l’UNRWA doit être maintenu ».
Les deux dirigeants ont également souligné que l’Union européenne « ne doit pas perdre de vue la nécessité urgente d’une solution politique pour mettre fin au conflit ».
« La mise en œuvre d’une solution à deux États est le seul moyen de s’assurer que ce cycle de violence cesse. »
Comme l’a rapporté Euractiv en janvier, le service diplomatique de l’UE, le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), a rédigé un plan en dix points pour une « solution crédible et globale » au conflit israélo-palestinien, mais le plan de paix de l’Union n’a pas eu beaucoup de succès auprès des États membres de l’UE et des parties prenantes du conflit.
Le Premier ministre israélien de droite, Benjamin Netanyahou, a jusqu’à présent rejeté catégoriquement l’idée et s’est juré de poursuivre l’offensive militaire à Gaza jusqu’à la destruction du Hamas et la libération de tous les otages.
Réagissant à l’initiative de l’Irlande et l’Espagne, la Commission européenne a confirmé la réception de la lettre, mais a déclaré qu’elle ne ferait aucun commentaire avant de l’avoir étudiée.
« Nous demandons instamment à toutes les parties de respecter le droit international et nous notons que des comptes devront être rendus en cas de violation du droit international », a déclaré Nabila Massrali, porte-parole de l’Union européenne pour les Affaires étrangères, à des journalistes à Bruxelles.
« L’UE souligne constamment l’importance d’assurer la protection de tous les civils, à tout moment, conformément au droit humanitaire international, et déplore toutes les pertes de vies civiles », a déclaré Mme Massrali.
« L’UE continue de faire passer ce message dans toutes ses déclarations, mais aussi de manière bilatérale dans ses contacts avec les autorités israéliennes », a-t-elle ajouté.
Échec des pourparlers
Cette lettre intervient alors que les Palestiniens entassés dans leur dernier refuge à Rafah craignent de plus en plus qu’Israël ne lance bientôt un assaut sur la ville après l’échec des pourparlers organisés au Caire pour parvenir à une trêve.
Les pourparlers dans la capitale égyptienne, auxquels ont participé les États-Unis, Israël, l’Égypte et le Qatar, se sont terminés sans aucun succès mardi, et aucune date n’a été annoncée en vue d’une prochaine rencontre.
Israël a déclaré vouloir éradiquer les militants islamistes du Hamas de leurs cachettes à Rafah et libérer les otages qui y sont détenus, mais n’a donné aucun détail sur ce qu’elle comptait faire pour évacuer les civils.
Israël a également déclaré prendre des mesures pour minimiser les pertes civiles et a accusé les combattants du Hamas de se cacher parmi les civils, y compris dans les hôpitaux et les abris, ce que le Hamas a démenti.
Des avions et des chars israéliens ont bombardé pendant la nuit plusieurs quartiers de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, et des combats violents ont eu lieu dans certaines parties de la ville, selon des habitants.
Le ministère de la Santé de l’enclave gouvernée par le Hamas a déclaré que les forces israéliennes continuaient d’isoler les deux principaux hôpitaux de Khan Younis et que des tirs de snipers sur l’hôpital Nasser de la ville avaient tué et blessé de nombreuses personnes au cours des derniers jours.
S’exprimant à New York mercredi, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a averti qu’une opération terrestre israélienne pourrait avoir des conséquences dévastatrices.
Le chef de l’ONU a souhaité que « les négociations pour la libération des otages et une certaine forme de cessation des hostilités aboutissent pour éviter une offensive totale sur Rafah, où se trouve le cœur du système humanitaire, ce qui aurait des conséquences dévastatrices ».
Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a exhorté lundi les alliés d’Israël — principalement les États-Unis — à cesser de fournir des armes à Israël, car « trop de gens » sont tués à Gaza.
La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, qui devait s’entretenir avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou mercredi, avait qualifié lundi une offensive israélienne potentielle sur Rafah de « catastrophe humanitaire préméditée ».




