Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez (PSOE, Socialistes et Démocrates européens/S&D) a contribué à la « division » de l’Europe, a déclaré Manfred Weber, chef de file du Parti populaire européen (PPE), lors de la session plénière du Parlement européen à Strasbourg mercredi (13 décembre).
Pour s’assurer un second mandat en tant que Premier ministre, Pedro Sánchez avait besoin du soutien de plusieurs partis, dont les partis catalans. Pour s’assurer leurs voix, il avait accepté de faire passer une loi d’amnistie pour les indépendantistes catalans impliqués dans la tentative de sécession de la Catalogne de 2017.
Le Partido Popular (PPE) et Vox (Conservateurs et Réformistes européens, CRE) s’étaient insurgés contre celle-ci et avaient déclaré que cela mettait en danger la démocratie et l’État de droit en Espagne.
Lors de la plénière du Parlement européen mercredi, Manfed Weber, président du PPE, a rappelé que le Premier ministre espagnol avait promis que s’il revenait au gouvernement, il n’approuverait pas cette mesure de grâce, que la droite espagnole considère comme anticonstitutionnelle, et a ajouté que Pedro Sánchez avait ensuite changé d’avis « pour des raisons politiques ».
« Un principe de base de la démocratie est de dire la vérité au peuple avant les élections », a-t-il insisté.
« Il est évident qu’il s’agit de vous, de votre carrière, et non de l’Espagne ou de l’Europe », a déclaré M. Weber, ajoutant que l’Europe « a besoin de sociaux-démocrates responsables » comme l’ancien Premier ministre espagnol Felipe González (PSOE), Willy Brandt (Parti social-démocrate d’Allemagne) ou encore François Mitterrand (Parti socialiste).
M. Sánchez a quant à lui souligné à M. Weber que le Partido Popular, membre du PPE au Parlement européen, gouverne dans plusieurs municipalités et régions d’Espagne avec le parti d’extrême droite Vox, troisième force du parlement espagnol, un parti xénophobe et anti-européen.
« Savez-vous qu’ils [Vox] censurent des concerts, des films et des pièces de théâtre tout en redorant parallèlement les noms de personnes célèbres liées à la dictature franquiste dans les rues de nos villes ? Est-ce aussi votre projet pour l’Allemagne, M. Weber, de rebaptiser les rues et les places de Berlin du nom des dirigeants du Troisième Reich ? », a demandé M. Sánchez, rapporte la radio privée Cadena SER.
Position sur la guerre Israël-Palestine
Fin novembre, Pedro Sánchez et son homologue belge Alexander de Croo (Open VLD, Renew Europe) ont visité la bande de Gaza et l’Égypte. Durant cette visite, le Premier ministre espagnol avait exprimé sa volonté que l’Espagne reconnaisse unilatéralement l’État palestinien dans le cas où l’UE ne le ferait pas d’abord.
« Nous apprécions la position claire et audacieuse du Premier ministre belge Alexander De Croo, qui a déclaré qu’il rejetait la destruction de Gaza et le meurtre de civils, ainsi que celle de l’Espagnol Pedro Sánchez, qui a condamné le meurtre aveugle de civils dans la bande de Gaza par l’État occupant et a évoqué la possibilité que son pays reconnaisse unilatéralement l’État palestinien si l’UE [Union européenne] ne prenait pas cette mesure », avait alors déclaré le Hamas palestinien par voie de communiqué.
En Espagne, le Partido Popular de droite et le parti d’extrême droite Vox avaient critiqué le Premier ministre nouvellement réélu pour cette prise de position unilatérale.
Face aux eurodéputés mercredi, Manfred Weber a déploré les propos tenus par l’Espagnol, salués par les « terroristes du Hamas ».
Présidence espagnole
Lors de la session plénière de mercredi, le point a également été fait sur la performance de Madrid à la tête du Conseil de l’UE.
Tout comme le Partido Popular, la principale force d’opposition au parlement espagnol, M. Weber a pointé du doigt la performance du gouvernement espagnol à cet égard.
« M. Sánchez a polarisé l’Espagne avec son pacte d’amnistie [pour les Catalans], et maintenant il essaie de diviser l’Europe. Nous ne le permettrons pas », a-t-il écrit sur X. « La présidence de M. Sánchez a été décevante. Il sape l’État de droit et accentue les divisions au sein de la société. L’Europe est inquiète », a ajouté l’Allemand.
« Politiquement, la présidence [Espagnole du Conseil] de l’UE n’a pas vraiment été une réussite », a-t-il déclaré lors de la plénière.
Manfred Weber a accusé la présidence espagnole de l’UE d’avoir été absente des négociations sur un accord avec le Mercosur et a déclaré que si les dirigeants de l’UE ne parviennent pas à un accord unanime sur l’ouverture des négociations sur l’adhésion de l’Ukraine dans les prochains jours, « ce sera également un échec pour M. Sánchez ».
Sa compatriote Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et membre du PPE également, s’est montrée plus indulgente à l’égard de Pedro Sánchez et a tenu à souligner la « longue liste de priorités » réalisée pendant la présidence espagnole, rapporte EFE.
Mme von der Leyen s’est réjouie du fait que, sous la présidence espagnole, l’UE est parvenue « à travailler sur un large éventail de priorités, allant de la compétitivité au climat et à l’énergie, et de la gouvernance économique à la migration et à l’intelligence artificielle ».
La présidente de l’exécutif a également félicité la présidence espagnole d’avoir œuvré « avec patience et constance à la recherche d’un terrain d’entente » sur le pacte européen sur la migration et l’asile, et s’est dite convaincue que « si chacun y met du sien et fait preuve de souplesse », l’UE devrait parvenir à la conclusion d’un accord sur ce pacte « avant la fin de l’année ».
« Cette présidence restera dans les mémoires en raison du contexte incroyablement difficile dans lequel elle s’est déroulée », comme la guerre à Gaza, a indiqué Mme Von der Leyen.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




