Le président du Parlement européen Hans-Gert Poettering a invité le président américain élu Barack Obama à s’adresser à l’assemblée européenne à Strasbourg en avril prochain. Parallèlement, M. Poettering et le président de la Commission José Manuel Barroso ont présenté leurs opinions quant aux relations transatlantiques dans l’optique de la réunion du G20 le 15 novembre à Washington.
La visite du président américain Barack Obama à Strasbourg pourrait avoir lieu en avril avant le sommet de l’OTAN de 2009, a laissé entendre M. Poetteing.
Un tel discours « vous permettrait de démontrer votre approche des relations transatlantiques et de définir votre vision de la politique étrangère pour les années à venir » d’exposer, a écrit le chef du Parlement dans une lettre au nouveau président.
Lors d’un discours prononcé le 4 novembre au Centre for European Policy Studies (CEPS) à Bruxelles, alors que le résultat des élections américaines n’était pas encore sûr, M. Poettering a indiqué qu’il s’attendait à voir la nouvelle administration américaine s’adresser au Parlement européen puisque cette institution fait désormais elle aussi partie du processus législatif. Jusqu’ici, le seul président américain ayant prononcé un discours devant le Parlement européen est Ronald Reagan en 1985, a rappelé M. Pöttering.
« Non » au capitalisme
Au sujet des prochains sommets internationaux visant à trouver des solutions à la crise financière, M. Pöttering a souligné que l’Europe doit s’engager pour une politique sociale de marché.
Nous ne sommes pas en faveur d’un système capitaliste pur : nous sommes en faveur d’une politique sociale de marché, a-t-il indiqué, estimant qu’il faut davantage de transparence et de contrôle dans le système bancaire et financier. L’UE est un législateur dans ce domaine tout comme le Parlement européen, a-t-il ajouté.
M. Poettering a indiqué qu’il avait reçu une lettre de la part de la Commission invitant le Parlement à accepter de réformer les normes comptables afin d’introduire plus de flexibilité. Il a déclaré qu’il avait déjà signé la lettre après avoir consulté la commission parlementaire compétente en la matière.
Le président français Nicolas Sarkozy a parlé d’une « refondation du capitalisme », alors que le président de la Commission José Manuel Barroso, qui s’est également exprimé lors de l’événement, a refusé d’utiliser le terme « capitalisme » en raison de ses connotations négatives. Interrogé par EURACTIV au sujet de ces choix terminologiques, M. Pöttering a affirmé qu’il avait indiqué à M. Sarkozy qu’il n’aimait pas l’expression « refondation du capitalisme ». Il a également ajouté que la présidence française avait d’abord changé les termes avant de revenir à cette version, qu’elle préférait.
Selon lui, la formulation et les mots sont très importants. « Si vous n’avez pas de pouvoir sur la description, vous pouvez perdre la campagne », a-t-il déclaré, en ajoutant qu’il n’aimait pas le mot « capitalisme ». Il s’agit selon lui uniquement d’une description matérialiste, « sans âme ». « Notre conception de l’être humain repose sur la personne, ce qui signifie être responsable pour soi-même et pour la communauté », a-t-il affirmé. Or le capitalisme n’est à son avis pas fondé sur l’être humain. « Je rejette le capitalisme, je ne l’ai jamais accepté et je suis totalement opposé au matérialisme », a-t-il déclaré en soulignant que la meilleure explication du matérialisme a été fournie par les communistes. « Je ne privilégie donc pas la « perestroïka du capitalisme » : je lui préfère une « politique sociale du marché » », a-t-il déclaré.
L’UE bien placée pour redéfinir les règles internationales
Le président de la Commission José Manuel Barroso a indiqué que l’UE était bien placée pour jouer un rôle actif dans l’établissement et la mise en œuvre de nouvelles règles internationales destinées à combattre le changement climatique et la crise financière. Il a indiqué avoir une lettre très impressionnante de la part du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui lui demande de poursuivre son leadership sur les questions relatives au changement climatique.
Avec un sourire, M. Barroso a affirmé qu’il espérait que les dirigeants européens ne remettront pas en question la crédibilité gagnée par l’UE et que le nouveau président américain n’adopterait pas un paquet sur le changement climatique avant l’Europe.
Cependant, des experts ont récemment signalé que le soutien américain à un accord international sur le climat est loin d’être acquis (EURACTIV 31/10/08).
M. Barroso a considéré l’élection du nouveau président américain comme l’occasion de s’assurer que si l’Europe et l’Amérique sont unies, les autres suivront. Il a fait part de son espoir quant à une résolution rapide des négociations sur le cycle de Doha à l’OMC, comptant sur l’ouverture d’esprit du président américain par rapport au commerce mondial. Il l’a en outre appelé à se joindre à l’UE en vue de créer un monde plus juste, plus démocratique et plus libre.
Le président de la Commision a indiqué que les décisions qui devront être prises sous peu auraient une incidence énorme sur les générations futures. Il a également fait part de sa vision d’un nouvel ordre mondial dans lequel l’Occident devrait octroyer plus d’espace aux puissances émergentes.
M. Barroso s’est dit pleinement conscient du fait que la coopération transatlantique est certes essentielle, mais qu’elle n’est pas suffisante pour maintenir l’ordre mondial. Selon lui, il est nécessaire d’impliquer d’autres acteurs essentiels comme la Chine, la Russie, l’Inde, le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud et de nombreux autres pays.

