Captain Europe rend sa cape

Captain Europe et le commissaire Maroš Šefčovič [Captain Europe/Facebook]

Seul et unique superhéros de l’Union européenne, Captain Europe raccroche après sept ans de loyaux services. Il cherche un successeur pour reprendre le flambeau.

Captain Europe est un personnage phare dans la bulle bruxelloise. Fonctionnaire européen de jour, il devient le superhéros de l’Union européenne la nuit.

Captain Europe, vous vous apprêtez à renoncer à votre cape. Pourquoi ?

Oui, en effet. Comme nombre de mes critiques l’ont assuré très clairement, voir un homme d’âge mûr courir dans tous les sens dans une combinaison en lycra est un peu déplacé. J’ai toujours dit que j’allais prendre ma retraite à 40 ans. Et puis il y a eu la réforme du service public européen, qui disait que nous devions tous travailler trois ans de plus. Je me retire donc à 43 ans. Du moins, je ne ferai plus d’apparitions publiques. Je ne m’en vais pas. Je garde mon compte Twitter pour le moment, mais je fais bien tomber la cape et surtout, je fais tomber le lycra.

Pourtant, vous êtes le seul superhéros et nous avons plus que jamais besoin de vous.

Pour un héros, ce n’est jamais le bon moment de partir, mais toutes les bonnes choses ont une fin. Les gens disaient la même chose en 2008 avec la crise financière, en 2010 avec la crise de la dette souveraine et maintenant nous avons Trump et le Brexit. Nous avons des problèmes avec la Hongrie et la Pologne et de l’autre côté de la frontière, nous avons la menace Marine Le Pen. Il y aura certainement d’autres crises à l’avenir, tout comme nous avons eu des crises par le passé. Dans les années 1960, Charles de Gaulle disait non à l’entrée du Royaume-Uni dans l’Europe. Mon Dieu, comme il pressentait les choses  !

Depuis combien de temps portez-vous le masque de Captain Europe ?

L’idée m’est venue en 2006, lors d’un carnaval. J’étais alors déguisé en moine. Plusieurs personnes étaient déguisées en superhéros et je me suis demandé pourquoi l’Europe n’avait pas son propre superhéros. J’ai donc dessiné un prototype pour un costume de carnaval, mais ça a pris une tout autre tournure lorsque j’ai fait ma première apparition publique en 2009.

Ça fait donc dix ans.

Dix ans depuis le prototype et sept depuis ma première apparition.

Pourquoi faites-vous cela ? Qu’est-ce qui vous a poussé à enfiler ce masque ?

Depuis que je suis tout petit, j’ai toujours eu un sens aiguisé de la justice. C’est souvent une valeur que les superhéros défendent. Par ailleurs, ces temps-ci, l’Union européenne souffre malheureusement d’un manque d’authenticité. C’est un problème en politique en général. Les gens disent que nous vivons dans une époque post-vérité. Il y a eu un nombre effrayant de mensonges. Je pense donc quelqu’un qui se bat pour la vérité et la justice peut faire du bien à la sphère publique européenne.

Qui sont vos ennemis ?

Je n’ai pas identifié un individu spécifique en tant qu’ennemi. J’essaye de ne pas penser comme ça.

Donc vous n’avez pas de Joker ?

Non, mais les gens qualifient Nigel Farage ou Boris Johnson de clowns, mais je n’ai pas de Joker, ni de Pingouin. Cependant, j’essaye d’éliminer toute personne qui dénature ou déforme ce que nous essayons d’accomplir.

Je pense par exemple que les personnalités européennes qui ont des conflits d’intérêts ternissent l’image de l’UE.

Vous dénoncez les commissaires Oettinger, Kroes, et l’ancien président Barroso…

Neelie Kroes m’a beaucoup déçue. J’ai posé à côté d’elle quand elle était commissaire. Elle a fait du bon travail en ce qui concerne les frais d’itinérance et a fait tout son possible pour les consommateurs européens dans le domaine des télécommunications. Quand vous entrez dans la vie publique, vous devez toutefois vous assurer que vous n’avez rien à cacher et que vous n’avez pas de conflits d’intérêts. En tant que fonctionnaires, nous faisons très attention à maintenir au minimum les conflits d’intérêts et à les déclarer si quelque chose se profile. C’est exaspérant de voir qu’au niveau politique, les responsables n’arrivent pas à respecter les mêmes règles.

Quand des eurodéputés et des commissaires se comportent mal, ça retombe sur nous tous. Le public met tous les Eurocrates dans le même panier, et pense que nous sommes tous comme cela, mais ce n’est pas vrai.

Quels sont vos plus beaux souvenirs ?

Il y a quelques mois, j’étais dans le métro, en chemin pour une apparition publique. Soudain, le métro a fait une embardée et une dame en béquilles est tombée et s’est blessée. Il s’agissait d’une sans-abri. Je l’ai aidée à se relever. J’ai sorti mon kit de premier secours, que je porte toujours dans ma ceinture légendaire. J’étais très touchée de juste m’agenouiller devant elle, panser ses plaies et être utile. Je pense qu’elle a apprécié l’attention.

Que pensez-vous de l’état de l’Europe ?

Il y a de nombreuses raisons d’être pessimiste, mais aussi d’être plein d’espoirs. Certains signes montrent que l’histoire des années 1930 se répète. Les choses sont néanmoins beaucoup plus bénignes et limitées qu’il y a 80 ou 90 ans. Une des raisons à cela et que nous sommes liés par ce projet européen imparfait et inachevé. Cela empêche les Orban de ce monde de dérailler complètement. J’espère qu’on va pouvoir mettre tout le monde sur le droit chemin et voir les bénéfices du pluralisme, de la démocratie et de la liberté de la presse.

Les boxeurs disent qu’ils se retirent, mais reviennent toujours pour un dernier combat. Allez-vous vraiment mettre votre cap sur un cintre ? Le masque sera-t-il vraiment enfermé dans la cave de Captain Europe ?

Plus ou moins. J’ai encore quelques choses à faire. J’essaye d’organiser un événement caritatif et un adieu final cette semaine. J’espère toutefois arrêter de me pavaner en lycra d’ici à la fin de l’année, mais je serai toujours présent en habits normaux et sur les réseaux sociaux. Et puis, qui sait ? Je trouverai peut-être un successeur. Surement sous un nouveau nom.

Recherchez-vous activement un successeur ?

Oui, les personnes intéressées peuvent me laisser un message sur Facebook ou sur Twitter.

Quelles sont les qualités requises ?

Être engagé vis-à-vis du projet européen et parler plusieurs langues. Je parle six langues et un potentiel candidat en parle cinq. La troisième chose dont vous avez besoin est d’une combi en lycra ou du moins, se sentir assez à l’aise pour revêtir cela.

Les candidatures sont-elles ouvertes aux hommes et aux femmes ?

Absolument. J’ai toujours dit que dans l’intérêt de l’équilibre des genres, nous devrions avoir une superhéroïne.

Allez-vous faire tomber le masque et dévoiler votre identité ?

Non, pour moi ce n’est pas un problème, mais par respect pour ceux que j’aime je ne peux pas. Ma belle-famille ne sait même pas que je suis Captain Europe. Ma moitié est au courant et tolère plus ou moins, mais est tout de même ravie que je rende mon tablier !

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