Borissov dénonce les pressions de l’Europe suite à l’assassinat d’une journaliste

Boyko Borissov se plaindra auprès du PPE. [Christian Bruna/EPA/EFE]

Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, dénonce la « pression européenne » après l’assassinat de la journaliste Viktoria Marinova, qu’il assure de nature purement criminelle.

Lors d’une conférence de presse consacrée au viol et à l’assassinat de la journaliste de télévision Viktoria Marinova, le Premier ministre bulgare a dénoncé les « pressions européennes » sur ce dossier. En Europe, de très nombreux observateurs ont en effet immédiatement fait le lien entre ce meurtre et ceux de deux autres journalistes dans l’UE l’année dernière.

Boyko Borissov doute cependant qu’il y ait un lien entre le métier de la victime et sa mort tragique. Il a annoncé qu’il parlerait des pressions dont le pays est sujet lors d’un rassemblement de son groupe politique, le PPE.

Le meurtre d'une journaliste bulgare déclenche l'indignation

Une journaliste d’une chaîne de télévision bulgare, qui s’était récemment intéressée à des dossiers de corruption, est morte des suites d’une agression sauvage qui suscite des réactions indignées en Europe.

Les autorités ont indiqué qu’un homme bulgare avait été arrêté dans la ville de Stade, en Allemagne, en relation avec ce crime.

Le suspect est un habitant de Ruse, qui vivait près du parc où le corps de la journaliste a été retrouvé le 6 octobre. Viktoria Marinova a été violée et assassinée alors qu’elle faisait son jogging. Le suspect aurait quitté le pays dès le lendemain, selon le ministre bulgare de l’Intérieur Mladen Marinov.

La police a déclaré que l’ADN de cet homme coïncidait à « 100 % » avec celui de l’agresseur et a ajouté que le smartphone qu’il avait volé à Viktoria Marinova avait été trouvé dans sa maison.

L’assassinat a attiré une attention médiatique sans précédent sur la Bulgarie, mettant l’accent sur le bilan négatif du pays en matière de liberté de la presse et sur l’utilisation abusive des fonds européens.

De nombreux rapports et commentaires considèrent la jeune femme comme le troisième journaliste européen tué par la mafia pour son métier en un an seulement.

Daphne Caruana Galizia, la blogueuse d’investigation la plus connue de Malte, a été tuée lorsqu’une bombe a fait exploser sa voiture en octobre dernier et le journaliste slovaque Jan Kuciak abattu en février, avec sa compagne.

Ces deux meurtres, bien qu’ils ne soient pas complètement élucidés, semblent avoir été commandités par le crime organisé local et international pour faire taire les journalistes.

Contrairement à ses collègues maltaise et slovaque, Viktoria Marinova n’était pas une journaliste d’investigation et ne représentait guère une menace pour quiconque. Boyko Borissov s’en est donc pris à la pression internationale, ainsi qu’aux faiseurs d’opinion bulgares qui, selon lui, « ont aidé à ternir la réputation du pays ».

Frans Timmermans, vice-président de la Commission, avait également présumé que la présentatrice avait été victime de la lutte contre la corruption.

« Je n’ai délibérément pas répondu aux appels de Bruxelles. Ils nous accusés sur Twitter. Nous aurons une discussion sérieuse au sein du Parti populaire européen lorsque j’y serai », a déclaré le Premier ministre bulgare. Son parti, le GERB, est affilié à la plus grande famille politique de l’UE, le Parti populaire européen.

S’il a peut-être raison de se plaindre des conclusions tirées après l’assassinat de Viktoria Marinova, il n’en reste pas moins que la Bulgarie est le pays le moins bien classé en termes de liberté des médias, non seulement dans l’UE, mais aussi dans les Balkans occidentaux. Et pourtant, la commissaire européenne chargée de la liberté de la presse, Mariya Gabriel, est bulgare.

C’est aussi un pays où les meurtres et les fusillades mafieuses restent monnaie courante et ne sont presque jamais résolus. La dernière fusillade de ce type a eu lieu au centre-ville de Sofia, le 2 octobre.

Les critiques de Boyko Borissov osent parfois faire remarquer qu’il vient personnellement du même milieu. Des messages provenant de l’ambassade des États-Unis à Sofia confirment que Washington partageait ces soupçons.

Remaniement en Bulgarie après un accident meurtrier lié à la corruption

Un accident d’autobus apparemment causé par un bitume inadapté a mis en lumière la fraude et la corruption dans la construction de routes en Bulgarie. Le Premier ministre Boyko Borissov a congédé trois ministres le 31 août.

 

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