La Bulgarie boycotte le débat sur la Convention d’Istanbul

Andrus Ansip, le vice-président de la Commission en charge de la politique numérique, a proposé d'aligner les normes européennes en matière de cybersécurité avec celles des États-Unis. [European Commission]

Le Parlement a débattu de la convention contre les violences faites aux femmes, qui n’a pas été encore été ratifiée par plusieurs États membres, dont la Bulgarie. Malgré son rôle à la présidence du Conseil, Sofia a brillé par son absence.

La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, mieux connue sous le nom de Convention d’Istanbul, donne un cadre juridique paneuropéen pour protéger les femmes et les jeunes filles contre toute forme de violence. Elle a également comme objectif de prévenir, réprimer et éliminer la violence contre les femmes et la violence domestique.

Plusieurs États membres, dont la Bulgarie et la Slovaquie, qualifient la Convention d’Istanbul de cheval de Troie visant en réalité à introduire un « troisième sexe » ou le mariage homosexuel.

Jusqu’à présent, la Convention a été ratifiée par 17 membres de l’UE : Autriche, Belgique, Chypre, Danemark, Estonie, Finlande, France, Allemagne, Italie, Malte, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie, Espagne et Suède. Afin d’éviter de nouveaux problèmes politiques dans son pays, le gouvernement bulgare a fait marche arrière sur sa décision de ratifier la convention.

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Le boycott du débat parlementaire qui s’est tenu à l’initiative de l’eurodéputée Malin Björk (GUE/NGL), n’est pas passé. « C’est une honte que personne de la présidence ne soit présent pour nous expliquer ce qu’ils comptent faire pour faire évoluer la situation au Conseil », a déclaré Malin Björk, qui s’inquiète des débats réactionnaires dans plusieurs pays sur le sujet.

« Le dernier échec vient de la Bulgarie, le pays qui assure la présidence tournante du Conseil. C’est une attaque cruelle, sexiste et homophobe contre les femmes et la communauté LGBT », a-t-elle tweeté.

Andrus Ansip, le vice-président de la Commission, a assuré que la Convention d’Istanbul n’avait pas de but caché, et que son unique objectif était de combattre la violence commise à l’égard des femmes. Il a déclaré que la Convention avait provoqué des débats publics mouvementés en raison de mauvaise interprétation du terme « genre ». « Ce n’est pas un instrument pour façonner les perceptions et les idéologies du genre », a-t-il insisté.

Il a répondu indirectement aux accusations des nationalistes bulgares qui affirment que la Convention pourrait obliger la Bulgarie à accepter « des travestis d’Iran » sur son territoire. « Il n’est mentionné nulle part dans la Convention que le nouveau statut de réfugié devrait être octroyé aux personnes transgenres ou intersexuées ou pour tout autre groupe », a-t-il déclaré.

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Certains députés ont fait valoir que ces questions dépendaient de la compétence des pays. « C’est une vision de genre de la société, où le genre est socialement défini. C’est un concept, ce n’est pas un fait biologique. La gauche voudrait révolutionner cela. Je pense que c’est une question de subsidiarité. L’UE n’a pas de compétence dans ce domaine. La compétence appartient aux États membres », a déclaré Jadwiga Wiśniewska, une eurodéputée polonaise (ECR).

Le seul eurodéputé bulgare à avoir participé au débat était Angel Dzhambazki du parti bulgare VMRO, un parti membre des Patriotes unis, la coalition du gouvernement de Boyko Borissov. Angel Dzhambazki fait partie du groupe ECR du Parlement.

L’eurodéputé bulgare a affirmé que la plupart de ceux qui ont pris la parole ont seulement confirmé que la question était d’ordre politique. « Il est clair que dans ce document [la Convention d’Istanbul], il y a une idéologie, l’idéologie du genre. Ces éléments devraient être clairs ou supprimés de ce document. Et personne ne s’y opposera », a-t-il ajouté. La Bulgarie ne serait pas le seul pays à se méfier du contenu du texte : « le Royaume-Uni, un grand pays occidental et d’autres pays émettent également des doutes concernant cette ratification. Veuillez respecter l’ordre interne et le droit de chaque nation de l’appliquer  », a-t-il ajouté.

Julie Ward, eurodéputée travailliste britannique, a pour sa part déclaré qu’elle n’était pas contente du retard de son pays à ratifier la Convention, et a critiqué la Bulgarie en particulier. « En Bulgarie, l’utilisation d’arguments transphobes et homophobes contre cette convention est très décevante. C’est inquiétant dans le contexte de la présidence bulgare et j’appelle le gouvernement bulgare à revoir sa position sur cette question cruciale », a-t-elle déclaré.

Dans un tweet, la politicienne britannique a également critiqué les socialistes de l’opposition bulgare pour leur rejet de la Convention d’Istanbul, malgré la position de leur ancien dirigeant, Sergei Stanishev, aujourd’hui chef de file du Parti socialiste européen (PSE) qui est favorable à la ratification.

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