Bruxelles dénonce la clémence de Bucarest

Les Roumains protestent contre le relâchement des lois anti-corruption. [Nicu Buculei/Flickr]

La Commission européenne a refusé de commenter les allégations selon lesquelles elle avait discrètement écarté un rapport sur la corruption, alors même que les manifestations se poursuivent en Roumanie.

La décision de la Commission de zapper un rapport récent sur la lutte contre la corruption lui a attiré les foudres de militants pour la transparence, dans le contexte des manifestations en Roumanie.

Un communiqué de Transparency International, souligne que le rapport anti-corruption européen est publié par la Commission tous les deux ans, fournissant une évaluation des efforts des États en la matière  et des recommandations spécifiques.

Le premier rapport a été publié en 2014. Le deuxième était presque terminé, mais l’exécutif a décidé de ne pas le finaliser.

Le 31 janvier, Bucarest a court-circuité son Parlement et émis un décret d’urgence graciant les personnalités politiques qui profitent de pots-de-vin, à condition que les sommes ne dépassent pas 44 000 euros.

La Commission s’est fermement opposée à cette mesure et a regretté la marche arrière de la Roumanie, qui survient juste après un avis favorable de l’exécutif sur la lutte anti-corruption.

Après plusieurs jours de manifestation, l’exécutif social-démocrate a pourtant capitulé sur ce point crucial pour les manifestants, en abrogeant le décret d’urgence qui aurait permis à des hommes politiques d’échapper à la justice. Le Premier ministre Sorin Grindeanu a promis de « rapidement ouvrir des débats publics avec tous les partis politiques et avec la société civile », mais a exclu de démissionner.

Pour autant, les manifestations se sont poursuivies ce week-end, au cours duquel la mobilisation a battu un nouveau record : ils étaient environ 250.000 à Bucarest, sur la place de la Victoire, siège du gouvernement, et autant dans une cinquantaine de villes à travers ce pays de 20 millions d’habitants.

>> Lire : La Roumanie progresse en matière de justice

Les manifestants appellent à une démission

« Alors que des centaines de milliers de citoyens manifestent contre l’affaiblissement des efforts anti-corruption en Roumanie, la Commission a discrètement balayé son rapport sous le tapis », regrette Alex Johnson, de Transparency International.

La Commission a cependant refusé de dire si elle publierait le rapport et a répété les propos de Frans Timmermans, vice-président, devant le Parlement européen. Le commissaire avait comparé la signature du décret à un coureur arrivant à la ligne d’arrivée d’un marathon et faisant brusquement marche arrière.

Lors des manifestations, les plus grandes depuis la chute du communisme, les slogans sont simples : « Voleurs », « Démissionnez ».

« Le seul objectif [les gouvernants] est de se protéger de la justice et de garder leurs fortunes mal acquises », dénonce Malin Bot, éditorialiste du quotidien Romania Libera.

De fait, le décret a pour conséquence l’abandon des poursuites contre une série de personnalités politiques de haut niveau.

Maroš Šefčovič, vice-président de la Commission, a indiqué que la question avait été débattue au collège des commissaires, où des inquiétudes avaient été exprimées. « Nous nous inquiétons d’une marche arrière dans ce qui était, jusqu’il y a quelques jours, un effort reconnu dans la lutte contre la corruption », a-t-il déclaré. « Nous aimerions simplement que [Bucarest] se rende compte que nous considérons qu’il s’agit d’un vrai problème. »

>> Lire : La Commission dénonce le rétropédalage roumain sur la corruption

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