Dieselgate : Volkswagen affronte ses clients devant la justice allemande

Le premier grand procès de consommateurs en Allemagne s’ouvre lundi contre Volkswagen, regroupant des centaines de milliers de clients qui demandent réparation pour leurs voitures diesel truquées, quatre ans après l’éclatement du « dieselgate ».

L’audience, qui devrait s’étaler sur plusieurs années, s’est ouverte le 30 septembre à 10:00 au tribunal régional de Brunswick, à une trentaine de kilomètres du siège historique de Volkswagen à Wolfsburg (Basse-Saxe).

Plus de 450 000 personnes se sont inscrites pour cette requête groupée — la première de ce type en Allemagne, selon une procédure adoptée dans la foulée du « dieselgate ».

L’association de consommateurs VZBV fait office de requérant unique et accuse le groupe automobile d’avoir délibérément nui à ses clients en installant à leur insu un logiciel faisant paraître le véhicule moins polluant qu’il ne l’est en réalité.

Ce procès est pour l’instant le plus important en Allemagne dans ce scandale à tiroirs, alors que le constructeur tente de tourner la page en misant sur l’électrique.

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Concrètement, les juges devront trancher une cinquantaine de points, mais la question principale sera de déterminer si Volkswagen a « causé un préjudice » et agi « de manière contraire à l’éthique ».

Klaus Müller, directeur de la VZBV, se dit « convaincu » de voir le tribunal conclure en ce sens. Mais Volkswagen soutient qu’il « n’y a pas de dommages et donc pas de fondement à cette requête ».

30 milliards d’euros

« Encore aujourd’hui, des centaines de milliers de véhicules sont utilisés » sur les routes, insiste Martina de Lind van Wijngaarden, avocate de l’entreprise.

Même s’il s’avérait défavorable à Volkswagen, le jugement n’entraînera pas directement un remboursement : chaque consommateur enregistré devra ensuite faire valoir ses droits individuellement.

L’examen de cette requête collective devrait durer au moins jusqu’en 2023 en raison d’un appel possible devant la Cour fédérale, selon Volkswagen. Les procédures individuelles peuvent encore prendre plus d’un an par la suite.

Pour écourter la procédure, la VZBV est « ouverte » à un accord à l’amiable, mais « dans ce cas, Volkswagen devrait malgré tout payer une somme significative », a expliqué M. Müller à l’AFP.

Le constructeur estime qu’un tel accord est « peu imaginable » en raison de l’hétérogénéité des situations : une partie des dossiers seraient des doublons ou concernent des clients résidant à l’étranger ou ayant acheté leur voiture après la révélation de l’affaire.

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Une deuxième audience est prévue le 18 novembre.

En parallèle de la procédure groupée, 61 000 requêtes individuelles ont été déposées en Allemagne, dont une partie a abouti à des accords extrajudiciaires.

Virage électrique

Le scandale remonte à 2015, quand Volkswagen a avoué avoir équipé 11 millions de véhicules de logiciels truqueurs. Il a depuis coûté au groupe plus de 30 milliards d’euros en frais juridiques, amendes et dédommagements, déboursés pour l’essentiel aux États-Unis.

Pour l’heure, le constructeur n’a payé en Allemagne que trois amendes d’un total de 2,3 milliards d’euros, mais reste sous la menace d’une cascade de procédures civiles et pénales.

Ainsi, dans un procès engagé il y a un an, des investisseurs réclament un dédommagement pour la chute spectaculaire du cours en Bourse après l’éclatement du « dieselgate ».

La semaine passée, l’actuel patron Herbert Diess et le président du conseil de surveillance du groupe Hans Dieter Pötsch ont été renvoyés devant les juges pour manipulation de cours de Bourse. L’ex-patron Martin Winterkorn, qui a dû démissionner en 2015, a lui, en plus, été renvoyé pour « fraude ».

Pour Volkswagen, le scandale du diesel « appartient à l’histoire du groupe » au même titre que « la coccinelle et la Golf », reconnaît Ralf Brandstätter, responsable de la marque VW.

Mais il assure que le groupe a « profondément changé » : le constructeur mise 30 milliards d’euros sur sa nouvelle gamme électrique pour « regagner l’estime de la société ».

Au-delà du front judiciaire, le scandale a accéléré le déclin du diesel et les voitures diesel risquent d’être bannies de plusieurs villes allemandes en raison de leur niveau de pollution en oxydes d’azote (NOx).

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