Devenir bulgare, la nouvelle martingale des criminels

Angelo Fillipini [Italian police]

La Bulgarie fournit très facilement et par des moyens obscurs des passeports à de riches clients étrangers, dont le casier judiciaire est souvent bien chargé.

Partie du pays en 2004, la radio Free Europe s’est réinstallée en Bulgarie le lundi 21 janvier pour renforcer le paysage médiatique du pays, en constante détérioration et aider au développement de la presse libre.

Dès son retour dans le pays, Free Europe a révélé que l’oligarque et criminel russe, Sergei Adoniev, avait obtenu la citoyenneté bulgare, qu’il a gardée pendant dix ans, avant que les autorités se rendent enfin compte qu’il avait été condamné pour blanchiment d’argent aux États-Unis en 1998. Il était donc inéligible.

Une affaire mis au grand jour un jour avant que la Commission européenne publie un avertissement contre le système des « visas dorés ».

L’exécutif européen veut en effet mettre l’accent sur le fait que la vente de passeports ou de titre de séjour à des riches individus dans des États membres de l’UE pourrait permettre à des groupes de crime organisé d’infiltrer l’Union et accroître le risque de blanchiment d’argent, de corruption et d’évasion fiscale.

Malte, Chypre et la Bulgarie sont les seuls États membres à mettre en œuvre ce système d’achat d’une citoyenneté européenne, mais 17 autres pays vendent des titres de séjour.

Fermer les yeux

Par ailleurs, le nom de Sergei Adoniev apparaît dans les archives des personnes recherchées par Interpol. En 1995, l’homme d’affaires a été placé sur la liste par le Kazakhstan, après avoir essayé de corrompre des hommes d’État.

Le milliardaire est classé dans le classement Forbes des personnes les plus riches et appartient à un cercle très fermé d’hommes d’affaires régulièrement invité au Kremlin par Vladimir Poutine. Il opère dans le domaine des télécommunications et il est parfois appelé « l’inventeur de l’iPhone russe ».

En 2008, il a acquis la citoyenneté bulgare, le ministre des Transports et Communications de l’époque, Petar Mutafchiev, espérant qu’il fasse des investissements importants dans le pays.

Pourtant, selon la loi bulgare, un candidat à la nationalité du pays doit donner la preuve d’un casier judiciaire vierge. Or, des dizaines de publications existent sur le passé criminel du milliardaire, ainsi que sur ses liens avec des organisations criminelles et des juridictions offshore qui ne coopèrent pas avec la justice internationale. Étonnamment, les renseignements bulgares, l’Agence d’État pour la sécurité nationale (DANS) ne se sont pas opposés à sa naturalisation.

Celle-ci a toutefois a été révoquée en 2018 par le Conseil interministériel sur la citoyenneté bulgare, après que le Fonds anticorruption, une ONG, a alerté la DANS, le ministère de la Justice et le président du pays de ses activités douteuses. La décision n’a pas été rendue publique.

Selon les informations obtenues par Free Europe, les agences occidentales partenaires ont envoyé une requête à la DANS et c’est seulement quatre mois plus tard que l’agence pour les Bulgares à l’étranger a décidé d’agir.

La citoyenneté bulgare de Sergei Adoniev a été révoquée juste avant la fin de la période de dix ans pendant laquelle c’est encore possible.

La ministre bulgare des Affaires étrangères, Ekaterina Zaharieva a déclaré aux journalistes à Bruxelles que, selon ses informations, il y avait très peu de cas de citoyenneté bulgare accordée dans le cadre du système des « visas dorés ».

Selon elle, le ministère de la Justice prépare une mise à jour et un groupe de travail discutera de ces conclusions et déterminera si l’objectif d’attirer des investisseurs a été atteint et si ceux qui bénéficient du régime vivent en Bulgarie ou non.

Les visas dorés ouvrent les portes de l’UE aux criminels

Les pays qui octroient des passeports aux riches ouvrent les portes de l’UE à la criminalité et au blanchiment. Les ONG Transparency International et Global Witness s’insurgent contre le dispositif.

Corruption protégée par l’État

Un autre problème de taille est la corruption protégée par l’État, grâce à laquelle des milliers d’étrangers obtiennent des passeports bulgares en échange de pots-de-vin.

La lanceuse d’alerte, Katya Mateva, ancienne directrice du Conseil pour la citoyenneté bulgare, un organe participant à la prise de décision de la délivrance d’un passeport à un étranger, a ainsi déclaré à Die Presse qu’environ 40 000 passeports avaient été délivrés ces cinq dernières années. Les candidats à la citoyenneté payant des pots-de-vin allant de 500 à 1000 €, et parfois plus si la personne n’a pas d’origine bulgare.

Selon Katya Mateva, le principal bénéficiaire de ce système est Krassimir Karakachanov, chef du parti nationaliste VMRO-BND, qui fait partie des « Patriotes unis », le jeune partenaire de coalition du gouvernement du Premier ministre Boyko Borissov, dirigé par le GERB.

Krassimir Karakachanov est vice-premier ministre et ministre de la Défense et supervise le secteur de l’application de la loi. Il a menacé de poursuivre Katya Mateva en justice après ses révélations.

Celle-ci a également désigné Ekaterina Zaharieva comme responsable du déblocage en 2016 de plus de 7 000 candidatures de candidats à la citoyenneté qui ne remplissaient pas la condition principale : être d’origine bulgare. La ministre a rejeté toutes les accusations et nié tout acte répréhensible.

Les journalistes bulgares qui ont parlé à la lanceuse d’alerte reçoivent maintenant des appels téléphoniques inquiétants, a-t-elle expliqué à Die Presse. Peu de médias bulgares osent donc aborder l’affaire des passeports contre des pots-de-vin.

La presse rapporte fréquemment que des criminels internationaux sont trouvés en possession de passeports bulgares authentiques avec de faux noms. Lorsque le mafieux italien Angelo Filippini a été arrêté au Maroc en mai dernier à la demande de la police italienne, il détenait un passeport bulgare.

Les portes de l’UE s’ouvrent de plus en plus aux riches

Alors que des millions de réfugiés peinent à s’établir sur une terre d’accueil, les plus riches trouvent sans problème asile en Europe contre un investissement ou un don. Explications d’une industrie qui brasse des milliards.

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe