La Hongrie défend la légalité de sa loi sur les universités

Université d'Europe centrale à Budapest [Wikimedia]

Pour le ministre hongrois de l’Éducation, la nouvelle loi sur les universités du pays qui devrait provoquer la fermeture de l’Université Soros, ne pose aucun problème juridique.

László Palkovics a rejeté les critiques sur la loi visant les universités étrangères et s’est déclaré confiant sur le fait que la Commission européenne ne pouvait pas faire d’objections juridiques.

Le ministre de l’Éducation hongrois était à Bruxelles pour des réunions de dernière minute avec le commissaire à l’Éducation, Tibor Navracsics, et le vice-président Frans Timmermans pour dissiper les tensions avant que la Commission ne débatte en interne de la loi et d’une potentielle action en justice, le 12 avril.

Le président hongrois a ratifié et fait entrer en vigueur la loi le 10 avril, après l’avoir fait passer par voie rapide par un vote du Parlement la semaine dernière, déclenchant des manifestations qui ont rassemblé plus de 70 000 personnes ce week-end.

Entre deux réunions, László Palkovics a déclaré que la loi « n’[empêcherait] à aucune université d’opérer en Hongrie ou de s’installer en Hongrie à l’avenir ».

Fermeture en 2021

Du fait de la modification de la loi hongroise sur l’éducation, l’Université d’Europe centrale, où l’enseignement se fait en anglais, devrait fermer d’ici à 2021 puisque les administrateurs affirment que l’université ne peut pas ouvrir un campus aux États-Unis d’ici à septembre.

En effet, la nouvelle loi exige que les universités étrangères aient un campus dans leur pays d’origine. L’Université d’Europe centrale est légalement enregistrée à New York, mais son campus se trouve à Budapest. L’université délivre des diplômes hongrois et américains.

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Si la dérive autoritaire de la Hongrie continue, l’UE pourrait enclencher la procédure de suspension d’un Etat membre prévue par les traités , a averti le porte-parole du Parti populaire européen.

Selon László Palkovics, la loi permet de s’assurer que les universités étrangères « ne trompent pas les étudiants » avec de fausses certifications. Il a par ailleurs rappelé que d’autres pays européens comme les Pays-Bas demandaient déjà aux universités étrangères de suivre des règles spéciales.

Un porte-parole du ministère néerlandais de l’Éducation a déclaré que les universités étrangères aux Pays-Bas n’avaient pas besoin d’un campus à l’étranger.

L’Université d’Europe centrale a déclaré qu’elle lutterait contre la loi et qu’elle voulait rester à Budapest. Le doyen de l’université, Liviu Matei a déclaré à Euractiv que d’autres pays courtisaient l’institution avec des propositions de nouveaux bâtiments, de dortoirs, et même des châteaux et des terrains de stationnement.

Jusqu’à présent, l’Allemagne, la Pologne, l’Autriche, la République tchèque, la Roumanie, la Lituanie, l’Estonie, le Canada et les États-Unis ont fait des offres à l’Université Soros, selon le recteur.

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La plupart des étudiants inscrits à l’Université d’Europe centrale reçoivent des diplômes américains et l’établissement respecte les règlementations à la fois hongroises et américaines, a expliqué Liviu Matei. « Je ne comprends pas ce que le gouvernement veut contrôler de plus. »

Un porte-parole de la Commission a refusé de commenter les discussions entre László Palkovics, Tibor Navracsics et Frans Timmermans avant la réunion d’aujourd’hui avec le reste des commissaires européens.

La semaine dernière, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré que cette décision de faire usage de la force via la loi ne lui plaisait pas, une décision du Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, pour sévir contre la société civile.

Věra Jourová, la commissaire européenne à la Justice a critiqué la loi et qualifié les manifestants s’y opposant de « courageux ».

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