L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

Frauke Petry, porte-parole du parti eurosceptique Alternative pour l'Allemagne (AfD). [blu-news.org/Flickr]

Les attentats qui se sont déroulés en France ces derniers jours ont poussés des représentants de l’AfD et du mouvement anti-ismalm Pegida à se rencontrer. Une initiative réussie, selon des membres des deux organisations.  Un article d’EURACTIV Allemagne.  

« Nous nous sommes rendus compte que nous avions des points communs », a expliqué Frauke Petry, porte-parole du parti populiste de droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), après avoir rencontré des représentants du mouvement anti-musulman Pegida (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident) à Dresde.

L’AfD espère apparemment se rapprocher de Pegida. Selon Frauke Petry, ces « points communs » ont guidé sa rencontre avec sept représentants de Pegida.

Dans une communication rédigée  la rencontre, Pegida a d’ailleurs confirmé que le mouvement estimait qu’il y avait du potentiel dans l’élaboration de politiques communes avec l’AfD dans de nombreux domaines, comme l’immigration et les demandeurs d’asile.

« Les deux mouvements estiment qu’il y a des progrès à faire en matière de sécurité nationale, déclare un membre de Pegida dans le communiqué de presse. Il serait très profitable à l’Allemagne de mettre à jour sa loi sur l’immigration. »

À l’issue de la rencontre du 8 janvier, Frauke Petry a répété que, contrairement aux autres partis, l’AfD ne considérait pas le mouvement Pegida comme un mouvement raciste et xénophobe. « Nous considérons cela comme un amalgame », a-t-elle affirmé.

Selon Pegida, l’attentat donc a été victime l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo le 7 janvier est une preuve que les islamistes ne peuvent appartenir à une société démocratique, puisque leurs solutions sont la violence et la mort. « Mais nos hommes politiques veulent nous convaincre du contraire », se plaint Pegida sur son profil Facebook.

Le vice-président de l’AfD, Alexander Gauland, est du même avis. « Cet événement sanglant démentit ceux qui ont ignoré ou se sont moqués des inquiétudes du peuple en ce qui concerne la menace imminente d’islamisation », a-t-il déclaré.

>> Lire : La presse internationale pleure Charlie Hebdo

« Pas d’amalgame », met en garde la direction de l’AfD

Dans le même temps, le dirigeant du parti, Bernd Lucke, a mis ses partisans en garde contre les amalgames, et a appelé à la « discrétion ».

« Un crime violent commis par deux extrémistes ne doit pas être attribué à toute une communauté religieuse majoritairement constituée de membres pacifiques et respectables », a-t-il insisté.

Dans une déclaration pour Focus online, le représentant de l’AfD au Parlement européen, Hans-Olaf Henkel, avait déjà averti que l’attentat parisien ne devrait pas être utilisé pour « créer un sentiment négatif contre les étrangers ».

Hans-Olaf Henkel a lui-même affirmé qu’il ne négocierait pas avec Pegida.Il a néanmoins estimé légitime que les membres de l’AfD de Saxe veuillent rencontrer les membres de Pegida.

>> Lire : Les luttes intestines de l’AfD profitent à Merkel

Pegida diffame l’Islam en général

Lors des manifestations organisées par Pegida, les orateurs s’en sont pris non seulement aux musulmans radicaux, mais également à l’Islam en général. Les cérémonies d’enterrement ont notamment été critiquées.

Jusqu’à récemment, les organisateurs du mouvement avaient refusé de négocier avec des partis politiques et déclaraient vouloir rester un mouvement non partisan. En général, Pegida refuse également d’accorder des entretiens à la presse.

Cependant, après la rencontre de jeudi, le mouvement a exprimé sa volonté de poursuivre la discussion.

« Nous continuerons à dialoguer, ont confirmé les représentants de Pegida, et nous serions heureux de voir d’autres partis politiques représentés au parlement de Saxe suivre l’exemple de l’AfD. »

Depuis plusieurs semaines, les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident, Pegida, selon l'acronyme allemand, manifestent contre l'« infiltration étrangère » de la société allemande causée par l'Islam.

Le mouvement fait également campagne contre les demandeurs d'asile, les politiques allemandes et européennes vis-à-vis de la Russie et les médias.

La plus grande manifestation organisée par Pegida a rassemblé 18 000 participants et s'est déroulée à Dresde à la fin du mois de décembre.

Les organisateurs et les sympathisants du mouvement le considèrent comme un « mouvement citoyen » et se distancient publiquement des groupes d'extrême droite. Ils revendiquent utiliser l'« idée chrétienne de l'homme », mais des personnalités de l'Église les ont accusés de « racisme déguisé en religion ».

Pegida surfe sur la peur du terrorisme islamiste pour diffuser un sentiment général défavorable aux réfugiés et aux étrangers, bien qu'elle réfute cette accusation, qu'elle qualifie de campagne de diffamation.

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