La Roumanie menace de quitter l’organisation de la Francophonie

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Irritée par l'attitude de la France, sa traditionnelle alliée, concernant son adhésion à l'espace Schengen, la Roumanie envisage de quitter l'OIF, l'Organisation internationale de la Francophonie. C'est ce qu'a déclaré un important eurodéputé roumain à EURACTIV hier (12 janvier).

Adrian Severin, ancien ministre des affaires étrangères et désormais membre important du groupe S&D au Parlement européen, a expliqué que la Roumanie envisageait différents scénarios qui dépendraient de la formulation du report de son adhésion à  Schengen, l'espace abolissant les frontières dans l'UE.

Certains diplomates ont déjà annoncé officieusement que la Bulgarie et la Roumanie ne seraient pas admises dans l'espace Schengen en mars comme Sofia et Bucarest l'espéraient.

Ils affirment que cette décision serait justifiée par le rapport d'experts sur l'état de la préparation des deux pays à l'adhésion à l'espace sans frontière de l'UE selon lequel la Bulgarie n'est pas parvenue à sécuriser ses frontières avec la Turquie. « Nous ne pouvons pas admettre la Roumanie sans la Bulgarie », a ajouté un diplomate.

En outre, avant Noël, les ministres de l'intérieur français et allemand, Brice Hortefeux et Thomas de Maizire, avaient écrit une lettre à la commissaire chargée des affaires intérieures, Cecilia Malmström, affirmant que les deux pays ne disposaient pas d'un environnement juridique et administratif satisfaisant en matière de justice et d'affaires intérieures.

Les ministres affirment que la corruption persiste à différents niveaux, et dans le cas de la Bulgarie, le crime organisé reste bien d’actualité.

Lorsque la Bulgarie et la Roumanie ont rejoint l'UE en 2007, certaines lacunes demeuraient dans leurs systèmes judiciaires et leurs services de police. Les deux pays avaient dès lors été placés sous une surveillance spéciale dans le cadre du Mécanisme de coopération et de vérification (MCV).

Aujourd'hui, la France et l'Allemagne semblent faire le lien entre l'adhésion à Schengen et le MCV, contre l'avis de la Commission qui pense que ces deux questions ne sont pas liées légalement. En ce qui concerne l'adhésion à l'espace Schengen, la Roumanie ne serait pas loin de remplir les critères techniques et la Bulgarie devrait bientôt suivre.

Deux options

Dans ce contexte, M. Severin a déclaré qu'ils étaient face à deux options. L'option optimiste serait que la Roumanie et la Bulgarie voient leur adhésion à l'espace Schengen reportée à l'automne ou au début de l'année prochaine, lorsqu'elles auront rempli des exigences techniques bien définies. Apparemment, la Roumanie ne contesterait pas ce scénario.

Mais il est également possible que la Bulgarie et la Roumanie se voient refuser l'adhésion à Schengen à cause des arguments présentés dans la lettre franco-allemande. Dans ce cas-là, la Roumanie envisagerait une réponse de taille, a ajouté M. Severin.

La décision devrait être connue lors de la réunion des ministres de la justice et des affaires intérieures qui aura lieu à Budapest les 24 et 25 février prochains.

Il a expliqué que si l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen était refusée à cause de la corruption, cela impliquerait un report important. En effet, les experts français pourront toujours affirmer que la corruption persiste en Roumanie.

Même si les Roumains sont un peuple latin, que nombre d'entre eux parlent ou du moins comprennent le français et que le pays est lié à la France par un siècle et demi d'amitié, M. Severin a affirmé que Bucarest quitterait l'OIF et enverrait dès lors un message fort à Paris.

Même s'il est dans l'opposition, l'eurodéputé roumain semble faire passer des messages officiels et selon lui, l'affaire Schengen est un test qui déterminera le genre de relations que son pays pourra entretenir avec le reste de l'UE sur le long terme.

Selon M. Severin, la Roumanie n'avait jamais été prise au sérieux par l'UE jusqu'à ce qu'elle utilise son droit de veto sur des questions de grande importance comme l'ont prouvé de récentes analyses réalisées par le ministère des affaires étrangères à Bucarest dont il fut responsable en 1996 et 1997.

Selon un diplomate de l'UE qui a préféré garder l'anonymat, il n'est pas surprenant que Bucarest lance des avertissements en amont de la décision de l'Union. Apparemment, la présidence hongroise de l'UE est favorable à Sofia et Bucarest, a-t-il ajouté.

La Bulgarie est également membre de l'OIF. Toutefois, la tactique du pays concernant son adhésion à Schengen est celle de l'apaisement vis-à-vis de Paris et Berlin et non celle de la provocation. M. Severin a déclaré que Bucarest était déçue de l'attitude de Sofia, mais il a précisé que cela n'avait pas beaucoup d'importance pour son pays.

A la demande d'EURACTIV, le cabinet du ministre chargé des affaires européennes, Laurent Wauquiez, a fait le commentaire suivant : « C'est une parole isolée, qui n'est pas la position officielle du gouvernement roumain », indique-t-on au cabinet du ministre.

Schengen est un village à la frontière entre le Luxembourg, la France et l’Allemagne, où un accord a été signé en 1985 pour abolir progressivement les contrôles aux frontières communes entre ces pays, les Pays-Bas et la Belgique.

Progressivement, le processus s’est approfondi. En 1995, les contrôles aux frontières ont été abolis entre la Belgique, l’Allemagne, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Espagne et le Portugal.

Aujourd’hui, l’espace Schengen de libre circulation consiste en 25 États membres : 22 pays de l’UE (tous sauf la Bulgarie, la Roumanie, l’Irlande, le Royaume-Uni et Chypre) ainsi que trois pays associés : la Norvège, l’Islande et la Suisse. Le Danemark a signé les accords de Schengen mais a gardé la liberté de ne pas en appliquer certaines mesures.

Le Royaume-Uni et l’Irlande ont décidé de rester en dehors de l’espace Schengen.

La Roumanie et la Bulgarie, qui ont rejoint l’UE en 2007, demeurent en-dehors de l’accord en raisons de lacunes dans leurs systèmes judiciaires et leurs services de police. Les deux pays ont été placés sous un système de surveillance spécial, appelé Mécanisme de coopération et de vérification.

En septembre 2010, les ministres des affaires européennes de l’UE ont décidé d’étendre la surveillance pour une année supplémentaire.

 

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