Le débat sur l’immigration est lancé en République tchèque

L'aide européenne est de plus en plus consacrée à la sécurité des frontière et la gestion de flux migratoire dans les pays en développement.

Face à de nouveaux mouvements anti-musulmans, la République tchèque se tourne vers l’expérience d’autres pays de l’UE. Un article d’EURACTIV République tchèque.

La République tchèque ne compte qu’une petite minorité musulmane, mais le sentiment anti-musulman s’y est développé à la vitesse grand V ces derniers mois. Le gouvernement a donc décidé de prendre exemple sur d’autres États membres et sur leur expérience vis-à-vis de l’immigration.

En Europe centrale, le débat sur l’immigration et sur l’intégration des minorités, et particulièrement des communautés musulmanes, n’en est qu’à ses balbutiements.

En République tchèque, seuls 4,1 % des dix millions d’habitants sont des étrangers, et les musulmans ne représentent que 0,1 % de la population. Il n’empêche, ces derniers mois, des manifestations contre les immigrés musulmans ont été organisées pour la première fois.

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Tomio Okamura est le chef de file d’Aube de la démocratie directe, un parti populiste connu pour ses opinions anti-immigration. Il a notamment prononcé des discours anti-immigrés enflammés et conseillé aux Tchèques de promener des cochons près des mosquées afin de défendre leur pays de l’Islam. Tomio Okamura est un entrepreneur, écrivain et politicien tchèque d’origines morave, japonaise et coréenne.

Les manifestations en question font écho à des événements similaires organisés en Europe occidentale, et notamment en Allemagne, avec le mouvement Pegida.

Un lent changement des mentalités

« La situation des migrants a une importante dimension européenne que nous ne pouvons pas ignorer, puisque nous faisons partie de l’espace Schengen », rappelle Ond?ej Benešík, président du comité sur les affaires européennes de la chambre des députés du Parlement tchèque, à EURACTIV.

Les hommes politiques tchèques commencent à se rendre compte qu’ils ne peuvent plus fermer les yeux sur la situation. Le gouvernement œuvre à l’élaboration d’une nouvelle stratégie sur l’asile et la migration, qui devrait être publiée au printemps. La migration sera également la priorité principale d’un nouveau sous-comité de la chambre des députés.

« Nous devons coopérer activement avec tous les acteurs impliqués », expliquait Helena Langšádlová, présidente de ce nouveau sous-comité, lors d’un entretien avec EURACTIV.

Tirer des leçons du passé

Le débat sur l’immigration est à présent sous les feux de la rampe en Europe après les attentats de Paris et de Copenhague.

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« Notre plus grand défi est de ne pas reléguer les immigrés pauvres dans des banlieues ghettos, laissant ainsi une partie de la population sur le carreau, en marge de la société », estime Sylvie Guillaume, eurodéputée française du S&D, pour qui « l’inclusion est la clé de ce problème ».

Cela revient à investir dans la lutte contre le chômage, à faciliter l’accès à l’éducation, au logement et aux soins de santé, explique-t-elle.

« Nous devrions tirer les leçons du passé des pays d’Europe occidentale, qui n’ont pas très bien géré l’intégration des migrants. Si nous répétons les mêmes erreurs, nous partagerons leur sort », renchérit Tomáš Zdechovský, un autre eurodéputé (PPE), lors d’un entretien avec EURACTIV.

Une préférence pour les migrants « aux origines chrétiennes »

Les hommes politiques tchèques assurent vouloir garder les frontières ouvertes, tout en tentant d’enrayer les problèmes d’intégration. Cependant, la plupart d’entre eux sont convaincus que les pays européens ne devraient laisser entrer que les migrants qui partagent un contexte culturel semblable au leur, ou qui viennent de pays chrétiens.

« Si nous voulons être ouverts et soutenir la migration, nous devrions nous concentrer de préférence sur les migrants dont la culture est proche de la nôtre et qui partagent les mêmes valeurs », confirme Ond?ej Benešík.

« Si les migrants ont des origines chrétiennes, la situation est bien plus facile », estime également Tomáš Zdechovský. Dans ce cas-là, les églises tchèques pourraient d’ailleurs contribuer à l’intégration des minorités, explique-t-il à EURACTIV.

« Nombre des réfugiés de cultures différentes qui obtiennent la résidence permanente dans l’UE pourraient poser des problèmes pour l’avenir de la société, même à la deuxième ou troisième génération. Ils peuvent diviser la société, comme on le voit en Allemagne ou en France », souligne Jan Zahradil, eurodéputé du parti d’opposition Société démocratique civique, lors d’un entretien avec EURACTIV.

Selon lui, la République tchèque devrait fournir une aide logistique aux pays voisins de la Syrie, qui peinent à accueillir le très grand nombre de réfugiés.

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

Contexte

Depuis plusieurs mois, les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident, Pegida, selon l'acronyme allemand, manifestent contre ce qu'ils qualifient d'« infiltration étrangère » de la société allemande causée par l'Islam.

Le mouvement fait également campagne contre les demandeurs d'asile, les politiques allemandes et européennes vis-à-vis de la Russie et les médias.

La plus grande manifestation organisée par Pegida a rassemblé 18 000 participants et s'est déroulée à Dresde à la fin du mois de décembre.

Les organisateurs et les sympathisants du mouvement le considèrent comme un « mouvement citoyen » et se distancie publiquement des groupes d'extrême droite. Ils revendiquent l'« idée chrétienne de l'homme », mais des personnalités de l'Église les ont accusés de « racisme déguisé en religion ».

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