Le FN contre-attaque en accusant Martin Schulz de fraude

Le Front National, qui accuse Martin Schulz, président du Parlement, de fraude, caracole en tête des sondages en France.

Le Front National, qui accuse Martin Schulz, président du Parlement, de fraude, caracole en tête des sondages en France. [David Oranje/Flickr]

Accusé par le président du Parlement européen, Martin Schulz de fraude sur l’emploi des assistants parlementaires, le Front National a réagi en menaçant de porter plainte contre le socialiste allemand pour le même motif.  ?

Le 12 mars, le bureau bruxellois du Front National a accusé Martin Schulz, qualifié de « socialiste haineux, pathétique », d’enfreindre les règles du Parlement encadrant l’emploi des assistants accrédités.

Le porte-parole de Martin Schulz, Armin Machmer a déclaré ces accusations « infondées », et ajouté que le président du Parlement avait prié les services ad hoc de l’institution européenne de mener une enquête et d’en publier le résultat.

Le 9 mars, Martin Schulz avait alerté l’OLAF, l’agence anti-corruption de l’UE, du fait que 20 représentants du FN étaient enregistrés comme assistants accrédités des eurodéputés et payés par le budget européen. Pourtant, selon les informations donnée par le FN, ces représentants étaient des fonctionnaires de l’organisation nationale du parti, explique un communiqué de presse.

Une source parlementaire a estimé la fraude à 7,5 millions d’euros. L’OLAF doit à présent décider d’enquêter ou non sur la question ou non, un processus qui peut prendre plusieurs mois.

>> Lire : Le Parlement européen s’alarme de financer le Front national

Le 12 mars, Marine Le Pen a rétorqué en publiant un communiqué intitulé « L’arroseur, arrosé », dans lequel elle accuse le président du Parlement de fraude.

Martin Schulz, qui « sans un commencement de preuve et par pur calcul politicien, a calomnié et jeté en pâture nos assistants », enfreindrait lui-même la règles concernant les assistants accrédités.

Le parti menace d’enregistrer une plainte officielle contre Martin Schulz, avant d’exhorter les médias à exposer ses pratiques frauduleuses.

Les accusations originales du président du Parlement ont été formulées quelques jours seulement avant les élections départementales, « à la demande de son ami Manuel Valls », affirme le FN. Manuel Valls, le Premier ministre socialiste français, a plusieurs fois exprimé son inquiétude quant à la popularité croissante du FN.

Diatribe

Dans une diatribe apparemment basée sur une recherche Google, le FN assure que Herbert Hansen, l’assistant du président du Parlement, travaille en réalité dans une agence de voyage. Euregio Tours est une agence liée au SPD, le parti allemand auquel appartient Martin Schulz, insiste le communiqué.

« Dès la première page de recherche Google, l’on peut apprendre que celui-ci […] ne s’occuperait pas d’affaires européennes, ni même de politique, mais de tourisme », écrit l’auteur du communiqué, Ludovic de Danne, assistant de Marine Le Pen.

« Martin Schulz illustre bien ces socialistes haineux, pathétiques, et pourtant si prévisibles à travers l’Europe », poursuit-il, avant d’appeler le président du Parlement à se dénoncer à l’OLAF.

Herbert Hansen n’est pas basé à Bruxelles, Luxembourg ou Strasbourg, contrairement aux règles sur les assistants accrédités, mais à Aix-la-Chapelle, accuse le FN.

Armin Machmer a cependant démenti ces accusations, expliquant qu’Herbert Hansen était un assistant parlementaire accrédité vivant et travaillant à Bruxelles. Il est notamment chargé de la gestion des groupes visitant le Parlement. Selon la réglementation en vigueur, cette tâche ne peut être incombée aux membres du cabinet du Président, souligne le porte-parole.

Sa connexion avec l’Euregio Tours n’a rien à voir avec son travail au Parlement. « Dans son temps libre, et de manière bénévole, M. Hansen s’est également occupé des visites d’études pendant un certain nombre d’année », précise-t-il.

Élections françaises

Dimanche dernier, le Premier ministre français, Manuel Valls, s’est alarmé du fait que le FN pourrait remporter les prochaines élections présidentielles en 2017. Leurs politiques seraient un « désastre » pour le pays, a-t-il averti.

Le Front National, qui profite de l’impopularité du Président Hollande et du taux élevé de chômage, caracole en effet dans certains sondages.

Les sondages indiquent que le parti pourrait remporter un grand succès lors des élections départementales qui se dérouleront le 22 mars.

Réactions

Marion Maréchal-Le Pen, députée FN du Vaucluse, a également réagi aux accusations de fraude portées contre son parti.

« M. Schulz est un militant politique. Lors des européennes, il avait fait un certain nombre de meetings contre le Front national », a souligné Marion Maréchal-Le Pen. « Il a appliqué à la lettre les ordres de M. Valls qui, hier, expliquait qu'il fallait que les élites se mobilisent contre le Front national. »

« C'est de l'acharnement politique évidemment, en pleine période électorale », tempête-t-elle, ajoutant que le fait d'être assistant d'un parlementaire européen et « en même temps conseiller de Marine Le Pen sur des questions très techniques, je ne vois absolument pas en quoi cela est incompatible ».

La députée regrette également la réaction de la presse qui « s'est emparée avec beaucoup de gourmandise de cela […]calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! »

Contexte

Le Front National (FN) a remporté son plus grand succès électoral lors des élections européennes de mai 2014, avec presque un quart des votes.

Le parti constitue donc la plus grande délégation française au Parlement européen, avec 24 eurodéputés sur les 74 Français au Parlement européen. Depuis, le FN essaye de former un groupe politique au Parlement européen, en vain, jusqu'ici. Le fait de ne faire partie d'aucun groupement les a privé de nombreux avantages, et notamment de certains financements.

Le parti d'extrême droite s'est également efforcé de surfer sur la vague de succès des élections européennes pour devenir le plus grand parti de France.

Récemment, il a défrayé la chronique en souscrivant des prêts considérable auprès d'une banque russe.

>> Lire : Les prêts russes au Front national inquiètent le Parlement européen

Prochaines étapes

  • 22 et 29 mars : Élections locales en France. 

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