Le Parlement européen s’inquiète des persécutions d’homosexuels en Tchétchénie

A demonstrator holders a placard depicting Russian president Vladimir Putin with the label 'Stop Homophobia', to denounce the anti-gay campaign launched in the Russian province of Chechnya, during a protest held on Place de la Republique in Paris, France, 20 April 2017. Several dozen men suspected of being homosexuals have been rounded up and detained by authorities in Chechnya, with at least three men allegedly killed so far. [Ian Langsdon/EPA]

Plusieurs groupes politiques du Parlement européen demandent aux services diplomatiques de se mobiliser contre les tortures infligées aux homosexuels en Tchétchénie.

Dénoncée par des ONG depuis plusieurs semaines, la persécution des homosexuels en Tchétchénie a fait l’objet d’un débat au Parlement européen, le 16 mai, à l’occasion d’une question orale posée à la Commission.

À la veille de la journée de lutte contre l’homophobie, la chambre européenne s’est emparée « un peu tard de ce sujet dramatique »,  a reconnu Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen et membre de l’intergroupe LGBT. L’interpellation a été faite par les groupes Verts, ECR, ALDE et GUE qui se sont associés aux sociaux-démocrates.

Une centaine de personnes ont été arrêtées et torturées dans la République russe dirigée par Ramzan Kadyrov, le chef d’État soutenu par Vladimir Poutine, selon le journal indépendant Novaia Gazeta.

Plainte pour « génocide »

Trois associations LGBT françaises ont déposé plainte pour «génocide » mardi devant la Cour pénale internationale contre le président pour ces persécutions commises en Tchétchénie. M. Kadyrov est «le logisticien du “génocide”, l’organisateur de camps de tortures avec une volonté d’extermination des homosexuels », a déclaré à l’AFP Me Étienne Deshoulières, l’avocat représentant les associations Stop homophobie, Mousse et Comité Idaho France.

Selon Novaïa Gazeta, les autorités de Tchétchénie, où l’homosexualité est considérée comme un tabou, ont aussi incité les familles des personnes arrêtées à les tuer pour « laver leur honneur ». Au moins deux personnes ont été assassinées par leurs proches et une troisième est décédée des suites d’actes de tortures.

L’homophobie du pays n’est pas nouvelle. En 2014, une loi avait déjà pénalisé la propagande homosexuelle devant mineurs, et interdit toute manifestation pour protéger les droits des homosexuels.

Visas humanitaires

En France, le ministère des Affaires étrangères a indiqué le 15 mai que Paris était « prête à examiner les demandes de visa à caractère humanitaire » de personnes homosexuelles victimes de persécutions en Tchétchénie. Pour le moment, « aucune demande de visa n’a été présentée par les personnes concernées », mais « leur dossier serait bien entendu examiné rapidement si une demande venait à être déposée » selon le Quai d’Orsay. Les pays scandinaves ont déjà attribué des visas sur ce motif, mais l’Allemagne ne le fait pas pour défendre ses intérêts commerciaux a dénoncé l’élue verte Rebecca Harms, mardi.

Le rôle de la Commission semble en revanche plus diffus. Les eurodéputés ont rappelé à l’exécutif les lignes directrices sur les questions LGBTI, qui demandent une action proactive en faveur des droits LGBTI dans le monde. Ils ont aussi souligné la détérioration de la situation de ces droits dans plusieurs pays récemment, comme au Nigeria, en Ouganda, en Égypte, au Tchad ou en Indonésie.

« M. Poutine devrait comprendre que ce qui se passe en Tchétchénie le couvre de honte », a assuré Charles Tannock, eurodéputé britannique du groupe ECR.

Selon Mme Soraya Post, du groupe S&D, certaines familles auraient été rançonnées par la police, alors que l’État prétend qu’il n’y pas d’homosexuels en Tchétchénie.

Actes de torture

L’Autrichienne Ulrike Lunacek a souligné des échos d’actes de tortures, de terreur, et appelé ses collègues à voter pour une résolution exigeant de la Fédération de Russie de rompre avec ces pratiques.

« Être homosexuel ou trans, c’est quelque chose qui a existé de tout temps, de partout, cela n’a rien à voir avec des questions de religion. Donc nous demandons aux diplomates européens de défendre ceux qui défendent les droits des homosexuels » a assuré l’élue autrichienne.

Le commissaire Stylianides a répondu en assurant que les droits sexuels faisaient partie des valeurs fondamentales et universelles, et garanti que l’UE luttait pour promouvoir les droits LGBTI.

« La persécution d’homosexuels est la prolongation d’une série d’actes discriminatoires. Les autorités russes n’ont pris aucune mesure pour mettre un terme à ces violences. L’UE et d’autres États ont condamné sans équivoque les choix des autorités tchétchènes et russes et appellent à une enquête détaillée, et Mme Mogherini a demandé à M. Lavrov d’enquêter sur ces allégations. Malheureusement, M. Lavrov a assuré que les autorités n’avaient aucune preuve de ces faits » déplore le commissaire chypriote.

Premier groupe politique au sein du Parlement européen, le PPE s’est finalement associé à l’initiative d’une résolution qui sera proposée jeudi au vote des eurodéputés, a déclaré Anna Maria Corazza Bildt. « Il faut créer une culture de la tolérance », a assuré l’élue.

Malte met un coup de projecteur sur les droits LGBTI dans l'UE

La ministre maltaise des Libertés civiles a donné le coup d’envoi d’une conférence sur les droits de la communauté LGBTI dans l’UE. Elle invite la classe politique à « faire évoluer l’opinion publique, et non à se laisser diriger par celle-ci ».

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