Le terroriste norvégien veut déclencher une « guerre civile européenne »

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Un tribunal norvégien décidera aujourd'hui (25 juillet) si la première procédure contre Anders Behring Breivik, le tueur de masse qui a terrorisé la Norvège vendredi, devrait être ouverte au public. Un « manifeste » publié en ligne par M. Breivik laisse entendre qu'il souhaite que ses partisans s'engagent dans une « croisade » contre les musulmans et les « marxistes culturels ».

 

La justice norvégienne doit décider aujourd'hui si l'audition d'Anders Behring Breivik, l'auteur du pire massacre en temps de paix dans la Norvège moderne (voir « Contexte ») aura lieu à huis clos ou non.

Cette audition abordera la question de la détention de M. Breivik, et celui-ci ne devra donc pas encore décider s'il plaidera coupable ou non. Ce sera au juge de décider si elle aura lieu à huis clos, a déclaré un police prosecutor cité par Reuters.

L'avocat de M. Breivik, Geir Lippestad, a expliqué que son client admettait être l'auteur de la fusillade qui a eu lieu lors d'un rassemblement de la jeunesse travailliste et avoir placé une bombe qui a tué sept personnes dans les quartiers du siège du gouvernement à Oslo. Il a toutefois rejeté toute responsabilité pénale.

Selon M. Lippestad, M. Breivik a reconnu que ses actes étaient « atroces », mais il a insisté sur le fait qu'ils étaient « nécessaires ».

Contre les musulmans et les marxistes culturels

Un manifeste de 1 500 pages, publié par M. Breivik sur Internet, contient des photos, une vidéo de 12 minutes et différents textes. C'est dans ce manifeste que le tueur de masse de 32 ans dévoile ce qui apparaît comme sa stratégie.

Le document et la vidéo sont intitulés « 2083 : une déclaration européenne d'indépendance », une date qui, selon l'auteur, sera celle de la fin de la guerre civile européenne avec l'exécution des marxistes culturels et la déportation des musulmans.

Cette « guerre civile » aura lieu en trois phases, prévoit-il. La première ira jusqu'en 2030 et impliquera « une guerre ouverte, des attaques militaires perpétrées par des cellules clandestines [et] une consolidation des forces conservatrices ».

Entre 2030 et 2070, il prévoit « des formes plus évoluées de groupes de résistance [et la] préparation de coups d'Etat paneuropéens ».

L'étape finale consiste en la déchéance des dirigeants de l'Europe et en « la mise en œuvre d'un programme politique culturellement conservateur ».

M. Breivik critique l'implication du gouvernement norvégien dans les frappes de l'OTAN de 1999 lors de la campagne du Kosovo qui, selon lui, ont visé à tort « nos frères serbes [qui] voulaient éradiquer l'Islam en déportant les Albanais musulmans en Albanie ».

Il a également critiqué les autorités norvégiennes pour leur « gestion lâche de la question de la caricature de Mahomet », en référence aux excuses formulées par le gouvernement du pays pour la publication dans des journaux privés de dessins controversés. En réalité, les experts estiment qu'Oslo a géré la « controverse des caricatures » bien mieux que les autres pays de l'UE, et notamment le Danemark.

Selon CNN, certaines parties du « manifeste » de M. Breivik utilisent la même formulation que le manifeste antitechnologie de 35 000 mots écrit par Ted Kaczynski, surnommé « Unabomber », publié dans le Washington Post en 1995. L'« Unabomber » s’était engagé dans une campagne d'envoi de colis piégés aux Etats-Unis entre 1978 et 1995, tuant trois personnes et en blessant 23 autres. Il a été arrêté en avril 1996 et condamné à la prison à perpétuité.

Dans un passage, le document publié en ligne la semaine dernière reprend des formulations du manifeste de l'Unabomber, mais il utilise le terme « marxiste culturel », alors que M. Kaczynski utilisait le terme « gauchiste ». En outre, M. Breivik parle de « musulmans », là où M. Kaczynski mentionne les « Noirs ».

Débat sur le multiculturalisme ?

En Norvège et dans le reste de l'Europe, les attentats d'Oslo susciteront sans aucun doute un débat sur le multiculturalisme, l'intégration des minorités musulmanes et la menace du terrorisme d'extrême droite.

La Norvège est un pays relativement ouvert à l'immigration par rapport au reste de l'UE. Sa population immigrée a presque triplé entre 2005 et 2010, atteignant un demi-million sur une population de 4,8 millions d'habitants.

L'idée selon laquelle nombre d'entre eux ont été attirés par le système social norvégien généreux a contribué à la montée du Parti du progrès. Ce parti d'extrême droite est devenu le second parti au parlement suite aux élections de 2009 et est clairement contre l'immigration. M. Breivik est d'ailleurs membre de ce parti.

La porte-parole du Parti du progrès a condamné les attentats de M. Breivik et a insisté sur le fait que son parti n’avait aucun moyen d’anticiper que l'un de ses membres deviendrait un tueur de masse.

Alors que les cellules islamistes sont censées être surveillées par les forces de l'ordre en Europe, il existe moins d'informations sur le contrôle de l'extrémisme de droite.

Le responsable du contre-terrorisme de l'UE, Gilles de Kerchove, cité par Euronews, a déclaré que ses services prévoyaient d'organiser des réunions et de mettre en valeur les « meilleurs pratiques » européennes s'agissant de lutter contre la menace du terrorisme d'extrême droite.

A 15 h 26 heure locale le vendredi 22 juillet, une explosion a frappé le centre d'Oslo, juste à côté du bureau du premier ministre, Jens Stoltenberg. Sept personnes ont perdu la vie. De prime abord, ces explosions ont été comparées aux attentats de 2005 dans les transports publics de Londres, qui avaient coûté la vie à 56 personnes, ou à ceux de Madrid qui avaient fait 191 morts.

Toutefois, il est rapidement apparu qu'une autre tragédie encore plus meurtrière avait eu lieu sur l'île d'Utoeya, à 50 km d'Oslo. Un homme armé aurait tiré sans distinction sur une foule de jeunes du parti travailliste de M. Stoltenberg qui participaient à un camp de vacances.

Lorsque la police est arrivée une heure plus tard, le tireur, Anders Behring Breivik, a été appréhendé, ayant déjà tué au moins 86 personnes. Il s'est rendu sans opposer de résistance, il a déclaré qu'il était l'auteur de l'explosion et qu'aucune autre personne n'était impliquée.

M. Breivik a fabriqué sa bombe avec des fertilisants, en suivant des explications trouvées sur Internet.

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