L’enquête contre une procureure anticorruption fait des vagues en Roumanie

epa06570367 Laura Codruta Kovesi, procureure en chef du Bureau national de lutte contre la corruption (DNA), assiste à la conférence annuelle sur l'équilibre annuel de l'ADN tenue à la Maison militaire, à Bucarest, Roumanie, le 28 février 2018. [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

Le président roumain a dénoncé une enquête visant la magistrate la plus célèbre du pays, une ancienne cheffe du parquet anticorruption, qui éloigne le pays de l’UE, selon lui.

Klaus Iohannis, le président de centre droit a dénoncé dans un communiqué les « tentatives agressives de ceux qui veulent prendre le contrôle de la justice » et a critiqué le gouvernement de gauche pour avoir depuis son retour au pouvoir, fin 2016, « construit un discours dénigrant la justice ».

La bataille qui oppose en Roumanie les sociaux-démocrates à l’institution judiciaire s’est encore intensifiée le 13 février avec l’annonce de la convocation devant la justice de l’ancienne cheffe du parquet national anticorruption (DNA), Laura Codruta Kovesi.

Cette citation à comparaître le 15 février intervient alors même que cette magistrate de 45 ans défend sa candidature pour diriger le futur parquet européen.

Bucarest a dit vouloir l’empêcher d’accéder à ces fonctions au nom des nombreux « abus » qu’elle aurait commis lorsqu’elle dirigeait le DNA, de 2013 à 2018.

Une magistrate roumaine bientôt procureure de l’UE?

Laura Codruţa Kövesi, de l’agence anticorruption roumaine, est la candidate la plus en vue pour le poste de tout premier procureur général du Parquet européen.

Elle a dû quitter ces fonctions cet été sous la pression du gouvernement. Le travail du parquet roumain, qui a poursuivi et condamné des centaines d’élus pour malversations ces dernières années, a été régulièrement salué par les institutions européennes.

Bruxelles est très critique de la réforme de la justice mise en œuvre à marche forcée par les sociaux-démocrates depuis deux ans, qui risque selon ses détracteurs d’affaiblir la lutte contre la corruption.

Ces réformes ont notamment permis la création d’une nouvelle section du parquet chargée d’enquêter sur les délits commis par les magistrats dans l’exercice de leurs fonctions.

C’est ce nouvel office qui a été chargé d’enquêter sur Laura Codruta Kovesi pour examiner la légalité d’une extradition qu’elle a supervisée en 2011.

Le parti social-démocrate a assuré jeudi que la procureure serait, en vertu de cette nouvelle loi, traitée « équitablement », appelant l’opposition à ne pas « politiser » cette action en justice.

Le Groupe d’États contre la Corruption (Greco) du Conseil de l’Europe avait sévèrement critiqué la création du parquet spécialisé contre les magistrats qualifié d’« anomalie ».

L’opposition conservatrice et libérale s’est élevée contre la procédure visant la magistrate, la qualifiant de « vengeance politique ».

Justice et corruption : la Roumanie en marche arrière

La Commission européenne reproche à la Roumanie de faire marche arrière sur des valeurs comme la liberté de presse. Bucarest menace à demi-mot de saisir la Cour de justice.

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