Les bateaux-fantômes, un challenge pour la Commission européenne

La cargo Blue Sky M., à quai dans le port de Gallipoli, dans le sud de l'Italie, le 31 décembre. [Reuters]

La cargo Blue Sky M., à quai dans le port de Gallipoli, dans le sud de l'Italie, le 31 décembre. [Reuters]

Les migrants sont de plus en plus nombreux à atteindre les côtes européennes à bord de cargos fantômes. Un phénomène auquel la Commission européenne veut trouver une réponse en 2015, et qui demanderait des moyens financiers supérieurs au budget de Frontex.

L’Ezadeen, un cargo battant pavillon de la Sierra Leone, a été abandonné par son équipage fin décembre. Le cargo transportait 359 réfugiés syriens. Il a été escorté vers le port de Corigliano par la marine italienne le 3 janvier. C’est la deuxième opération de sauvetage de ce type mené en une semaine, et l’Union européenne est appelée à adopter une stratégie adéquate face à cette nouvelle méthode des trafiquants d’êtres humains.

Le 31 décembre, environ 800 migrants, d’origine syrienne pour la plupart, avaient déjà été secourus à bord d’un autre « bateau-fantôme », le Blue Sky M., portant pavillon moldave. L’abandon en mer de navires chargés de migrants serait donc une nouvelle tactique des trafiquants, qui rackettent les candidats au départ en leur promettant de les conduire en Europe.

L’an dernier, le nombre de personnes qui tentent de traverser la Méditerranée vers l’Europe a nettement augmenté en raison de la guerre civile en Syrie. De janvier à fin novembre 2014, quelque 160 000 migrants sont ainsi arrivés en Italie par la mer. Des milliers d’autres n’ont jamais atteint les côtes de l’Europe.

Une nouvelle méthode

Jusqu’ici la plupart des migrants traversaient la mer dans de petites embarcations. Ces derniers mois, les trafiquants se sont cependant mis à utiliser de grands cargos afin de transporter des groupes plus importants au départ de ports turcs ou égyptiens, expliquent les fonctionnaires des Nations unies. Les trafiquants abandonnent en général le bateau à proximité des côtes italiennes.

L’Italie a récemment mis un terme à sa coûteuse opération de sauvetage en Méditerranée baptisée Mare Nostrum. Celle-ci a été remplacée par la mission Triton, menée avec l’UE, mais les personnalités politiques italiennes et les fonctionnaires de l’ONU estiment que cette opération est insuffisante.

>> Lire : Triton prend le relais de Mare Nostrum, au grand soulagement de l’Italie

Dans une déclaration officielle datée du 2 janvier, Dimitris Avramopoulos, commissaire à la migration, aux affaires intérieures et à la citoyenneté, appelait l’UE à prendre des mesures plus fermes contre les « impitoyables organisations criminelles » qui utilisent à présent de nouvelles méthodes pour « exploiter les migrants tentant désespérément d’échapper aux conflits et aux guerres » qui ravagent leurs pays.

Il semblerait que les trafiquants puissent obtenir des cargos qui ne sont plus aux normes pour environ 250 000 euros. S’ils transportent 500 migrants, au prix d’environ 5 000 euros chacun pour la traversée, les profits d’un voyage représentent presque dix fois la mise de départ.

Des questions sans réponses

La Commission est face à de nombreuses questions sans réponses. Comment expliquer, par exemple, que ces navires prennent la mer depuis des ports turcs, alors que la Turquie est loin d’être un État failli, et qu’Ankara espère renforcer ses liens avec l’UE ? On ne sait pas non plus comment les trafiquants parviennent à acquérir et à conduire ces bateaux qui ne sont pas aux normes alors qu’il existe une législation en matière de sécurité maritime.

La porte-parole de la Commission Natasha Bertaud a déclaré que Dimitris Avramopoulos présenterait son programme pour la gestion de la migration dans le courant de l’année. La question de ces navires-fantômes y sera traitée, entre autres.

Margaritis Schinas, porte-parole du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a qualifié les nouvelles activités des trafiquants d’« extrêmement inquiétantes ». « L’Europe fait ce qu’elle peut, pour faire plus, il faudrait consacrer plus d’argent, plus de moyens à la question de la migration », explique Margaritis Schinas.

Les deux porte-paroles ont reconnu que le budget de l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures, Frontex, n’était pas suffisant. Ils ont également tous deux répété que l’agence Frontex n’avait pas pour vocation de garder les frontières européennes, mais offre des moyens et ressources supplémentaires aux États membres afin de les aider à gérer leurs frontières.

La Commission n’a pas précisé si l’action de Frontex, qui se déroule principalement dans les eaux côtières, pourrait se déplacer en direction des eaux profondes, afin d’intercepter les bateaux fantômes avant qu’ils ne s’approchent du territoire européen.

>> Lire aussi : La Commission va proposer aux Etats membres de répartir les migrants par quotas

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