Dix suspects arrêtés après le meurtre de la journaliste maltaise

Des journalistes et représentants des institutions européennes rendent hommage à Daphne Caruana Galazia à Bruxelles. [Olivier Hoslet/EPA]

La police maltaise a arrêté dix suspects dans le meurtre de la journaliste anticorruption Daphne Caruana Galizia. La semaine dernière une délégation européenne a quitté l’île en s’inquiétant de l’état de droit dans le pays.

Le Premier ministre maltais, Joseph Muscat, a annoncé le 4 décembre l’arrestation de dix personnes en lien avec l’assassinat de Daphne Caruana Galizia. Le 16 octobre, la voiture de la journaliste et blogueuse avait explosé près de sa maison, dans le nord de Malte. Sur son blog, Daphne Caruana Galizia dévoilait régulièrement des allégations de corruption, ciblant à la fois le gouvernement et l’opposition.

Tous les suspects arrêtés sont des citoyens maltais, pour la plupart ayant déjà un casier judiciaire, a indiqué le ministre, qui n’a pas fourni davantage de détails. À compter de l’arrestation, la police dispose de 48h pour interroger les suspects avant de les relaxer ou de les accuser.

Daphne Caruana Galazia menait des enquêtes en lien avec les Panama papers, révélés en 2015, qui ont exposé l’utilisation par les grandes fortunes de paradis fiscaux pour échapper à l’impôt. Elle avait également accusé de corruption et de blanchiment d’argent des personnalités importantes du gouvernement et de l’opposition. Toutes les personnes pointées du doigt avaient nié ces accusations. Dans les neuf mois précédant sa mort, un total de 36 poursuites en diffamation avait été engagé contre elle.

Son assassinat à la voiture piégée a choqué l’île et a fait naitre des inquiétudes à Bruxelles en ce qui concerne l’état de droit dans le pays. Le Parlement européen avait alors décidé d’y envoyer une délégation en mission exploratoire.

L’agence européenne de police, Europol, avait également envoyé une équipe à Malte afin de contribuer à l’enquête, tout comme des spécialistes des Pays-Bas et du FBI.

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Le 1er décembre, la mission parlementaire avait regretté la « perception d’impunité » régnant à Malte. Sven Giegold, eurodéputé Vert allemand, a passé deux jours à rencontrer des représentants du gouvernement, des parlementaires, des journalistes locaux et des militants des droits de l’Homme. Il s’est déclaré particulièrement inquiet au sujet de la police et du procureur général, qui a selon lui « fait preuve de réticences vis-à-vis des enquêtes à mener et a négligé de poursuivre des cas de corruption et de blanchiment d’argent » dans le passé.

« Nous sommes arrivés très inquiets et nous repartons encore plus inquiets », a-t-il annoncé.

« Comme je l’ai dit dès que j’ai appris cet acte barbare, nous mettrons tout en œuvre pour que ce dossier soit résolu. J’y suis plus engagé que jamais », a pour sa part assuré Joseph Muscat dans un communiqué du Parti socialiste européen.

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