Le parlement polonais s’est mué en forteresse assiégée

[Slawomir Kaminski / Agencja Gazeta]

Imaginez un mur de policiers armés devant le Parlement européen, ou un accès bloqué aux journalistes, experts, conseillers. C’est difficile ? En Pologne, c’est une réalité. Un article de notre partenaire Gazeta Wyborcza.

Un tel scénario est difficile à imaginer dans l’Union européenne ou dans tout autre pays démocratique. Les parlements – temples de la démocratie – sont souvent ouverts aux citoyens et leur accès n’est limité qu’à des mesures de sécurité.

La Pologne a toutefois rompu avec ces principes : le bâtiment de la chambre basse, le Sejm, est fermé au public depuis un mois. C’est comme ça que le PiS (Droit et Justice), le parti au pouvoir depuis 2015, a réagi à une autre crise politique. Des manifestants dangereux ont-ils tentés d’investir le parlement ? Un coup d’État ? Pas vraiment. Il s’agit d’une manifestation de mères d’enfants handicapés dans les couloirs.

Les dix mères et leurs enfants en chaise roulante avaient été invités par des députés de l’opposition à visiter le Sejm mi-avril. Au lieu de ressortir du bâtiment, ils se sont arrêtés dans l’un des couloirs, ont installé des matelas, sorti des pancartes et commencé à manifester.

La sécurité du parlement et le gouvernement ont été pris par surprise. Un mois s’est écoulé et le gouvernement est toujours impuissant face à la protestation.

Les mères demandent une allocation mensuelle de 500 Zloty (116 euros) qui serait consacrée à la rééducation de leurs enfants, et à des équipements médicaux.

Elles soutiennent que puisque l’économie polonaise est florissante grâce au gouvernement PiS, qui injecte des milliards dans le budget grâce au renforcement du système fiscal et dépense sans compter pour la promotion du patriotisme et les bonus des ministres, il devrait y avoir assez d’argent pour leurs enfants.

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Même si les manifestantes ont rencontré le président, Andrzej Duda, et le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, leur demande n’a pas été entendue. Par conséquent, le média contrôlé par le gouvernement a commencé à s’en prendre de manière inédite aux handicapés et aux personnes qui les soutiennent, dont Wanda Traczyk-Stawska, 91 ans, vétéran de l’armée polonaise ayant participé à l’insurrection de Varsovie en 1944.

Le média les présente comme des marionnettes de l’opposition. Les responsables politiques du PiS affirment quant à eux que les mères et leurs enfants handicapés dormant sur des matelas dans les couloirs du Sejm posent un risque sanitaire et devraient être évacués de force.

Quand la manifestation a commencé, le président du Sejm, Marek Kuchciński, a annoncé la fermeture du bâtiment parlementaire. Les plus impactés par cette mesure sont les journalistes puisque seuls les détenteurs d’un badge d’entrée permanent sont autorisés à passer les portes du parlement.

Marek Kuchciński a surement pensé que moins il y avait de journalistes dans le parlement pour couvrir la manifestation mieux ce serait pour son parti. Mais les médias ne sont même plus autorisés à assister aux réunions ou délibérations des commissions. Pourtant, la constitution stipule bien que le travail du parlement doit être public.

Les experts invités aux réunions des commissions ne peuvent pas non plus entrer au Sejm, des réunions importantes ont dû être annulées et les visiteurs ne sont pas autorisés. Les visites organisées longtemps à l’avance sauf si elles ont été organisées par des députés du PiS.

Cela signifie que le Sejm n’accueillera pas le parlement des enfants et des jeunes à l’occasion de la Journée internationale des enfants (1er juin), comme il le fait chaque année.

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Aujourd’hui, le parlement polonais ressemble à une forteresse assiégée. Le bâtiment est cerné de barricades, derrière lesquelles la police se tient prête à arrêter quiconque pourrait vouloir défier l’interdiction du président du parlement.

D’autres policiers seront probablement bientôt déployés autour du Sejm parce que la garde qui protège le parlement, s’est récemment vu accorder le droit d’utiliser des armes à feu, des chevaux et des véhicules blindés.

Ce n’est pas la première fois que Marek Kuchciński impose un tel blocus. En décembre 2016, il avait décidé d’interdire aux journalistes d’accéder au Sejm et au Sénat. La protestation de l’opposition s’est transformée en un blocus d’un mois de la salle du Sejm et en de grandes manifestations devant le parlement, qui a été bouclé par la police.

Les barrières et les officiers armés équipés de canons à eau sont revenus au cours de l’été 2017 pour réprimer les manifestations contre les lois qui démantèlent l’indépendance de la justice polonaise. Il s’est avéré que la police surveillait secrètement les responsables de l’opposition. Lorsque Gazeta Wyborcza en a fait état, la police a déclaré qu’elle suivait les responsables politiques pour leur propre bien.

Depuis que Marek Kuchciński est aux commandes, les débats parlementaires ont pris une tournure scandaleuse. Le travail sur les lois clés traitant de la prise de contrôle du Tribunal constitutionnel, des médias publics ou des tribunaux ordinaires est plié en quelques jours.

Les discussions en commission sont réduites au minimum, les voix des experts et de l’opposition sont tout simplement ignorées et Marek Kuchciński impose des amendes aux députés qui contestent cette décision. Les conséquences sont déplorables.

Pouvez-vous imaginer de telles atteintes aux traditions démocratiques à la Chambre des communes, à l’Assemblée nationale, au Bundestag ou au Parlement européen ?

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