Un scandale pharmaceutique ébranle l’opposition grecque

Le plus grand scandale depuis la création de l'État grec moderne? [Shutterstock]

Des milliers de fonctionnaires et de médecins grecs sont impliqués dans un scandale pharmaceutique,  qui n’épargne pas les partis d’opposition.

Une enquête sur de potentielles pratiques illégales de l’entreprise pharmaceutique Novartis a ouvert une boîte de Pandore en Grèce, où dix gros bonnets de l’opposition ont été cités, en plus de milliers de fonctionnaires et médecins impliqués.

Le quotidien Kathimerini n’est pas encore en mesure de dire quelles accusations pèseraient sur ces dix personnalités politiques si leur immunité était levée. Ses journalistes révèlent cependant que les procureurs se penchent sur huit anciens ministres, l’ancien Premier ministre par intérim Panayiotis Pikrammenos et l’ancien Premier ministre Antonis Samaras.

Ces dix personnalités sont issues du parti conservateur Nouvelle Démocratie ou du Mouvement socialiste panhellénique (Pasok), et incluent notamment Yiannis Stournaras, gouverneur actuel de la Banque de Grèce. Tous ont réfuté les accusations et Nouvelle Démocratie accuse le gouvernement d’interférer avec l’enquête.

« J’ai été informé des derniers efforts [du Premier ministre] de me calomnier », a déclaré Antonis Samaras. « Mais la diffamation est l’arme des faibles […] les responsables de cette attaque en répondront devant la justice. »

Le nom de Dimitris Avramopoulos, commissaire européen à la migration, est également cité dans l’enquête. « J’étais ministre de la Santé entre 2006 et 2009 et durant cette période la politique pharmaceutique et la tarification des médicaments ne relevaient pas des compétences de ce ministère. Je n’ai donc pas eu, je n’aurais pas pu avoir, de lien avec cette question », a-t-il assuré.

Les pays européens se serrent les coudes sur les prix des médicaments

La Slovénie se joint à la « déclaration de La Valette », une alliance d’États membres souhaitant négocier ensemble les prix des médicaments avec l’industrie pharmaceutique. La Croatie en devient observatrice.

Ampleur inédite

Stavros Kontonis, le ministre à la Justice, a indiqué que ces pratiques illégales, d’une très large ampleur, avaient « fait exploser les dépenses annuelles étatiques sur les médicaments ».

Son second, Dimitris Papangelopoulos, a pour sa part qualifié toute l’affaire de « plus grand scandale depuis la création de l’État grec moderne ».

Des sources au sein du gouvernement assurent que le scandale Novartis a des ramifications internationales, mais que la situation de la Grèce est particulière parce que le pays était alors la référence en termes de tarification des médicaments pour 29 autres pays du monde.

L’enquête a été lancée en décembre 2016, suite à des pots-de-vin versés à des milliers de fonctionnaires et médecins pour donner à Novartis une position favorable sur le marché. Elle suit une autre enquête, lancée par les autorités étasuniennes.

Novartis a publié un communiqué indiquant être conscient des allégations des médias et souligner continuer à coopérer avec les autorités pour faire toute la lumière sur le dossier.

Les procureurs ont soumis les documents nécessaires à la Cour suprême le 6 février et le dossier sera à présent envoyé au parlement, étant donné l’implication de personnalités politiques.

Ces révélations pourraient porter un nouveau coup au vieil establishment, Pasok et Nouvelle Démocratie, qui a mené le pays à une impasse financière catastrophique.

Enquête du FBI

Les médias indiquent également que les autorités grecques et américaines coopèrent pleinement sur cette enquête et qu’une équipe de cadres du FBI et de procureurs se sont récemment rendus en Grèce.

« Il s’agit d’une affaire importante et grave, qui a des aspects économiques autant qu’éthiques, ainsi qu’une dimension internationale », a expliqué Stavros Kontonis à l’agence de presse AMNA.

« Alors que la récession et la crise économiques ont rendu l’accès aux médicaments nécessaires difficile pour de nombreuses personnes pauvres, certaines entreprises pharmaceutiques ont adopté des pratiques illégales et provocatrices, en gonflant les prix ou en favorisant certains produits, notamment via des fonctionnaires du système de santé national », a dénoncé le ministre de la Justice.

« Résultat : les dépenses pharmaceutiques grecques ont atteint des sommets ces dernières années, arrivant au double des dépenses moyennes européennes », précise-t-il, ajoutant que la réaction de l’opposition était « ridicule ».

 

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