Sigmar Gabriel tente d’entamer le dialogue avec les sympathisants de Pegida

Sigmar Gabriel, leader du SPD [blu-news.org/Flickr]

« Pegida fait clairement partie » de l’Allemagne, a déclaré Sigmar Gabriel, le vice-chancelier allemand, qui refuse de marginaliser les partisans du mouvement de droite radicale. Pour les Verts, les commentaires du vice-chancelier sont dangereux. Un article d’EURACTIV Allemagne.  

Lors du débat sur la manière de traiter avec le mouvement anti-Islam allemand, Pegida, le vice-chancelier et chef de file du parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, a mis en garde contre la marginalisation des partisans du mouvement.

« Pegida fait clairement partie » de l’Allemagne, a-t-il affirmé.« Appartenir à la droite ou au nationalisme allemand est un droit démocratique », a rappelé Sigmar Gabriel au journal Stern. « Même répandre des idioties comme la prétendue islamisation de l’Allemagne est un droit. »

En disant cela, Sigmar Gabriel a implicitement critiqué tous ceux qui, depuis des mois, appellent une rupture nette avec le mouvement anti-Islam.

Selon le chef de file du SPD, « le refus de communiquer et le dénigrement collectif ne font qu’attiser et multiplier les protestations ».

Il y a deux semaines, Sigmar Gabriel a fait une apparition inattendue lors d’une table ronde à Dresde, à laquelle assistaient des partisans et des opposants du mouvement Pegida.

Volker Beck, député des Verts, a déclaré que les commentaires du vice-chancelier étaient complètement déplacés.

« Bien sûr que les mouvements de droite ou les nationalistes allemands ont le droit d’exprimer autant d’inepties qu’ils le souhaitent, tant qu’ils n’appellent pas à l’insurrection ou à l’offensive », a déclaré Volker Beck à EURACTIV Allemagne.

Le ressentiment est un problème auquel il faut s’attaquer, plutôt que de créer des malentendus comme le fait Sigmar Gabriel, a continué le député des Verts. « Quiconque attise la haine contre des minorités ne peut pas attendre nos félicitations », a commenté Volker Beck.

Le député des Verts a reçu le soutien de son camarade de parti Özcan Mutlu. « Avec un peu de chance, le mouvement de Pegida aura bientôt disparu. @sigmargabriel devrait comprendre cela… », a tweeté Özcan Mutlu, faisant référence aux manifestations anti-Pegida qui ont eu lieu dans tout le pays.

Au sein du parti de Sigmar Gabriel, les commentaires du chef de file ne sont pas non plus acceptés par tous. Il y a deux semaines, Yasmin Fahimi, la secrétaire générale avait déclaré qu’elle « n’ouvrirait aucun dialogue avec des personnes qui attise la haine contre les immigrés, les étrangers et les dissidents ». Elle semble désormais faire marche arrière.« Il faut cesser de se quereller pour savoir qui est autorisé à parler à qui », a-t-elle récemment déclaré. Au SPD, il n’y a aucune entrave au dialogue et encore moins à l’écoute.

Des citoyens complètement tout à fait normaux

C’est dans cette optique que le SPD se rapproche de l’organisation anti-Islam malgré le débat animé au sein et en dehors du parti sur la bonne approche à adopter envers Pegida. Quant au vice-chancelier, il a une fois de plus affirmé ne pas regretter sa visite à Dresde.

« Des habitants de Dresde tout à fait normaux étaient présents pour discuter de leurs soucis quotidiens. Devrions-nous les laisser entre les mains des radicaux de droite et des populistes de Pegida ? », a-t-il souligné.

Le SPD adopte là une attitude similaire à celle du gouvernement de l’État de Saxe, qui a organisé des évènements dans la ville de Dresde dans le but d’ouvrir une plateforme de dialogue entre les citoyens et les personnalités politiques régionales comme le premier ministre de l’État, Stanislaw Tillich (Union chrétienne-démocrate). Des thèmes tels que l’asile, l’intégration et l’immigration sont les priorités lors de ces discussions.

Un tiers des partisans de Pegida sont des xénophobes et des nationalistes de droite

Selon une récente étude réalisée par le politologue Werner Patzelt, les partisans de Pegida sont loin d’être des citoyens normaux. Selon son étude, un tiers d’entre eux sont des nationalistes de droite et des xénophobes.

Les commentaires du premier ministre de Saxe, Stanislaw Tillich, ont suscité de vives réactions. Il a récemment contredit la chancelière Angela Merkel lorsqu’elle a affirmé que l’Islam faisait partie intégrante de l’Allemagne.Stanislaw Tillich, qui vient de l’Union chrétienne-démocrate d’Angela Merkel (UCD) a déclaré qu’il ne partageait pas son point de vue.

Les Musulmans sont les bienvenus en Allemagne, a-t-il affirmé, et ils peuvent pratiquer leur religion. « Mais cela ne veut pas dire que l’Islam fait partie intégrante de l’Allemagne », a continué le premier ministre de Saxe.

De telles positions rappellent les propos xénophobes des populistes français du Front National qui veulent mettre un terme à l’immigration dans le pays. Avec ses discours d’exclusion sociale et de contrôle aux frontières, Marine Le Pen, la présidente du FN a obtenu 25 % des votes lors des élections européennes de 2014.

>> Lire : Le Front National poursuit le regroupement des populistes européens

Les signes de dissolution de Pegida ne sont pas rassurants

À première vue, la situation allemande semble différente. Certains signes indiquent que le mouvement Pegida pourrait bientôt disparaître. Suite à la démission du chef de file et co-fondateur de Pegida, Lutz Bachmann, et de la porte-parole, Kathrin Oertel, ainsi que de la moitié des dirigeants du mouvement il y a quelques jours, les derniers représentants de Pegida se désunissent et le nombre de partisans diminue doucement.

Pour Volker Beck, ce n’est pourtant pas forcément une bonne nouvelle. « Tout mouvement qui exprime du ressentiment s’essouffle à un moment donné », a-t-il constaté. Mais même si Pegida disparait bientôt, ce problème de ressentiment, lui, est toujours présent, a rappelé Volker Beck.

Le mouvement a montré qu’à notre époque, nous devons encore défendre des sujets comme l’immigration, la religion et la liberté de la presse, a souligné le député des Verts. La colère des partisans de Pegida a un potentiel dangereux, qui s’illustre aussi par l’intérêt porté à l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne, un parti populiste et eurosceptique de de droite,

>> Lire : L’AfD et les islamophobes de Pegida entament un rapprochement en Allemagne

« L’AfD attire les tendances dangereuses, des partisans de la droite traditionnelle à ceux de l’extrême droite », a expliqué Volker Beck, Ces tendances doivent être renversées, estime-t-il, grâce aux arguments des dirigeants politiques, à des discussions, des forums et des manifestations.

Depuis plusieurs semaines, les Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident, Pegida, selon l'acronyme allemand, manifestent contre l'« infiltration étrangère » de la société allemande causée par l'Islam.

Le mouvement fait également campagne contre les demandeurs d'asile, les politiques allemandes et européennes vis-à-vis de la Russie et les médias.

La plus grande manifestation organisée par Pegida a rassemblé 18 000 participants et s'est déroulée à Dresde à la fin du mois de décembre.

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