L’inquiétude monte au Parlement européen sur les droits des femmes en Pologne

Varsovie tente de se débarrasser de la pilule du lendemain. [MeddyGarnet/Flickr]

Des eurodéputés socialistes ont dénoncé les dernières tentatives de Varsovie de réduire l’accès à la contraception et accuse le gouvernement polonais d’« attaquer les femmes ».

La semaine dernière, le parti au pouvoir en Pologne, le très catholique PiS, a adopté un projet de loi qui réduirait drastiquement l’accès à la pilule du lendemain. Cette proposition intervient dans un contexte encore tendu, puisque l’automne dernier, le gouvernement a été forcé de faire marche arrière sur une loi contre l’avortement, déjà très limité dans le pays.

Pilule du lendemain

Les mesures du nouveau projet de loi retarderaient l’accès à la fameuse pilule du lendemain, ce qui la rendrait inefficace puisque, comme son nom l’indique, elle doit être prise dans les heures suivant le rapport non protégé. Cette contraception d’urgence n’a été rendue largement disponible en Pologne qu’en 2015, grâce aux lois européennes, par le gouvernement précédent, dirigé par la Plateforme civique.

Le groupe des socialistes et démocrates (S&D) du Parlement européen a dénoncé le projet de loi, qui représente pour ses membres une véritable attaque des droits reproductifs des femmes, typique du gouvernement en place.

>> Lire : Les Polonaises manifestent pour défendre le droit à l’avortement

« Nous sommes aujourd’hui à nouveau solidaires des femmes polonaises face à la proposition du gouvernement de réduire drastiquement l’accès à la contraception orale et à la pilule du lendemain, qui est en vente libre », a déclaré Iratxe Garcia Perez, porte-parole du S&D sur les questions de droits des femmes et d’égalité des genres. « Nous appelons le gouvernement polonais à supprimer cette proposition, qui est non seulement dangereuse pour la santé des femmes, mais qui va aussi à l’encontre de leur choix. »

Une autre porte-parole du S&D a accusé le gouvernement d’« hypocrisie » et s’interroge sur sa logique : « d’un côté [le gouvernement] veut réduire le nombre d’avortements, mais, de l’autre, il limite l’accès à la pilule contraceptive, qui permet de réduire le nombre de grossesses non désirées, et donc d’éviter les avortements ».

Le parti Droit et justice (PiS), habitué du pouvoir, a reconquis la majorité en 2015, avec 216 sièges au parlement. Socialement très conservateur, le parti a des liens étroits avec l’Église catholique, et cartonne surtout dans l’est du pays.

Le PiS défend donc une ligne « pro-famille » (entendez anti-avortement, anti-mariage homosexuel, etc.) très dure. Quand il était maire de Varsovie, Lech Kaczyński avait ainsi interdit la gay pride.

Droit à l’avortement restrictif

Tout comme l’Irlande et Malte, la Pologne applique des règles très strictes concernant l’avortement, qui n’est autorisé que dans les cas de viol, d’inceste ou de risque vital pour la santé de la mère.

En octobre 2016, une pétition citoyenne appelant à l’interdiction totale de l’avortement, ainsi qu’à une peine de prison pour la mère et des sanctions pour les médecins, a réuni près de 450 000 signatures. La seule exception autorisée aurait été en cas de risque vital pour la mère.

>> Lire : La Pologne recule sur la suppression de l’avortement après les manifestations

S’il ne s’agissait pas d’une initiative du gouvernement, de nombreuses personnalités du PiS ont soutenu la pétition. Elles ont toutefois été forcées de faire marche arrière après la mobilisation citoyenne, qui a notamment réuni environ 100 000 manifestantes le 3 octobre. Nombre d’entre elles avaient adopté le symbole fort du cintre, utilisé pour réaliser des avortements illégaux et très dangereux.

Les tentatives polonaises d’entraver la contraception et l’avortement, ajoutées à la décision de l’administration Trump de priver d’aide américaine toute association faisant la promotion de l’IVG dans le cadre du planning familial, ont poussé les eurodéputés du S&D à demander au Conseil des ministres de soutenir davantage le droit des femmes à disposer librement de leur corps.

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À l’approche de la 61e commission de la condition de la femme, de l’ONU, la résolution du S&D appelle les gouvernements des États membres à insister sur la nécessité de promouvoir l’accès à l’éducation et aux soins de santé, ainsi que la lutte contre les violences sexistes.

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