Les Polonais jugent le recours à l’article 7 injustifié

[EPA/CLEMENS BILAN]

Près de la moitié des citoyens polonais estiment que Bruxelles a activé l’article 7 contre leur pays car elle n’apprécie pas les dirigeants actuels à Varsovie. Un article d’Euractiv Pologne.

Selon un sondage réalisé en janvier par le Centre polonais de recherche sur l’opinion publique (CBOS), 43 % des Polonais pensent que « l’option nucléaire » lancée contre la Pologne est injustifiée, alors que 38 % pensent le contraire.

Environ la moitié (46 %) estime que la décision de la Commission est motivée par son antipathie envers l’actuel gouvernement.

Depuis que la procédure de l’article 7 sur la situation de l’état de droit en Pologne a été initiée, les responsables du gouvernement polonais affirment qu’elle est infondée.

La Commission dégaine l'arme nucléaire contre la Pologne

L’exécutif européen a activé l’article 7 du traité de Lisbonne contre la Pologne, suite à « un risque d’infraction grave à l’état de droit ».

Le président Andrzej Duda a déclaré le 29 janvier qu’il était « en total désaccord » avec la Commission. « Je pense que nous sommes soumis à un traitement très injuste », a-t-il déclaré lors d’une interview avec la chaine de télévision polonaise, TVP.

Les autorités polonaises, a expliqué le président, n’ont fait qu’apporter des changements au système judiciaire, déjà en vigueur dans d’autres pays de l’UE, mais seule la Pologne est accusée de violer la démocratie.

« Prenons en compte la véritable image de notre pays : nous avons la liberté d’association, tout le monde peut manifester, il n’y a pas de problème lié à la liberté de la presse », a rappelé Andrzej Duda.

Le Premier ministre, Mateusz Morawiecki, qui a pris ses fonctions en décembre, insiste aussi sur le fait que le déclenchement de l’article 7 est infondé et que le pays a le droit de mettre en place des réformes.

Opinion polonaise divisée

Le sondage du CBOS montre par ailleurs que pour 45 % des répondants, cette forme de pression exercée sur les autorités polonaises est inacceptable. Pour 34 %, c’est acceptable, et 21 % des personnes interrogées n’ont pas d’avis sur le sujet.

Les chercheurs soulignent que les Polonais sont aussi divisés lorsqu’il s’agit de savoir si le pays devrait tenir compte des recommandations de la Commission et abandonner certaines modifications faites au système judiciaire. Ainsi, 44 % des répondants estiment que la Pologne devrait répondre aux attentes de la Commission alors que 41 % pensent le contraire.

Les Polonais ne craignent pas les sanctions

Selon l’enquête, les Polonais ne craignent pas que la situation actuelle débouche sur des sanctions. Même si plus de la moitié des personnes interrogées (51 %) considèrent que des sanctions sont envisageables, la majorité est convaincue que le Conseil n’obtiendra pas l’unanimité nécessaire pour approuver les sanctions.

Sur ce point, 28 % des Polonais interrogés pensent qu’au moins un pays se rangerait du côté de la Pologne, et 35 % assurent que plus d’un pays prendraient leur défense – comptant sur la solidarité des anciens pays communistes comme la Hongrie (77 %), la République tchèque (22 %), la Slovaquie (16 %), la Bulgarie (14 %), la Lituanie (8 %), et même sur l’Allemagne pour certains (7 %).

Quoi qu’il en soit, un total de 87 % de répondants (contre 85 % lors du sondage précédent) reste favorable à la présence de la Pologne dans l’UE, et seulement 10 % s’y opposent. Le sondage a été réalisé du 9 au 17 janvier sur un échantillon de 951 Polonais.

Contre la Pologne, la Commission choisira-t-elle l’«option nucléaire»?

La Commission européenne doit décider de la manière dont elle gérera la réforme judiciaire polonaise, qui enfreint les principes d’état de droit et menace l’indépendance de la justice.

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