La Première ministre polonaise écarte tout «Polexit»

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« La Pologne appartient à l’UE et l’UE appartient à la Pologne », a déclaré la Première ministre Beata Szydło alors que l’Union européenne envisage le lancement d’une procédure d’infraction sans précédent contre Varsovie. Un article d’Euractiv Pologne.

« Il n’y aura pas de Polexit », a assuré Beata Szydło dans son discours lors du 15ème forum sur la politique étrangère à Varsovie la semaine dernière (9 novembre).

« Nous avons annoncé que nous ferions de notre pays un pays plus sûr, que nous poursuivrions les intérêts de la Pologne dans l’UE, que la force de la politique étrangère polonaise serait d’adopter une position solide dans la coopération régionale, qui reflète les attentes et les ambitions des citoyens de Pologne. Nous tenons bien ces promesses », a-t-elle poursuivi.

Les commentaires de la Première ministre surviennent alors que le Parlement européen s’apprête à débattre le 15 novembre d’une résolution appelant l’UE à engager une procédure d’infraction sans précédent contre le pays pour violation de l’État de droit.

Selon les eurodéputés, Varsovie n’a pas su dissiper les inquiétudes quant à la division des pouvoirs et à l’indépendance du pouvoir judiciaire en Pologne. Ils enjoignent au président Andrzej Duda de ne pas ratifier les lois réformant le système juridique du pays tant que l’indépendance totale du judiciaire n’est pas garantie.

L'UE se concerte pour sortir de l'impasse en Pologne

La Commission européenne jauge le soutien dont elle dispose au sein de l’UE dans son bras de fer avec le gouvernement polonais, qui refuse de modifier ses réformes judiciaires controversées malgré la menace de sanctions sans précédent.

« Notre assurance en irrite certains »

Dans son discours, la Première ministre n’a pas vraiment cherché à apaiser les tensions, mais a plutôt affirmé que les positions de la Pologne étaient « écrasées » par les plus grands pays de l’UE.

« Nous écouterons attentivement les voix des États membres de petite et moyenne taille. Nous connaissons bien les défis auxquels ils font face. Nous savons que les couples européens, les trios ou les quatuors font toujours pression sur les pays qui agissent seuls », a-t-il commenté.

La cheffe du gouvernement polonais a insisté sur le fait qu’aujourd’hui, tout pays réfléchissant à l’avenir du continent devait s’engager dans un dialogue avec les pays d’Europe centrale. Les initiatives entreprises au sein du groupe de Visegrád, de Visegrád Plus, de l’Initiative des Trois mers ou de Bucarest 9 font d’eux des participants clés dans le processus politique européen.

« Parfois, notre assurance en irrite certains et est écrasée. Rien d’étonnant donc à ce que nous soyons efficaces pour réformer la scène politique européenne, alors que d’autres essayent de défendre leurs intérêts en maintenant le statu quo », a indiqué Beata Szydło.

La politique étrangère polonaise jouit d’une grande autorité internationale, a-t-elle déclaré rappelant le fait que la Pologne a obtenu un siège de membre non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU avec un soutien sans précédent de 190 votes, et deux abstentions.

Timmermans se dit ouvert au dialogue face à la Pologne

Le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, a discuté de l’État de droit en Pologne avec des membres de la commission LIBE du Parlement européen. Un article d’Euractiv Pologne.

Économie et souveraineté avant tout

Une économie de communauté solide, compétitive et innovante est clé pour la Pologne, souligne Beata Szydło. Elle estime toutefois que de nouvelles taxes européennes ne répareront pas l’Union, puisque le commerce, l’environnement et le climat ne seront que des moyens de financer des institutions toujours plus centralisées.

« L’UE doit être une région tournée vers le développement économique. Nous devons donc résister ensemble à la volonté de certains d’accroître la polarisation du développement. »

Beata Szydło s’est également exprimée sur le rapport de l’UE avec la souveraineté. « Dans certains cas, les plus forts ont imposé leur opinion aux plus faibles », a-t-elle rappelé. « Voilà pourquoi nous défendons une Europe basée sur les principes d’égalité, de liberté, un Europe pour les citoyens, une Europe plus proche de leurs besoins. »

Elle a également souligné le fait que le gouvernement polonais était en faveur d’une communauté dans laquelle les traditions chrétiennes « ne sont pas sujettes à une censure idéologique », et où les chrétiens ne sont pas mal à l’aise ou honteux de leur croyance ou tradition.

Selon elle, l’UE ne peut tirer sa force que de la souveraineté des États européens et des mandats démocratiques renouvelés à chaque élection. Réduire le rôle des parlements nationaux sera la prescription à une autre crise de l’intégration.

La Première ministre polonaise estime par ailleurs que le référendum sur le Brexit est la démonstration la plus frappante d’un phénomène eurosceptique dans plusieurs États membres.

L’inquiétant retour du nationalisme sans frein en Pologne

Des slogans fascistes ont été scandés samedi 11 novembre en marge d’une manifestation à Varsovie. La radicalisation du régime polonais est pointée du doigt. Un article de notre partenaire Ouest France.

Enfin, la Pologne se réjouit de l’avancée sécuritaire faite l’année dernière lors du sommet de l’OTAN, où la décision avait été prise de renforcer la présence militaire sur le flanc est de l’Alliance, sur le territoire polonais.

« Le rêve de plusieurs générations de Polonais devient réalité : pour la première fois dans notre histoire récente, notre sécurité se base non seulement sur les garanties du traité, mais aussi sur la force réelle de nos forces armées, de nos alliés et de notre partenariat avec eux. Cela n’aurait été possible sans un retour positif des relations avec les États-Unis », a-t-elle déclaré. Selon elle, il n’y a pas d’alternative aux garanties sécuritaires offertes par l’adhésion à l’OTAN.