Un eurodéputé allemand s’oppose à la libéralisation du régime des visas avec l’Ukraine

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En signe du renforcement de la position allemande sur l’Ukraine, un influent eurodéputé proche de la chancelière Angela Merkel s’est opposé à l’initiative de la Commission pour un accord avec le pays visant à faciliter la délivrance de visas.

L'eurodéputé Elmar Brok, président de la commission des affaires étrangères et membre du parti CDU d'Angela Merkel, a déclaré que la Commission européenne devrait annuler son projet de facilitation de la délivrance de visas avec l'Ukraine, au moins jusqu'aux élections du 28 octobre prochain.

M. Brok a expliqué dans un communiqué publié hier (2 juillet) que la conclusion d'un tel accord avec l'Ukraine « serait la mauvaise voie à suivre ». « La politique de l'UE vis-vis de l'Ukraine devrait être ferme, cohérente, et continuer à insister sur des engagements clairs de la part des autorités ukrainiennes en faveur des valeurs démocratiques et de l'État de droit. »

Le Parlement européen est réellement préoccupé par l'État de droit et les cas avérés de justice sélective et de persécution politique en Ukraine, a souligné M. Brok.

Sans nommer Ioulia Timochenko (voir « Contexte »), ancienne première ministre ukrainienne aujourd'hui incarcérée, M. Brok a expliqué que tout engagement avec les autorités ukrainiennes actuelles ne devait pas récompenser le gouvernement avant les élections législatives à l'automne prochain.

Il a ajouté que toute initiative devrait d'ailleurs dépendre des conclusions d'un rapport rédigé par des représentants du Parlement européen en Ukraine, l'ancien président du Parlement Pat Cox et l'ancien président polonais Aleksander Kwasniewski. Les deux éminents hommes politiques ont été nommés le mois dernier comme observateurs des procédures d'appel de Mme Timochenko, qui ont commencé le 26 juin.

Le Parlement ne semble toutefois pas uni derrière les propos de M. Brok. Le chef de la délégation parlementaire pour les relations avec l'Ukraine, l’eurodéputé polonais Pawe? Kowal (groupe des Conservateurs et Réformistes européens), a appelé la Commission et le Conseil à signer l'accord de facilitation de la délivrance de visas avec l'Ukraine « sans délai ». Le groupe des Socialistes & Démocrates préfère également poursuivre un « programme positif » avec l'Ukraine, notamment via la facilitation de la délivrance des visas.

De nombreux eurodéputés du paysage politique pensent également que les citoyens ukrainiens ne devraient pas payer les frais de la mauvaise gestion de leur gouvernement dans des affaires comme celle qui implique Mme Timochenko.

L'UE a déjà conclu des accords de facilitation de la délivrance de visas avec la Russie, l'Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Conformément à ces accords, certaines catégories de citoyens peuvent bénéficier de procédures simplifiées pour l'obtention des visas.

Un dialogue en vue de la libéralisation du régime des visas a été ouvert avec l’Ukraine le 29 octobre 2008. Un plan d'action pour la libéralisation du régime des visas a ensuite été présenté à l'Ukraine lors du sommet UE-Ukraine du 22 novembre 2010. Le second rapport d'étape sur ce plan d'action a récemment été adopté.

La facilitation de la délivrance de visas ne doit pas être confondue avec la levée de l'obligation de visa, qui ne pourrait être décidée que bien plus tard (voir le LinksDossier d'EURACTIV « Régime sans visa : une nouvelle frontière à l’Est de l’UE ? »).

L'Union européenne s'est dite « déçue » de la condamnation à sept ans de prison de l'ancienne première ministre ukrainienne Ioulia Timochenko suite à des accusations d'abus de pouvoir liées à des accords gaziers signés avec la Russie en 2009.

Ce procès était « politiquement motivé » et n'a pas respecté les normes internationales, a affirmé l'UE, ajoutant que cela se reflèterait dans la politique de l'Union envers l'Ukraine.

Le sommet UE-Ukraine de décembre 2011 n'a pas abouti à la signature d'un accord d'association, notamment en raison de l'emprisonnement de l'ancienne première ministre.

Le 30 mars dernier, le document a été paraphé, mais il ne sera mis en oeuvre que lorsque l'Ukraine aura revu son système de « justice sélective » et pas avant que les élections législatives n'aient eu lieu le 28 octobre 2012. 

 

 

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