Une affaire de corruption fragilise la mission de l’UE au Kosovo

EULEX Kosovo, ma mission de l'UE au Kosovo [European Commission]

Au moins deux fonctionnaires de la  mission de l’Union européenne au Kosovo, censée contribuer au développement du système judiciaire du pays, auraient abandonné des poursuites en échange de pots-de-vin.

La mission de l’UE au Kosovo, EULEX, est actuellement la plus importante et la plus chère des missions européennes. Mais selon un quotidien kosovar, des malversations se seraient déroulé au sein-même de la mission.

Au moins deux fonctionnaires feraient l’objet d’enquêtes sur trois affaires dans lesquelles ils auraient renoncé à poursuivre des personnes, en échange de pots-de-vin, selon les informations de Koha Ditore, le principal quotidien kosovar, qui cite des documents fuités. Il s’agirait d’affaires de meurtres et de corruption impliquant certains représentants de l’États. Un juge et un procureur d’EULEX seraient concernés par les investigations, selon Koha Ditore.

Bien qu’il ait décliné de commenter les allégations spécifiques à propos de certains membres de la mission, le responsable d’EULEX, Gabriele Meucci, a confirmé qu’une enquête pénale avait été ouverte en 2013. Il a ajouté que l’UE avait accepté de lever l’immunité d’une personne.

Au Kosovo, les commentaires vont bon train et l’on parle à présent d’une histoire étouffée, surtout depuis que la procureure britannique Maria Bamieh a été suspendue et s’est présentée à la presse locale comme une lanceuse d’alerte. À nouveau, Gabriele Meucci a confirmé la suspension de la procureure, mais n’a pas donné d’explication.

« Nous méritons votre confiance, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse. Les allégations de corruption font l’objet d’enquêtes minutieuses… Quand nous entendons parler de quelque chose qui n’irait pas, nous agissons, nous ne restons pas là à attendre et à regarder ce qu’il se passe. »

Le personnel de la mission compte 1 600 personnes gérant des affaires délicates liées au crime organisé, à la corruption et aux crimes de guerre et considérées trop complexes ou trop politiques que pour être gérées par les procureurs et juges locaux.

EULEX permet également la formation des fonctionnaires de la justice dans l’esprit de la création d’un système judiciaire indépendant et professionnel, affranchi des pressions politiques auxquelles le pays est toujours soumis.

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Le Kosovo a fait sécession de la Serbie le 17 février 2008, soit neuf ans après la fin de la guerre de 1998-1999 entre les forces de sécurité de Belgrade et la guérilla de l’ethnie albanaise. Le Kosovo a ensuite été placé sous un protectorat international assuré par les soldats de maintien de la paix de l’OTAN.

Depuis un an, cette république de deux millions d'habitants (dont 90 % sont d'ethnie albanaise) a mis en place de nombreux éléments essentiels à l'existence d'un État, dont une nouvelle constitution.

Plus de 100 pays ont reconnu le Kosovo, parmi lesquels les États-Unis et la plupart des pays de l'UE. La Serbie, soutenue par la Russie, reste vivement opposée à l'indépendance de la nation.

En février 2008, l'UE a décidé de mettre en place EULEX Kosovo, une mission « État de droit » au Kosovo. Le lancement de cette mission a un fondement hautement politique, puisque l'UE souhaitait prendre la relève de la gestion de l'après-crise sur ce territoire du continent européen. Le but de la mission est d'aider et de soutenir les autorités kosovares dans l'établissement d'un État de droit, notamment en ce qui concerne la police, le système judiciaire et les douanes.

Avec l'appui de la Russie, la Serbie s'était initialement opposée à la mission EULEX et insistait pour que l'après-crise continue de relever d'UNMIK, la mission civile en place dans la province serbe depuis l'adoption de la résolution 1244 de l'ONU en juin 1999. UNMIK reconnait l'intégrité de la Serbie.

L'objectif initial d'EULEX était de prendre le relais de la mission d'UNMIK. Suite aux pressions exercées par la Serbie, l'UE s'est toutefois mise à utiliser a formule de « reconfiguration » de l'UNMIK au lieu de « remplacement ».

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