La « peur » reste le principal obstacle au dépôt de plainte pour les victimes de crimes haineux

La ministre de la Justice portugaise, Francisca Van Dunem, a souligné la nécessité de « donner à ces personnes les moyens de gagner en confiance et de leur exprimer la position de l’État comme son devoir de les soutenir dans ce contexte ». [EPA-EFE/ANTONIO PEDRO SANTOS]

La ministre portugaise de la justice a déclaré que la principale difficulté pour les adultes vulnérables victimes de crimes haineux ou de violence sexiste en Europe réside dans le dépôt d’une plainte auprès des instances officielles, la « peur » étant le principal obstacle à surmonter.

La ministre de la Justice, Francisca Van Dunem, qui s’adressait aux journalistes après une conférence de haut niveau sur « La protection des adultes en Europe – La voie à suivre », mardi 30 mars, a noté que les principales difficultés se situent « dès le début, au moment où ils portent plainte ou non », a-t-elle déclaré.

Ces victimes appartiennent souvent à des groupes minoritaires et « ont l’impression que les instances officielles ne sont pas disponibles ou n’ont pas la capacité de recevoir leurs plaintes », a déclaré la ministre.

Dans ce sens, « le premier grand obstacle à surmonter est la peur », a-t-elle dit, soulignant la nécessité de « donner à ces personnes les moyens de gagner en confiance et de leur exprimer la position de l’État comme son devoir de les soutenir dans ce contexte ».

En ce qui concerne la participation des victimes aux procès, notamment l’accompagnement du processus pénal et l’aide à la participation des preuves, la question de la peur se pose à nouveau ainsi que la condition de la personne dans le pays où elle dépose sa plainte.

« Parfois, [les victimes] sont en situation irrégulière et ont peur que, lorsqu’elles s’adressent aux instances formelles de contrôle, elles soient interpellées sur la légalité de leur séjour et éventuellement expulsées », a-t-elle expliqué.

La ministre a également déclaré que ces victimes « ont peur des forces qui se cachent derrière les discours de haine », ce qui les rend « très effrayées ».

C’est là, selon Mme Van Dunem, que les structures de la société civile et les organisations non gouvernementales, ainsi que les États, jouent un rôle essentiel.

« Donner du pouvoir aux victimes, leur faire comprendre qu’elles n’ont pas à être victimes pour des raisons discriminatoires et les aider au niveau du processus pénal et de la reconstitution interne qui doit parfois être faite » dans le contexte des crimes de haine, qui sont particulièrement violents et qui écrasent pratiquement les victimes.

M. Van Dunem s’exprimait à l’issue d’une conférence de haut niveau qui a réuni des experts, des gouvernements et des institutions pour évaluer l’état actuel de la protection des adultes vulnérables – personnes âgées, personnes handicapées et victimes de crimes haineux ou de violence sexiste – dans l’Union européenne (UE).

En ouvrant la conférence, la ministre a plaidé en faveur d’un cadre juridique européen commun qui permettrait un plein accès à la justice, une protection efficace et le plein exercice des droits des adultes vulnérables.

La question, a-t-elle souligné, concerne tous les États membres et ne peut être traitée de manière adéquate au niveau strictement national, car il existe encore des disparités entre les lois des États membres en matière de compétence, de droit applicable, de reconnaissance et d’exécution des mesures de protection.

Le commissaire européen à la justice et aux consommateurs, Didier Reynders, également présent à la conférence, a appelé à un soutien spécifiquement adapté aux besoins des victimes.

« L’UE ne peut se prétendre gardienne de l’État de droit si elle laisse sans soutien les adultes vulnérables, qu’ils soient victimes, suspects ou accusés dans une procédure civile ou pénale. Ils ont exactement le même droit à la justice que n’importe qui d’autre, et il appartient aux États membres de veiller à ce qu’il en soit ainsi en pratique dans les affaires transfrontalières », a-t-il déclaré.

Le ministère portugais de la justice a organisé la conférence, ainsi que la Commission européenne et l’Agence européenne des droits fondamentaux, dans le cadre de la présidence portugaise du Conseil de l’UE.

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