Le juge espagnol Manuel García Castellón a demandé mardi (21 novembre) à la Cour suprême d’ouvrir une enquête sur l’ancien président catalan Carles Puigdemont, chef du parti séparatiste Ensemble pour la Catalogne (JxCat), en lien avec le blocage de l’aéroport de Barcelone en 2017.
Le juge a également demandé l’ouverture d’une enquête sur la dirigeante de la formation indépendantiste catalane Gauche républicaine de Catalogne (ERC), Marta Rovira, et sur dix autres politiciens séparatistes pour des délits de terrorisme présumés lors du référendum catalan – qualifié par Madrid de « tentative de sécession » – de 2017.
Le juge affirme que M. Puigdemont et Mme Rovira auraient été responsables des actions menées le 14 octobre 2017 à l’aéroport El Prat de Barcelone, lorsque des centaines de manifestants séparatistes ont bloqué le trafic aérien.
Les manifestants avaient provoqué l’annulation de plus de 1 000 vols en signe de protestation contre un arrêt de la Cour suprême rendu cette année-là, qui condamnait 12 dirigeants indépendantistes à des peines de prison allant jusqu’à 13 ans, dont l’actuel président de l’ERC, Oriol Junqueras, avec lequel le parti socialiste de Pedro Sánchez (Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE) a également négocié la loi d’amnistie il y a tout juste une semaine.
M. Puigdemont a estimé mardi que la décision de M. García Castellón était dictée par « un agenda politique » et par le système judiciaire espagnol qui « voit des rebelles [catalans] là où il n’y en a pas ».
« Cela fait six ans que nous sommes dans cette situation. Ils [les juges] sont très prévisibles. Ils voient des rebelles là où il n’y en a pas, ils voient des traîtres là où il n’y en a pas, et ils voient des terroristes là où il n’y en a pas. Telle est la situation de la justice en Espagne, qui est l’une des pires de l’Union européenne », a-t-il affirmé dans les colonnes d’EFE.
La décision du juge intervient à un moment particulièrement délicat pour M. Sánchez, qui a réussi à revenir au pouvoir grâce au soutien des séparatistes catalans en échange de l’approbation d’une loi d’amnistie pour les personnes impliquées dans les événements de 2017.
Les « preuves » de la responsabilité de M. Puigdemont
M. García Castellón explique que la gravité des faits et leur complexité permettent de les qualifier d’infractions diverses qui s’inscriraient dans des actions de « terrorisme » au sens envisagé par le droit de l’Union européenne.
Le juge rappelle son message au tribunal suprême selon laquelle le blocage de l’aéroport de Barcelone est une action illégale, car il n’y a pas de preuve d’un appel légal à organiser une manifestation. Il rappelle également qu’il est impossible d’autoriser des manifestations dans une installation critique telle qu’un aéroport.
Selon le magistrat, cette action de protestation est couverte par le Code pénal espagnol en raison des dommages matériels causés, des personnes blessées, du danger pour les personnes présentes à l’aéroport dans ces moments de tension et du blocage important du trafic aérien.
Dans son récit des faits, M. García Castellón rappelle que les manifestants séparatistes sont entrés dans la zone d’embarquement, ont réussi à s’asseoir devant les portes d’accès aux avions, empêchant les passagers d’entrer, et ont bloqué la tour de contrôle de l’aéroport.
Par leur action, a-t-il ajouté, ils ont mis en danger la sécurité de l’aéroport et du trafic aérien national et international, a rapporté la radio catalane RAC-1.
Le magistrat a déclaré qu’il existait des preuves permettant de conclure à la participation de M. Puigdemont à la conception et à la planification des actions violentes qui ont eu lieu lors de l’occupation de l’aéroport.


