Le Danemark vote l’interdiction de brûler des textes religieux dans les espaces publics

Après qu’une série de Corans brûlés en Suède et au Danemark a suscité des réactions vives et parfois violentes de la part des communautés musulmanes en Suède et à l’étranger, le gouvernement danois a décidé d’étudier la proposition d’une telle mesure d’interdiction. [EPA-EFE/MADS CLAUS RASMUSSEN DENMARK OUT]

Les partis danois de gouvernement, alliance des sociaux-démocrates (Alliance progressiste des socialistes et démocrates/S&D), des libéraux (Renew Europe) et des modérés (Renew Europe), ont voté jeudi (7 décembre) en faveur d’un projet de loi controversé qui qualifie d’infraction pénale le fait de porter atteinte à des textes religieux importants, tels que le Coran ou la Bible.

Après qu’une série de Corans brûlés en Suède et au Danemark a suscité des réactions vives et parfois violentes de la part des communautés musulmanes en Suède et à l’étranger, le gouvernement danois a décidé d’étudier la proposition d’une mesure d’interdiction.

« Je comprends que pour beaucoup de gens, il s’agit d’une question de principe. Il a fallu trouver un équilibre difficile », a déclaré le ministre de la Justice, Peter Hummelgaard, à la Radio danoise.

Les mises à feu répétées de textes du Coran au cours de l’été en Suède auraient contribué à retarder la ratification par la Turquie de la candidature de la Suède à l’OTAN et provoqué des attaques répétées contre les ambassades suédoises, notamment en Irak, où celle-ci a été violemment prise d’assaut par une foule en colère.

« Lorsqu’il faut choisir entre la sécurité du Danemark et le droit de quelques individus à mettre délibérément et de façon répétée le feu à des choses qui signifient beaucoup pour beaucoup d’autres et à provoquer des réactions violentes, nous choisissons la sécurité du Danemark », a déclaré M. Hummelgaard dans son discours devant le Folketing, le parlement danois.

L’opposante Inger Støjberg, cheffe du parti conservateur (Démocrates danois), n’était pas favorable à la nouvelle loi.

« Imaginez que les Suédois défendent fermement les droits de la liberté, tandis que le gouvernement danois cède au veto des hommes violents », a-t-elle déclaré, rappelant qu’en dépit des troubles qu’a connus la Suède après les brûlages de livres du Coran, de tels actes sont toujours protégés par le principe de la liberté d’expression.

Lorsque le gouvernement danois a présenté le projet de loi en août, il a été fortement critiqué pour son interprétation large de ce qui est considéré comme sacré, notamment les symboles religieux. Le monde de l’art et les médias lui ont également reproché de restreindre la liberté d’expression des Danois.

Depuis, le gouvernement a révisé sa version du texte pour préciser qu’elle s’applique aux écrits sacrés des religions reconnues au Danemark et que la sanction proposée consiste en une amende ou une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans.

De nombreuses indications laissaient penser que le projet de loi serait adopté avant le vote, mais selon la presse danoise, un nombre important de députés danois, y compris des partis de la coalition au pouvoir, n’auraient pas voté en sa faveur s’ils n’avaient pas été tenus de suivre les consignes de leurs partis.

Le gouvernement danois a affirmé que le projet de loi était présenté pour protéger la sécurité du pays, mais certaines critiques affirment que la proposition a été mise sur la table parce que le gouvernement danois souhaite obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies en 2025-2026, ce qui nécessite le vote d’un certain nombre de pays musulmans.

Corans brûlés : la Suède cherche à rétablir la confiance avec les pays musulmans

Le ministre suédois des Affaires étrangères, Tobias Billström, a annoncé jeudi l’organisation de rencontres en Arabie saoudite, à Oman et en Algérie afin de rétablir la confiance après de multiples brûlages de Coran cette année.

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