« La contrebande de tabac a couté 11,3 milliards d’euros aux États membres »

Tomáš Zdechovský [European Parliament]

L’Union européenne et ses États membres devraient pousser la Biélorussie, principal exportateur de tabac illégal, à lutter contre la contrebande la menacer de sanctions le cas échéant, estime un eurodéputé tchèque.

Tomáš Zdechovský est un eurodéputé tchèque du Parti populaire européen (PPE).

Plusieurs enquêtes indiquent que le commerce de tabac de contrebande a augmenté dans l’UE ces dernières années. Quelles sont les conséquences de cette augmentation ?

Le commerce illégal de tabac a de nombreuses conséquences. On estime que les gouvernements de l’UE ont perdu 11,3 milliards d’euros de revenus en 2015 à cause de cela, et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

Cette contrebande affecte donc de manière importante la vente légale de tabac et les économies nationales. Les États, particulièrement ceux qui partagent une frontière avec la Biélorussie, et les entreprises y perdent beaucoup d’argent. Il ne serait prudent de ne pas s’attaquer au problème.

En Biélorussie, la production de tabac est énorme, et elle est soutenue par le marché noir en Pologne, en Lettonie, en Slovaquie, en Hongrie, en Roumanie et en République tchèque. Il s’agit de produits peu chers, de mauvaise qualité et exportés illégalement, apparemment sans paiement des taxes. Ils sont produits de manière légale sous un régime d’impôts très bas, puis exportés illégalement.

L’absence d’une lutte efficace contre la contrebande de tabac peut-elle être attribuée à une coopération peu développée entre les États membres, qu’il s’agisse des douanes ou des services de renseignement ?

C’est possible. La coopération entre les États membres européens et leurs services de renseignement est en effet une condition essentielle à la résolution de problèmes hors de nos frontières. Pour moi, il s’agit cependant davantage de la coopération entre les services policiers des frontières. Il existe des équipes luttant contre les fraudes et le crime financier, mais ils ne sont pas assez financés.

En outre, il y a très peu d’échange d’information entre la Slovaquie, la Pologne et la Hongrie. Il faut mettre en place une meilleure coopération entre gouvernements et services policiers.

J’ai été récemment informé par Europol et Eurojust qu’il y avait de trop nombreux contrebandiers de tabac en Biélorussie, et pas assez d’échange d’information entre États membres. Nous connaissons le nom des entreprises dites « mobiles ». Quand leurs membres se rendent compte qu’ils ont été repérés, ils se déplacent vers un nouveau pays du jour au lendemain. Ils sont très organisés. Ils sont présents dans de nombreux pays et jouissent de bons réseaux.

À part de Biélorussie, d’où viennent les produits illégaux ?

Principalement d’Ukraine et dans le passé de Moldavie. Certains producteurs tirent également profit du marché russe, grâce à l’union douanière. Les produits reviennent donc vers l’Europe depuis la Russie.

Vous avez récemment posé une question parlementaire à la Commission, qui se concentrait surtout sur la Biélorussie. Comment l’UE pourrait-elle convaincre Minsk de rendre ses contrôles plus sévères ?

Les États membres, et l’UE dans son ensemble, devraient faire assez pression sur la Biélorussie pour qu’elle se joigne à son combat contre la contrebande de tabac. Des sanctions devraient être imposées si l’attitude de Minsk ne change pas. À mon avis, il faudrait mettre en place une approche « de la carotte et du bâton ».

L’UE devrait également convaincre le gouvernement de lutter plus efficacement contre le crime organisé. Le gouvernement est très au courant du problème, il doit s’attaquer aux petits producteurs. Minsk est également intéressée par une meilleure coopération avec Europol, mais elle doit envoyer un message clair et dire qu’elle entend lutter contre les activités criminelles pour qu’une collaboration soit possible.

Dans certains cas, je pense que le gouvernement ferme les yeux à cause de la corruption, spécialement au niveau des autorités locales. L’UE devrait condamner fermement cette corruption. Ce n’est pas seulement dangereux pour eux, mais aussi pour vous.

L’UE a récemment mis un terme à sa coopération avec Philip Morris International sur le tabac de contrebande. Pensez-vous que l’UE puisse régler le problème sans l’aide de l’industrie ?

L’élimination de la vente illégale de tabac concerne principalement l’UE et les États membres. L’industrie peut cependant jouer un rôle important dans la lutte contre le commerce illégal, mais aussi la contrefaçon. Son aide est nécessaire, parce que les entreprises disposent d’informations sur la situation réelle. L’industrie a tout intérêt à ce que ce commerce cesse et a critiqué la Commission à plusieurs reprises pour son manque d’action.

Lancerez-vous une initiative à ce sujet au Parlement européen ?

Bien sûr. En tant que membre de la commission sur le contrôle budgétaire, je dois le faire. La semaine prochaine, nous rencontrons Federica Mogherini et nous lui parlerons de ce problème et de la stratégie qu’elle entend mettre en place.

La Biélorussie a déclaré vouloir coopérer davantage avec l’UE, mais nous devons nous assurer que si Minsk veut profiter de cette coopération sur le plan économique, elle doit également prendre des engagements spécifiques et les respecter. Une amitié démocratique sous-entend des pratiques démocratiques, et les taxes dues doivent être payées.

>> Lire : La Commission enterre son accord avec Philip Morris

Subscribe to our newsletters

Subscribe