Gil Arias-Fernández : « Il n’y a pas de gros problèmes d’immigration à Calais »

Gil Arias-Fernández, directeur adjoint de Frontex (Credit: [Frontex])

Gil Arias-Fernández est directeur adjoint de l’agence Frontex chargée de la surveillance aux frontières extérieures de l’Union européenne. De passage à Paris, il évoque pour EURACTIV l’opération Triton et Calais.  

En quoi consiste l’opération Triton lancée le 1er novembre dernier par l’agence Frontex ?

Triton est une nouvelle opération qui remplace deux anciennes opérations que l’agence coordonnait déjà dans le sud de l’Italie. Il s’agissait des opérations Hermès, dans le sud de la Sicile et Aeneas près des côtes des Pouilles et de la Calabre. Nous avons pu déployer un peu plus de ressources, comme des gardes-frontières supplémentaires, des avions ou encore des hélicoptères. 24 États membres ont offert des ressources. Les autorités françaises vont d’ailleurs bientôt déployer un avion de la douane.

Les discussions sur cette opération ont commencé avant la pause estivale, début août. Vers la fin du mois d’août, nous sommes parvenus à un accord avec les autorités italiennes et la Commission pour lancer l’opération. Elle a été planifiée et lancée indépendamment de Mare Nostrum. On ne savait donc pas et on ne sait toujours pas ce qui s’est passé avec Mare Nostrum puisque c’était une opération italienne.

Quelles sont les différences entre Triton et l’opération Mare Nostrum menée par l’Italie ?

Premièrement Mare Nostrum est une opération militaire menée par la marine italienne avec des activités de recherche et de sauvetage. Il ne s’agissait pas d’une opération de contrôle des frontières. Cette opération a été déployée à proximité des eaux territoriales libyennes. 

Triton n’est pas une opération de recherche et de sauvetage mais une opération de gestion des frontières. Mais il est tout de même évident que sauver des vies est une priorité s’il y a des migrants en danger. D’ailleurs sur les 3000 personnes qui sont arrivées en Italie durant ces deux dernières semaines, environ 85 % ont été sauvées par les outils coordonnés par Frontex. Ces migrants viennent principalement de Syrie et d’Érythrée. Il y a également des ressortissants de Somalie ou encore d’Afghanistan.

Une autre différence est que Triton opère d’avantage près de l’UE alors que Mare Nostrum était plus proche des côtes africaines.

De quel budget l’opération Triton bénéficie-t-elle ?

Le budget de Triton est environ de 2,9 millions d’euros par mois. Cela peut aussi dépendre des moyens  déployés, qui tournent. Les coûts de déploiements des outils dépendent d’un pays à l’autre.

Ce budget est possible grâce au transfert  de budget de la Commission et aussi grâce à la réallocation de budget interne à Frontex. Concrètement, des fonds alloués à certaines missions en Espagne ou en Grèce peuvent être redistribué à Triton puisque la situation de l’immigration dans la zone méditerranéenne est plus préoccupante que dans d’autres régions. Nous espérons que pour début janvier, le budget européen 2015 sera adopté et que nous pourrons alors utiliser le budget 2015.

Quel constat tirez-vous des problèmes d’immigration en France ?

Pour ce que je sais, les deux principaux problèmes rencontrés par la France sont les mouvements secondaires, c’est-à-dire les mouvements au sein de l’espace Schengen. A cet égard, nous n’avons pas beaucoup d’informations parce que la principale tâche de l’agence est de coordonner des opérations aux frontières extérieures de l’Union et non pas aux frontière entre la France et l’Italie ou la France et l’Allemagne. 

Au moment du Printemps arabe en 2011, de nombreux Tunisiens sont arrivés en Italie mais leur destination finale était la France. Cette tendance se poursuit. Il y a aussi le problème lié au refus des entrées sur le territoire pour les personnes arrivant à l’aéroport Charles de Gaulle sans remplir toutes les exigences pour entrer dans l’espace Schengen.

La France est confrontée à un afflux massif de migrants dans la région de Calais. Comment l’agence Frontex peut-elle aider le gouvernement français à faire face à ce phénomène ?

Si l’on compare le nombre total d’immigrants en Europe avec les problèmes d’immigration irrégulière à Calais, le sujet se relativise.

Pour ce que je sais du cas de Calais en parlant avec les collègues français, le problème n’est pas si important. Je sais qu’il y a des débats avec le Royaume-Uni qui ne fait pas partie de la zone Schengen et ne participe pas à la gestion des frontières. Je ne peux pas dire qu’il y ait d’énormes problèmes. 

Pour le moment, nous n’avons reçu aucune demande des autorités françaises pour les aider à Calais.

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