« La politique migratoire européenne est très dangereuse »

[Damjan Tadic / CROPIX]

La Hongrie n’est pas prête à créer des sociétés mixtes, a rappelé le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, dont le pays est farouchement opposé à une politique migratoire européenne. Une interview d’Euractiv Croatie.

Péter Szijjártó, ministre hongrois des Affaires étrangères 

La Croatie et 13 autres États membres se sont entendus sur un mécanisme de solidarité visant à répartir l’immigration en Europe. La Hongrie n’en fait pas partie de cette entente. Pourquoi ?

L’entièreté de la politique migratoire européenne est très dangereuse. En 2015, des migrants illégaux ont afflué en masse en Europe. Des sociétés parallèles naissent chaque jour dans les pays occidentaux, preuve que la politique migratoire va à vau-l’eau. La Méditerranée est en pleine crise et même après cinq ans, toute solution n’est qu’un mirage. Notre voisin immédiat compte 35 millions de personnes prêtes à arriver en Europe très prochainement.

L’UE devrait d’abord œuvrer pour sécuriser ses frontières. Les nations souveraines devraient se réserver le droit de décider unilatéralement qui peut entrer sur le territoire. Nous avons décidé de garder la Hongrie comme elle est. Il y a sans doute d’autres pays en Europe qui sont prêts à créer des sociétés mixtes, mais nous n’en faisons pas partie. À nos yeux, l’immigration n’est pas la solution pour surmonter les défis démographiques.

Selon vous, le système de Spitzenkandidaten est-il déjà mort ?

Ce système n’a jamais été rédigé dans aucun traité européen. Il s’agissait donc d’une création artificielle dès le début. Vous pouvez être sûrs que personne n’a voté pour le Fidesz en Hongrie, simplement parce que Manfred Weber était le candidat principal du PPE. D’après plusieurs collègues, cela s’est également produit dans d’autres États membres.

Certains de nos collègues n’étaient pas au courant de ce système. Toutefois, ce débat est bien plus profond qu’il n’y parait, car il y a deux approches différentes en ce qui concerne la structure et l’avenir de l’UE. Selon la première, l’Union européenne devrait être une institution supranationale, les États-Unis d’Europe, où Bruxelles est puissante et les États-membres ont moins de pouvoir. Les autres États souhaitent que les nations souveraines soient plus puissantes, à leurs yeux, l’UE représente la fusion des pays souverains.

Pour avoir une UE puissante, il faut que les États membres le soient également. Pour nous, le point le plus important est que l’UE soit une Union d’États membres, et se faisant, le Conseil européen devrait toujours nommer les candidats aux rôles clés. De plus, tous les candidats devraient respecter les États membres, mais [le Spitzenkandidat de centre gauche] Frans Timmermans et Manfred Weber n’honoraient pas cette règle.

En effet, Frans Timmermans déblatérait des mensonges à tout-va sur les pays d’Europe centrale et c’était inacceptable. Manfred Weber, quant à lui, avait affirmé dans un entretien qu’il n’avait pas besoin du Fidesz, parti politique hongrois de droite, pour devenir président de la Commission européenne. Il a soutenu dans une déclaration que si sa désignation à la tête de la Commission dépendait des Hongrois, alors il préférait ne pas être nommé. Cela signifie qu’à ses yeux, les Hongrois sont moins importants que les autres nations européennes. Encore une fois, de tels propos sont intolérables.

Ursula von der Leyen est-elle votre alliée ?

Absolument. Nous sommes en très bons termes. J’ai négocié avec elle à plusieurs reprises et elle a toujours été très respectueuse. Nous aurons des points à débattre, bien sûr, et c’est tout à fait normal, car nous sommes 28 États différents, dont les cultures et les conflits d’intérêts sont divers et variés.

Quel est l’avenir du Fidesz au sein du PPE ?

Helmut Kohl nous a invités à joindre le groupe, mais nous déciderons si nous voulons y rester ou pas. Nous sommes de loin le parti le plus prestigieux au sein du PPE, mais nous avons quelques limites à ne pas dépasser. Comme nous l’avons déjà dit, le PPE devrait revenir aux convictions qu’il avait lorsque nous l’avons rejoint. Le groupe s’est considérablement tourné vers la gauche.

Quelle est l’alternative pour le Fidesz ? Le groupe CRE (le groupe des Conservateurs et réformistes européens) ? Le groupe ID peut-être ? (Identité et Démocratie, groupe d’extrême droite) ?

Pour être tout à fait honnête, nous n’y avons pas réfléchi. Pour le moment, nous sommes dans le PPE et nous aimerions y rester.

Croyez-vous qu’Ursula von der Leyen parviendra à assurer l’équilibre des genres dans la nouvelle Commission ? Votre gouvernement enverra-t-il deux candidats, comme demandé ?

Depuis sa déclaration, nous n’avons pas eu de réunion de cabinet et n’avons donc pas pu en discuter. László Trócsányi, le candidat hongrois, convient parfaitement et je suis certain qu’il succèdera à Tibor Navracsics.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.