L’accord d’investissement UE-Chine devrait être conclu rapidement

Yang Yanyi [Mission de la Chine auprès de l'UE] [China Mission to the EU]

Le sommet UE-Chine doit permettre de faire avancer la coopération entre les deux blocs, selon l’ambassadrice chinoise auprès de l’UE. Une interview EURACTIV.

L’ambassadrice Yang Yanyi dirige la mission chinoise auprès de l’UE. Cette diplomate a débuté au début des années 1980, à l’ambassade de la République populaire de Chine en Tanzanie. En 1992, Yang Yanyi a été nommée conseillère de la mission permanente de la RPC auprès des Nations unies. En janvier 2014, elle est devenue directrice de la mission chinoise auprès de l’Union européenne.

Elle répond aux questions de Daniela Vincenti.

L’UE et la Chine ont débuté des négociations en vue d’un accord sur l’investissement il y a trois ans. Où en est ce projet ?

La Chine et l’UE ont l’une des relations commerciales les plus dynamiques au monde. Les échanges commerciaux et d’investissement entre l’UE et la Chine sont devenus d’importants moteurs de leur développement économique et de leur innovation respectifs.

La conclusion des négociations sur un accord d’investissement complet et ambitieuse fournira un cadre légal plus sûr et plus simple aux investisseurs des deux parties. Cela permettra d’exploiter le potentiel de notre coopération et garantira que les deux économies restent des moteurs de la prospérité et de la croissance économique mondiale.

C’est la raison pour laquelle Pékin et Bruxelles ont organisé six cycles de négociations à ce jour. Ces négociations, guidées par un esprit de coopération, ont été constructives, intensives et profondes. Les deux parties ont amélioré leur compréhension mutuelle et réduit leurs différences. Nous sommes tous d’avis qu’il faut à présent accélérer les négociations afin de faire des progrès de taille d’ici la fin de l’année. Durant le 17e sommet Chine-UE, le Premier ministre Li Keqiang échangera ses positions avec les homologues européens sur cette question importante et fournira une orientation politique pour les travaux futurs.

L’UE, et surtout le Royaume Uni, semble être engagés dans une course à l’investissement chinois. Et en même temps, l’opposition au TTIP ne cesse d’augmenter. Pensez-vous que la signature d’un traité d’investissement bilatéral entre l’UE et la Chine soit plus urgente qu’avant ?

Votre question concerne en réalité des tendances qui s’intensifient. Tout d’abord, l’économie chinoise se modernise. Le système d’approbation administrative pour divers types d’activités économiques a été réduit, et les mécanismes d’investissement et de financement réformés. Enfin l’investissement extérieur progresse, la Chine est exportatrice nette de capitaux.

D’autre part, la reprise économique progressive de l’UE rend son économie plus attirante aux yeux des investisseurs étrangers, et notamment des entreprises et investisseurs privés chinois, qui voient l’Europe comme une destination sûre et stable. Ces tendances devraient être accueillies avec joie puisque la hausse des investissements en Europe permettrait de renforcer les liens entre les deux blocs et assurerait une prospérité partagée dans les domaines du commerce et des entreprises. Elle favoriserait également l’emploi, la croissance et la compétitivité en Europe.

Quelle est l’opinion chinoise sur l’inclusion d’un mécanisme de règlement des différents entre investisseurs et États (RDIE) dans le traité bilatéral d’investissement (TBI) ? Est-ce aussi controversé avec la Chine qu’avec les États-Unis ?

La plupart des accords de protection de l’investissement qui existent entre la Chine et les États membres de l’UE comprennent déjà une clause de RDIE. Un traité d’investissement bilatéral entre la Chine et l’UE avec un mécanisme de RDIE garantira une meilleure protection de l’investissement bilatéral. Il est vrai que le mécanisme de RDIE actuel a des défauts. La Commission européenne a proposé de le modifier. Nous menons donc des études de faisabilité scientifiques à ce sujet. Nous nous réjouissons de collaborer avec nos collègues européens pour trouver de réelles solutions.

Les entreprises européennes qui font du commerce en Chine réduisent leurs investissements dans un contexte de perspectives de croissance en berne et de profits de plus en plus limités. Dans le même temps, ils sont toujours aux prises avec des obstacles réglementaires en Chine. Ce problème pourrait-il être résolu ?

Je voudrais partager quelque chose avec vous. Premièrement, les entreprises européennes font des bénéfices en Chine et l’investissement européen y a été plutôt dynamique. Dans le premier trimestre de cette année, l’investissement des 28 États membres a augmenté de 23,2 %. Cette augmentation est plus rapide que celle de la croissance. Selon la chambre de commerce européenne, plus de la moitié des entreprises européennes sont toujours optimistes quant à leurs perspectives de croissance en Chine et font de ce pays l’une de leur trois destinations prioritaires en termes d’investissement et de commerce.

Deuxièmement, à l’heure où l’économie chinoise entre dans une « nouvelle norme », il est naturel que certaines entreprises européennes montrent des signes de nervosité. Les traitements préférentiels, comme le « traitement national » des sociétés étrangères, disparaitront. La consolidation du droit du travail et du droit de l’environnement en Chine changera aussi la donne. Le marché chinois devient également de plus en plus concurrentiel. En résumé, les entreprises étrangères et chinoises devront toutes s’habituer à ces changements.

Troisièmement, la Chine continue de s’ouvrir et de conclure des accords gagnant-gagnant. Comme l’a souligné le Président Xi Jinping, « la Chine ne cessera de s’ouvrir au monde extérieur. La politique d’accueil du capital étranger qui est la nôtre depuis longtemps ne changera pas. Nous continuerons de défendre les droits et intérêts légitimes des investisseurs étrangers. Nous continuerons aussi à nous engager pour que la Chine fournisse un service toujours meilleur aux entreprises étrangères ».

Entre autres mesures, la Chine est en train d’améliorer ses lois et règlements concernant l’investissement étranger, et d’explorer un modèle de gestion nouveau pour les investisseurs étrangers. D’autres mesures de protection de la propriété intellectuelle et des droits et intérêts des entreprises et investisseurs étrangers sont en préparation.

Quatrièmement, pour réussir dans n’importe quel marché, il faut comprendre les tendances à long terme, avoir une vision stratégique et apprendre à s’adapter à quand les conditions changent. Il faut souligner que nombre de sociétés européennes tentent aujourd’hui de réviser leurs stratégies commerciales à l’heure où la Chine ajuste sa structure économique à un modèle bénéficiant de plus de valeur ajoutée. Je pense que c’est une attitude raisonnable et qui se révèlera gagnante.

L’UE et la Chine prévoient de signer un accord sur la lutte contre le changement climatique avant la conférence de la COP 21 à Paris. Cet accord ne devrait pas inclure d’objectifs de réduction d’émissions de CO2. Pourriez-vous nous en dire plus ?

La Chine et l’UE ont un rôle déterminant à jouer dans la lutte contre le changement climatique, l’une des plus grandes menaces pour l’humanité.

Étant donné la gravité de la situation, la Chine et l’UE ont fait de la lutte contre le changement climatique et de la protection de l’environnement l’une des priorités du programme stratégique de coopération Chine-UE pour 2020.

Ce que je peux dire, c’est que la Chine et l’UE ont dédié des ressources considérables à l’avancement des négociations climatique et à la garantie d’un résultat potentiellement ambitieux lors de la Conférence des Parties de Paris. Il sera notamment question de l’élaboration d’une approche commune lors du 17e sommet Chine-UE.

Notre déclaration commune sur le changement climatique démontrera clairement l’engagement de la Chine et de l’UE à collaborer efficacement. La Chine et l’UE réaffirmeront l’importance du renforcement de la coopération bilatérale sur le changement climatique et coopèreront avec d’autres pays pour l’adoption d’un protocole, d’un autre instrument légal ou d’une conclusion partagée légalement contraignante lors de la Conférence de l’ONU sur le changement climatique à Paris en 2015. La Chine et l’UE se sont également engagées à atteindre un accord ambitieux qui reflète le principe de responsabilité commune mais différenciée et de capacités respectives, en fonction des réalités nationales différentes.

Au-delà de l’investissement, dans quels domaines la Chine souhaiterait-elle renforcer son partenariat avec l’UE ?

Grâce aux efforts communs et à une coopération vigoureuse de 40 ans, depuis l’établissement de leurs relations diplomatiques, les relations Chines-UE ont évolué et mûri, pour dépasser le domaine et commerce et s’étendre à un large éventail de sujets économiques et socio-culturels, par exemple.

L’économie subit des modifications profondes, et sa reprise est encore épineuse. Il est donc important et pertinent que la Chine et l’UE travaillent de concert pour exploiter tout le potentiel de leur partenariat.

Conformément au programme stratégique de coopération Chine-UE pour 2020, nous soutiendrons et participeront aux initiatives des deux parties, surtout en ce qui concerne le plan d’investissement européen et le projet « One Belt One Road », qui regroupe deux initiatives, la ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du 21e siècle, qui ont un certain degré de synergie.

Nous nous réjouissons d’intensifier notre coopération avec l’UE dans les domaines de l’innovation et des technologies scientifiques, et notamment pour les projets liés à la 5G, aux innovations de hautes technologies, à l’Internet, au commerce en ligne, aux services numériques avancés, à la cybersécurité, aux mégadonnées, aux villes intelligentes et à l’énergie intelligente. Pour répondre aux besoins de construction d’infrastructures et d’industrialisation des pays en développement, il faut combiner l’avance comparative de la Chine en ce qui concerne la capacité de production et la fabrication d’équipements avec la technologie avancée et l’expérience de gestion des pays développés.

Il est aussi important, à la fois pour la Chine et pour l’UE, d’approfondir la coopération financière et d’étendre les échanges en matière de politique macroéconomique, et de communiquer sur les questions économiques et financières internationales. La Chine et l’UE sont satisfaites des progrès réalisés dans le cadre du dialogue économique et financier et du groupe de travail entre la Banque populaire de Chine et la Banque centrale européenne.

Afin de promouvoir un développement sain de cette coopération et de créer un bon environnement pour les entreprises, il est absolument nécessaire d’approfondir notre compréhension mutuelle de nos différents systèmes juridiques. Il est ainsi nécessaire que la Chine et l’UE renforcent leur consultation sur la coopération judiciaire et de police.

Nous sommes déterminés à faciliter les échanges de personne à personne afin de promouvoir un dialogue interculturel et une compréhension réciproque, et d’assurer que les relations Chine-UE seront largement soutenues par la population.

Il est tout aussi important de rappeler que nous sommes prêts à approfondir la coordination et la communication stratégique avec l’UE aux niveaux bilatéral, régional et mondial afin d’affronter efficacement les problèmes mondiaux et de contribuer à la coopération, au développement et à la paix dans le monde.

Cette année marque le 70e anniversaire de la victoire de la guerre mondiale contre le fascisme et de la guerre de résistance contre l’agression japonaise du peuple chinois, et le 70e anniversaire de la création de l’ONU. La Chine et l’UE réaffirmeront leur engagement vis-à-vis de notre devoir de mémoire, notre engagement à honorer nos héros disparus, à chérir la paix, à créer un avenir meilleur et à rendre l’ordre et le système international plus juste et plus équitable.

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